Comment la censure s’exerce en Bretagne

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À parution, Miliciens contre maquisards n’a suscité qu’un silence à peu près total. Comme dans le cas du Monde comme si, ce n’est qu’au deuxième tirage du volume, les ventes se poursuivant et allant même croissant malgré l’omerta, que les critiques se sont fait entendre, parfois de manière grossièrement virulente et parfois de manière apparemment scientifique, les historiens autonomistes produisant des argumentations biaisées mais susceptibles de convaincre le lecteur. Ainsi le mouvement breton mobilise-t-il un petit personnel de spécialistes pour récrire l’histoire à sa façon.

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Il me semble tout à fait stupéfiant dans ces conditions que ces deux livres (et surtout Miliciens contre maquisards, forcément arduaient fini par reparaître en collection de poche et j’en ai une grande reconnaissance à mes lecteurs — qui méritent peut-être quelques explications à ce sujet. 

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Je voudrais analyser ici un cas qui me semble assez  probant pour qu’on s’y attarde quoique l’affaire soit particulièrement fastidieuse, autant vaut le préciser d’avance.

 Durant près de deux ans, le spécialiste en titre de l’histoire de la milice bretonne sous uniforme SS dite Bezen Perrot, Kristian Hamon, a publié au sujet de Miliciens contre maquisards divers commentaires sur le Forum de la Seconde Guerre mondiale — Forum que l’on aurait pu croire tout à fait neutre sur le sujet de l’histoire de l’Occupation, mais il m’a fallu constater que, là comme ailleurs, seuls les autonomistes (ou indépendantistes) semblent désormais avoir voix au chapitre.

 J’avoue n’avoir pas pris le temps de répondre car les accusations portaient sur des points de détail qui exigeaient vérification aux archives et j’avais d’autres travaux en cours.

 Soudain, après une accalmie, le 23 février 2012, un appel à reprendre la polémique au sujet de Miliciens contre maquisards  a été posté sur ce même Forum.

Cette intervention venait juste au moment où l’UDB (Union démocratique bretonne, autonomiste) tentait d’interdire ma participation à un débat faisant suite à l’exposition  sur Hergé et la politique  présentée à Rennes (exposition à laquelle j’avais participé en rédigeant un panneau sur la publication de Tintin chez les soviets par Ololê, le journal des frères Caouissin du Kommando de Landerneau). Cette intervention sous forme de question a permis à Kristian Hamon de produire une réponse par laquelle il m’accusait une nouvelle fois d’avoir prétendu à tort que le Bezen Perrot était à Bourbriac.

En dépit des apparences, la question n’était pas secondaire puisqu’elle réduisait à néant toutes mes recherches.

C’est pourquoi je me suis décidée à répondre. 

 Kristian Hamon citait pour appuyer sa démonstration un passage d’une communication d’une historienne qui semblait ainsi cautionner ses deux arguments, à savoir

1. Que ce n’était pas le Bezen mais le Kommando de Landerneau qui était présent à Bourbriac (argument aberrant car des membres du Komando de Landerneau furent présents dans cette ville en mai et non en juillet 44).

 2. Que la lettre adressée par l’un des miliciens en juillet 44 à son oncle n’avait pas été postée de Bourbriac mais de Callac  —  et là, chose stupéfiante, alors que cette lettre, absente du dossier Jarnouen aux Archives départementales d’Ille-et-Vilaine (car, avait-il assuré sur ce même Forum plusieurs mois auparavant, elle avait été volée), il apportait cette lettre pour preuve : « Ce que dit Jarnouen est pourtant vrai, les deux seules lettres encore visibles sur le tampon de la poste sont les lettres AC et Côtes-du-Nord », écrivait-il, ayant donc sous les yeux la lettre volée !

Cette lettre ne prouvait rigoureusement rien sinon la mauvaise foi de l’historien puisque la sœur du milicien avait,  quant à elle, comme Kristian Hamon le savait parfaitement, attesté que son frère avait écrit de Bourbriac. L’argument était, là encore, d’une insigne malhonnêteté mais il me fallait exposer les faits de manière assez détaillée pour que le lecteur puisse comprendre de quoi il retournait. 

 Or, cette argumentation en réponse, qui aurait normalement dû intéresser des historiens que je voyais passionnés par le moindre épisode de la Seconde Guerre mondiale, a été immédiatement censurée, et tout débat interdit.

