Synge

Aussi étrange que cela puisse paraître, il n’existait jusqu’alors aucun essai en langue française sur Synge… Et le plus étrange est que je ne m’en étais pas rendu compte moi-même. De 1993 à 1996, j’ai traduit toutes les pièces de Synge  en essayant de les mettre en contexte et de les accompagner d’un appareil critique tenant compte des recherches les plus récentes. Ensuite, j’ai dû republier ces pièces en réduisant l’appareil critique. Mon problème, chaque fois que j’avais à commenter ma traduction du théâtre de Synge, a été de replonger dans la masse des volumes accumulés lorsque je traduisais ses pièces et de naviguer sur les flots de la critique et des éditions, le tout, bien sûr, en anglais et, je dois le dire, vu d’assez loin car mon but n’était pas de donner dans l’érudition mais, la plupart du temps, de répondre aux questions des metteurs en scène ou des comédiens. 

Lorsque René Zahnd m’a demandé de rédiger un essai sur le théâtre de Synge, j’ai dû me replonger dans ces archives et ensuite tout reprendre pour suivre l’évolution du discours critique  — projet au début peu avenant, puis devenu vite si passionnant que, comme un diable sortant de sa boîte, a surgi l’envie de faire une troisième thèse. J’ai eu tôt fait de lui rabattre sur la tête le couvercle de sa boîte mais il n’empêche qu ’il y a là… Bref, lors de ces investigations, j’ai découvert que Synge n’avait suscité, en français, que des articles épars, l’essai décisif de Maurice Bourgeois publié en 1913 (en anglais) n’ayant même jamais été traduit. 

Je ne remercierai donc jamais assez René Zahnd de m’avoir donné l’occasion de réparer cette injustice, occasion aussi pour moi de donner une synthèse de notes qui, sans lui, seraient restées éparses, en me permettant de voir l’itinéraire de Synge sous un jour nouveau, beaucoup plus large et ouvrant le théâtre à la vie, ce qui était, en définitive, le but qu’il poursuivait lui-même. 

Je peux d’autant plus le remercier que j’ai écrit cet essai en ayant l’impression de passer en Irlande des vacances merveilleuses en compagnie d’un ami proche, et ce n’est pas sans regret que j’ai posé le point final. Il m’en reste encore une nostalgie et l’espoir de publier d’autres textes de Synge si les nationalistes et les plagiaires m’en laissent le temps. 

Pour l’édition du Théâtre complet aux éditions Les Solitaires intempestifs, j’avais choisi une photo de Jacques Gamblin (qui fut un inoubliable Christy Mahon dans la mise en scène du Baladin du monde occidental au Théâtre national de Bretagne) et de Françoise Bette (qui fut une inoubliable veuve Quinn dans cette même mise en scène)…

Ce qui est extraordinaire, c’est que, cherchant dans mes archives cette image perdue, au moment de la retrouver j’ai entendu et j’entends encore la voix de Françoise Bette, qui n’est plus de ce monde, et celle de Jacques Gamblin. si somptueusement cassée afin d’assurer son triomphe…

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Finalement, c’est une autre image de Jacques Gamblin qui a été choisie.



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Pour cet essai, j’avais proposé à l’éditeur un portrait fin et joyeux de Synge, un portrait de profil, particulièrement adapté pour un auteur qui a surtout su regarder ailleurs et pratiquer l’art de la fugue… 


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En fait, c’est un Synge malade et sombre qui a été choisi d’après un portrait conservé à Trinity College. 


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La photographie originale est belle parce que le regard seul dit détresse, tout le reste, attitude, vêtement, lumière, donnant une impression de résistance imperturbable et de présence au monde, fût-ce, s’il se peut, par l’humour. Le visage vu de près est plus tragique. 

En tout cas, je suis bien honorée d’avoir écrit le premier essai sur Synge en français et j’espère qu’il rendra service à ceux qui voudront situer son théâtre dans son œuvre et dans son temps. 

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