 En cela réside surtout l’intérêt de ce débat rendu impossible : je voudrais attirer l’attention sur la réponse des collaborateurs du Forum, de Kristian Hamon, puis des responsables du Forum.

 Cet épisode illustre si parfaitement le détournement de l’histoire au profit d’un « mouvement breton » désormais omnipotent (quoique numériquement infime) que je le considère comme une démonstration à l’appui de la conclusion de Miliciens contre maquisards.  

 Je donne donc ici le texte de la réponse que j’ai adressée au Forum, puis la réponse de Kristian Hamon et mes commentaires (que je n’ai pu donner à lire, le débat ayant été brutalement interdit).

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I. RÉPONSE PUBLIÉE SUR LE FORUM DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE

« J’ai publié en mai 2010 un essai sur la Résistance en Bretagne intitulé  Miliciens contre maquisards. À l’origine de ce livre, une proposition de republier le témoignage d’un résistant, Guillaume Le Bris, qui avait été arrêté avec les camarades de maquis de mon père et emprisonné avec eux dans une cave à Bourbriac en juillet 1944. Guillaume Le Bris assurait que le Bezen Perrot avait participé à ces tortures et ces exécutions alors que les historiens qui évoquaient ces événements passaient tous cette participation sous silence.

Lorsque David Portier, qui se consacrait à une recherche sur les parachutistes, m’a proposé de présenter ce livre sur le Forum de la Seconde guerre mondiale, j’ai accepté bien volontiers : j’avais été informée de menaces de référé pour l’interdire et je souhaitais qu’il puisse toucher les lecteurs susceptibles d’être intéressés (ce qu’il a fait puisque, malgré l’omerta, il a connu deux tirages en quelques mois et continue de me valoir des lettres passionnantes).

J’avais d’autant moins de raisons de me méfier que j’avais suivi les débats au sujet du livre de l’historien autonomiste Jean-Jacques Monnier auquel j’avais moi-même consacré un article.

J’avais apprécié le fait que Kristian Hamon dise ce qu’il pensait de celui qui avait été son préfacier, et, la conclusion des interventions sur ce forum étant que, de fait, le livre de Jean-Jacques Monnier était scandaleux, je ne pouvais que l’approuver. Enfin, de toute façon, présenter un livre traitant de la Résistance sur le Forum de la Seconde guerre mondiale ne semblait pas déraisonnable.

 J’ai donc été surprise (et j’ai pu constater, à lire ce qu’il écrivait, que David Portier n’était pas moins surpris que moi) de découvrir la violence des réactions hostiles opposées d’entrée de jeu par les administrateurs à ce livre dont ils n’avaient pas lu une page.

 Par la suite, la manière agressive de mettre en cause les lecteurs qui, ayant apprécié le livre, souhaitaient le défendre était en soi si révélatrice du problème que, précisément, ce livre entendait mettre en lumière, à savoir la réécriture de l’histoire en Bretagne et l’impossibilité d’ouvrir un débat sur ce sujet, que j’ai préféré laissé se développer la « discussion » pour montrer ensuite, dans un essai que je prépare sur le sujet, comment l’histoire est investie et détournée par des militants bretons qui interdisent à toute voix dissidente de se faire entendre.

 Il m’aurait été possible de répondre une fois la polémique refroidie (et une fois les vérifications nécessaires effectuées aux archives), mais, chargé d’attaquer Miliciens contre maquisards, en tant que spécialiste usant de ce Forum comme d’une tribune, Kristian Hamon a développé une argumentation si aberrante que, partagée entre l’accablement et l’hilarité, j’avoue avoir différé la corvée de lui répondre.

 Son but était simple : coûte que coûte démontrer que le Bezen Perrot n’était pas à Bourbriac. Pourquoi le nier ? Parce qu’il s’était trompé ? Mais non, il s’agissait d’autre chose : tant d’acharnement à nier une si mince erreur (parmi tant d’autres) répondait à une nécessité absolue, et je pense qu’on le comprendra, comme j’ai fini par le comprendre, lorsqu’on aura lu cette réponse.

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Avant d’en venir à ce qui fait l’objet de ce nouveau « débat », à savoir l’affaire (ou plutôt la non affaire) Jarnouen, je voudrais tout de même signaler que, pour nier la présence du Bezen à Bourbriac, Kristian Hamon est allé jusqu’à prétendre que les miliciens présents dans cette ville étaient ceux du Kommando de Landerneau. Il le laissait encore entendre dans l’article qu’il consacrait au Kommando de Landerneau sur ce même Forum de la Seconde guerre mondiale, article contenant un nombre si impressionnant d’erreurs qu’il a été supprimé depuis, mais on pouvait y lire, entre autres, un bref passage montrant bien la méthode de Kristian Hamon. Il écrivait (la phrase est incohérente, je la restitue telle quelle) :

« De retour début juillet à Landerneau, l’objectif est de retrouver le résistant qui a tué l’abbé Perrot. André Geffroy en fait une question d’honneur. L’expédition va se diriger vers trois objectifs : D’abord Bourbriac, ensuite Huelgoat et Scrignac. »

 D’après lui, donc, le sinistre Kommando de Landerneau créé début avril 44 pour mener la chasse aux résistants, et notamment découvrir qui a abattu l’abbé Perrot, figure emblématique du mouvement nationaliste breton (Kommando qui compte un grand nombre d’autonomistes dont André Geffroy), rentre début juillet pour se livrer à une expédition punitive à Bourbriac, puis Huelgoat et Scrignac. C’est évidemment faux : l’histoire des expéditions sanglantes du Kommando de Landerneau, l’une à Scrignac et Bourbriac en mai, l’autre à Scrignac et au Huelgoat en juillet est bien connue.

 Arrêté le 1er mai 1944 par le Kommando, un résistant, Jean Corre, se change en délateur et dénonce notamment l’un des chefs de la Résistance locale, Yves Simon, un jeune coiffeur originaire de Bourbriac, qui doit prendre contact avec un autre résistant à la gare de Carhaix. Une expédition est alors organisée. Les chefs du Kommando, Schaad, Kruger et deux soldats arrêtent Yves Simon en même temps que Jean Sissous avec qui il avait rendez-vous et les conduisent à la Fedgendarmerie de Carhaix.

Interrogé, Simon, dénonce deux habitants de Bourbriac, les frères Plassard, comme résistants. Nous connaissons la date de cette expédition puisque Yves Simon et Jean Sissous sont vus à Carhaix le 15 mai, encadrés par des militaires allemands en armes, avec deux frères, François et Louis Coant, originaires de Scrignac, également arrêtés. Le 16 mai, les trois derniers sont incarcérés à Saint-Brieuc. La déposition de Jean Corre est parfaitement claire :

« À la suite de l’interrogatoire de Simon, Schaad nous chargea, Le Hir et moi, de la mission de nous rendre à Bourbriac vérifier la présence de deux frères dont il nous donna les noms. Nous faisant passer pour des gars de la Résistance, nous avons pris contact avec les jeunes gens indiqués et ceci étant fait, étant certains de leur présence, nous sommes revenus en informer Schaad. »

Il précise bien que cette affaire se situe début mai. La présence du Kommando à Bourbriac n’a donc rigoureusement rien à voir avec la rafle du 11 juillet 44 que je raconte dans Miliciens contre maquisards.

Elle n’a rigoureusement rien à voir non plus avec l’opération de Huelgoat, elle aussi bien connue puisque rapportée par plusieurs des membres du Kommando. L’adjudant Friedrich Horch la situe quelques jours avant la date de à laquelle le Kommando de Landerneau s’est rendu à Scrignac pour retrouver les corps de deux Allemands abattus le 14 juillet. À ce sujet, Jean Corre déclare :

« En ce qui concerne les frères Caouissin, de Landerneau, en-dehors de leurs réunions au Kommando et leurs dénonciations, ils ont également participé à une action répressive à Huelgoat et Scrignac. Le chef de gare Stéphan avait été signalé par Bodros et Geffroy comme étant l’instigateur du meurtre de l’abbé Perrot, recteur de Scrignac. Une action répressive fut donc décidée au Kommando, à laquelle prirent part les frères Caouissin, Le Reste, Bodros, Geffroy et moi-même. Bodros et Geffroy ont également fourni une liste d’une dizaine de noms de personnes de la région de Scrignac et de Huelgoat. Cette liste leur avait été fournie par le SD de Rennes qui la tenait d’une jeune fille du pays. Cette expédition eut lieu au début de juillet. René Le Hir refusa d’y participer sous prétexte qu’il avait déjà participé à l’affaire de Carhaix. »

Kristian Hamon connaît ces faits puisqu’il les évoque (non sans confusion, il faut le dire, mais enfin, il a pris le temps de lire les dépositions des membres du Kommando de Landerneau) dans son essai Les Nationalistes bretons sous l’Occupation. En conclusion, c’est intentionnellement qu’il amalgame l’opération Scrignac-Bourbriac de mai avec l’opération Scrignac-Huelgoat de juillet.

Quel intérêt ? Aucun, sinon discréditer mes recherches, fort gênantes pour les historiens autonomistes, je le concède.

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Mais il y a mieux dans le même registre : l’affaire Jarnouen ou la preuve par l’enveloppe.

Cette fois, c’est Jacqueline Sainclivier, spécialiste en titre de l’histoire de la Résistance en Bretagne, qui se trouve chargée de cautionner le nouvel assaut (la présentation de l’article est assez perverse pour que l’on croie — je me suis moi-même laissé abuser au début — que c’est elle qui met en doute la présence du Bezen à Bourbriac en s’appuyant sur des faits travestis, et sans même avoir pris la peine de lire la deuxième édition du volume où l’erreur de date sur l’arrestation de Mireille Chrisostome, est corrigée).

 J’ignore d’où son article est tiré, et je n’en lis ici que ce que Kristian Hamon a bien voulu citer pour couvrir ses attaques mais je constate que le débat y est, une fois de plus, biaisé car, en somme, ce que me reproche Jacqueline Sainclivier est infondé : « dans la conclusion comme c’était le cas dans l’introduction mais plus fortement ici », écrit-elle, « elle considère que tous ceux qui ont écrit avant elle étaient des autonomistes (dont Michel Denis !) donc suspects ».

C’est tout à fait inexact. J’ai fait le récit d’une rafle : il était légitime que je cite les récits des historiens qui avaient évoqué cette rafle. J’ai cité Hervé Le Boterf, Christian Bougeard (organisateur du fameux colloque de Brest) et Kristian Hamon : constatant que leurs récits étaient étonnamment erronés, je me suis interrogée sur l’absence de mention du rôle joué par le Bezen Perrot dans cette rafle, tant chez ces historiens que chez Philippe Aziz, Bertrand Frélaut et Yann Fournis, tous auteurs de travaux sur le Bezen, et que je n’ai, pas plus que les autres, qualifiés en bloc d’autonomistes. L’historien Michel Denis n’ayant rien produit sur ce sujet, je ne l’ai mentionné que parce qu’il offrait la conclusion des recherches de Kristian Hamon. Dès lors que l’une de ses dernières conférences prônait la « nécessaire inscription autonomiste de la Bretagne », je pouvais à juste titre, et en m’appuyant sur sa présentation des faits lors du colloque de Brest, le qualifier d’autonomiste — même si cet historien avait su jouer le jeu des institutions tout en poussant les pions des autonomistes, ce dont il fut, sans qu’on aie lieu de s’en féliciter, un spécialiste.

L’ironie à ce sujet ne fait que mettre en lumière le problème que je soulevais. Au demeurant, dès lors que Jacqueline Sainclivier s’apprête à célébrer avec Christian Bougeard les cinquante ans de l’UDB, parti autonomiste dont Kristian Hamon lui-même fit partie, comme Jean-Jacques Monnier, il serait hypocrite de ne pas appeler un chat un chat.  Le comité scientifique a pris le parti d’offrir une tribune aux autonomistes.

Mais en voilà assez sur ce sujet. Passons à l’affaire Jarnouen après l’avoir remise dans son contexte.

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Invité par le Forum de la Seconde guerre mondiale à formuler son jugement au sujet de Miliciens contre maquisards, Kristian Hamon était bien le dernier à pouvoir être objectif.

En effet, dans son essai sur le Bezen Perrot, publié aux éditions nationalistes Yoran Embanner, ce militant (issu du mouvement d’extrême droite « Jeune Bretagne » avant d’entrer à l’UDB, comme Le Peuple breton le rappelait naguère) avait passé sous silence la présence du Bezen Perrot à Bourbriac.

Ce qu’il écrit au sujet de l’épisode de Bourbriac doit être rappelé in extenso :

« À Bourbriac, le 6 juillet 1944, vers 15 heures, un groupe de résistants cerne le bourg et attaque une petite formation allemande d’une douzaine de soldats, dont un officier (sic) parvient à s’enfuir sur sa motocyclette pour donner l’alerte. À 18 heures, plusieurs camions de soldats allemands arrivent de Guingamp et procèdent à une opération de « nettoyage ». Alors que les résistants ont pris la fuite, des coups de feu sont tirés sur toutes les personnes qui circulent. Un vieil homme de 70 ans, François Jouan, est abattu sur le pas de sa porte. Le lendemain, 300 Allemands et le groupe de la SSP occupent le bourg pour des représailles. Toute la région va être ratissée pendant plusieurs jours : Peumerit-Quintin, Trémargat, Kergrist-Moëlou, Plouguernével, Plounévez-Quintin, Sainte-Tréphine, Plussulien, Haut-Corlay, Canihuel, Kerpert, Lanrivain, et à nouveau Saint-Nicolas-du-Pélem. Les patriotes arrêtés sont emmenés dans la cave d’une maison réquisitionnée par les Allemands et appartenant à Monsieur Souriman (sic) notaire à Bourbriac. Les conditions de détention n’y sont guère plus enviables qu’à Uzel, les prisonniers sont gardés par « des miliciens en tenue bleu ciel d’aviateurs », autrement dit la SSP. Ce groupe est commandé par Rémy Daigre, 38 ans, surnommé « Œil-de-verre », une brute épaisse doublée d’un alcoolique. Cet ancien maître d’hôtel à Rennes avouera qu’il a fait mourir des résistants à force de coups. À son grand désespoir, il ne parle pas l’allemand, mais pour faire impression sur les victimes il fait semblant ! » (p. 144)

Pour ne pas accabler Kristian Hamon, je n’avais cité que quelques lignes de ce passage et m’étais contentée de signaler trois erreurs :

— La rafle du 11 juillet est effacée, remplacée par un « ratissage » amenant dans la cave du notaire de Bourbriac des résistants arrêtés sans qu’on sache comment, les Allemands étant supposés écumer le pays (alors qu’ils étaient repartis le 6 juillet au soir).

— Seul Guillaume Le Bris voit les miliciens de la Selbstschutzpolizei (SSP) en uniforme bleu clair, alors qu’ils étaient en bleu marine : Kristian Hamon se contente donc de recopier le texte de Le Bris mais sans aucune référence à son livre.

— La présence de miliciens de la Selbstschutzpolizei est bien mentionnée mais celle du Bezen entièrement passée sous silence.

En réalité, le texte comporte d’autres erreurs étonnantes :

— Le périmètre du « ratissage » est, en fait, purement et simplement celui de la rafle tel que l’indique Guillaume Le Bris : c’est mot pour mot l’énumération de son chapitre « Coup de filet » avec une faute (« Haut-Corlay » au lieu de « le Haut-Corlay ») et une aberration (pourquoi « à nouveau Saint-Nicolas-du-Pélem » ?) — mais, là encore, Kristian Hamon n’indique pas ses sources.

— Daigre n’était pas le chef de la SSP, il est juste décrit avec une particulière virulence par Le Bris. Les chefs de la SSP étaient Goy et Anderlé. Daigre avait trente-sept ans et se définirait plutôt comme un ancien légionnaire plusieurs fois condamné pour vol et violences ; il n’a, à ma connaissance, jamais avoué avoir tué des résistants sous les coups ; il fait au contraire preuve d’une grande réserve dans ses dépositions alors même qu’il comptait au nombre des pires tortionnaires (sans doute est-ce lui qui, pour se venger d’avoir perdu un œil, arrachait les yeux des résistants qu’il torturait).

Kristian Hamon a repris presque textuellement des passages du rapport d’un commissaire de police judiciaire sur les événements de Bourbriac :

« Le 6 juillet 1944, vers 15 heures, un groupe de patriotes cerna le bourg de Bourbriac et attaqua une petite formation allemande qui y était cantonnée et composée d’un officier et de douze soldats. L’officier réussit à forcer les barrages et à se rendre à motocyclette jusque Guingamp où il donna l’alerte. Vers 18 heures, plusieurs camions venant de la direction de Guingamp sont arrivés à Bourbriac. Une opération de nettoyage fut effectuée et des coups de feu furent tirés sur toutes les personnes qui circulaient dans les rues. C’est ainsi que M. Jouan François fut grièvement atteint à la jambe droite par une balle allemande, au moment où il sortait de chez lui. Conduit à l’hôpital de Guingamp, M. Jouan y décéda le 7 juillet.

À l’arrivée des camions allemands, il n’y avait plus de patriotes, néanmoins les opérations de contrôle et de nettoyage furent faites et, à 23 heures seulement, les Allemands quittèrent les lieux. La formation qui est venue à Bourbriac est la feldgendarmerie de Guingamp qui a fait l’objet d’une précédente enquête ; cependant le responsable de la mort de Jouan n’a pas pu être identifié.

Il est à noter que c’est après cet incident qu’une vaste opération fut effectuée à Bourbriac et dans la région avec la participation du S. D. de Rennes, de la Milice Perrot et des Groupes de Combat, opération qui a fait l’objet de l’ordre d’informer n° 638 du 28 juin 1946. »

Kristian Hamon a, comme on le voit, recopié ce rapport mais sans le mentionner et en le mélangeant à des passages du livre de Guillaume Le Bris.

Faisant preuve d’indulgence à son égard, j’avais considéré qu’il n’y avait eu de sa part aucune intention de dissimuler la présence du Bezen à Bourbriac. Cependant, avant même de répondre aux arguments qu’il s’est efforcé de m’opposer, force m’est de faire une double constation :

1. Il part des informations données par Guillaume le Bris. Or, alors même qu’il écrit un essai sur le Bezen Perrot, il efface le fait essentiel, mentionné par Le Bris, à savoir la présence du Bezen, fait qui devrait le concerner, lui, au premier chef puisque en rapport avec son sujet précis. Comment expliquer ce silence ?

2. Il démarque le rapport du commissaire de police judiciaire mais supprime, là encore, ce qui aurait dû être essentiel pour lui, à savoir la fin de ce rapport qui établit que la « vaste opération » qui eut lieu à Bourbriac fut effectuée avec la participation de la « Milice Perrot ». Il ne s’agit donc pas d’une omission mais bien d’une suppression volontaire.

Je me borne à une conclusion objective : son travail d’historien a consisté à nier la présence du Bezen Perrot, pourtant attestée par les sources qu’il a utilisées (en se gardant de les mentionner).

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Au cours des mois que j’ai passés à consulter les dossiers aux archives départementales, j’ai maintes fois rencontré Kristian Hamon, toujours aimable, et tenant à m’assurer que le Bezen n’était pas à Bourbriac.

Il n’est assurément pas agréable d’apprendre que l’on s’est trompé mais, en l’occurrence, les preuves s’accumulaient et je ne vois d’ailleurs toujours pas pourquoi Guillaume Le Bris aurait menti à ce sujet.

Dans son intervention du 27 avril 2012 sur le Forum de la Seconde Guerre mondiale, K. Hamon écrit que « le récit de Guillaume Le Bris n’est guère convaincant et les preuves font défaut. »

Le récit de Guillaume Le Bris est, au contraire, remarquablement convaincant sur le sujet du Bezen et les mois que j’ai passés à recouper ses affirmations avec les documents d’archives montrent suffisamment dans quelle mesure ses dires peuvent être vérifiés.

Quant aux preuves, elles foisonnent :

1. d’une part, le rapport du commissaire utilisé par Kristian Hamon est sans ambiguïté ;

2. d’autre part, interrogés, les habitants de Bourbriac différencient parfaitement les miliciens qui se confondent avec les Allemands (les SS du Bezen Perrot) et les miliciens en bleu marine (les membres de la SSP).

Kristian Hamon cite un fragment de la déposition de la femme du notaire dont la maison servait de centre de tortures en alléguant qu’elle n’a pas mentionné la présence de miliciens sous uniforme allemand.

Il omet de préciser que, si sa femme n’en parle pas, le notaire, lui, est on ne peut plus précis :

« Les miliciens qui occupaient ma maison étaient habillés, certains en uniforme de l’armée allemande et d’autres en bleu marine avec comme insigne une tête de mort sur leur calot. »

Sa déposition étant citée dans Miliciens contre maquisards, il est clair qu’il faut avoir la volonté d’abuser le lecteur pour les ignorer.

3. Je passe sur les autres témoignages : de toute façon, le doute est exclu puisque nous avons la déposition d’un membre de la Selbstschutzpolizei attestant que le Bezen était présent à Bourbriac. Le milicien d’Ambert de Sérillac (dont Kristian Hamon a pu lire la déposition dans Miliciens contre maquisards) indique très précisément l’itinéraire de la SSP et du Bezen :

« Avec la milice Perrot, des membres du SD et une compagnie allemande, notre unité a participé aux opérations de Maël-Pestivien, St-Nicolas-du-Pélem, St-Vincent-sur-Oust, Callac, Trébrivan, Bourbriac, Pleyben et Scrignac. »

Sur ce point, toutes les dépositions concordent : le Bezen et la SSP sont partis de Trébrivan, où une rafle sanglante a eu lieu, pour aller à Bourbriac.

S’il était possible d’admettre que Kristian Hamon se soit trompé de bonne foi en écrivant son essai sur le Bezen Perrot, ce n’est à présent plus le cas : il a intentionnellement effacé de ses sources tout ce qui concernait le Bezen et continue de nier les témoignages incontestables à ce sujet.

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C’est dans ce contexte que s’inscrit l’affaire Jarnouen.

Une fois la présence du Bezen établie, il restait à savoir quels étaient précisément les miliciens présents.

Ce n’était pas difficile : un groupe s’était déplacé de Trébrivan à Scrignac, via Bourbriac.

Or, un membre de ce groupe, François Jarnouen, avait écrit une lettre de Bourbriac. N’ayant pas de raison de m’appesantir sur cet infime élément de preuve complémentaire, je me suis contentée de le mentionner rapidement :

« Interrogés à son sujet, son oncle et sa sœur, sans s’être consultés, indiquent qu’il a écrit de Bourbriac en juillet ».

Son oncle, Eugène Jarnouen, indique qu’il a écrit de Bourbriac mais corrige en ajoutant « ou Loudéac », mais sa sœur, fille de ferme, qui a été interrogée sur le lieu de son travail, indique, elle, sans hésitation, qu’il a écrit de Bourbriac.

Épiloguer sur l’hésitation de l’oncle (hésitation probablement stratégique, vu qu’il était lui-même susceptible d’inculpation), hésitation invalidée par la déposition de la sœur, était d’autant moins utile que la lettre de Jarnouen, absente de son dossier, ne servait qu’à confirmer un fait qui n’était plus objet de doute.

En soi totalement dénuée d’intérêt, l’histoire de l’enveloppe volée, par sa vacuité même, a le mérite de montrer, encore une fois, comment s’écrit l’histoire en Bretagne.

Courant avril 2011, Kristian Hamon indique sur le Forum de la Seconde Guerre mondiale :

« François Jarnouen a effectivement écrit à son oncle Eugène Jarnouen, voici sa lettre :

« Je n’ai pas eu de nouvelles de ce dernier depuis la première quinzaine de juillet 1944 d’où il m’avait écrit de Bourbriac ou Loudéac, car je n’ai pu relever l’adresse exacte sur le tampon de la poste. »

(La citation est légèrement faussée ; dans la déposition originale, l’oncle marque une pause après Bourbriac ; le texte exact est le suivant :

« Le nommé Jarnouen François, objet de votre enquête, est mon neveu.

Je n’ai pas eu de nouvelles de ce dernier depuis la première quinzaine de juillet 1944 d’où il m’avait écrit de Bourbriac (Côtes-du-Nord) ou Loudéac, car je n’ai pu relever l’adresse exacte sur le tampon de la poste. »)

Kristian Hamon conclut : « C’est tout de même étrange ! Faut croire que les citations rétrécissent avec le temps… », laissant ainsi supposer que j’aurais volontairement tronqué une citation. En l’occurrence, c’est lui qui fait rétrécir les citations et ce d’autant qu’il fait passer à la trappe la déposition de la sœur mentionnant clairement Bourbriac.

Cependant, Daniel Laurent, rédacteur en chef et « modérateur » du Forum de la Seconde Guerre mondiale, l’approuve aussitôt :

« Intéressant exemple, merci ! Comme quoi on peut « faire parler » les archives en fonction de ce que l’on veut démontrer… »

Le moins qu’on puisse dire est que le modérateur ne fait preuve ni d’une modération ni d’une prudence excessives car, en l’occurrence, celui qui fait parler les archives, c’est Kristian Hamon, et il fait parler alors qu’elles sont muettes : dans le dossier Jarnouen, il n’y a ni lettre ni enveloppe.

L’oncle Eugène, militant du PNB, considéré par les habitants de Pleine-Fougère comme un délateur à la solde des Allemands, était en relation avec les frères Colin, agents de la Gestapo liés au Bezen et François Jarnouen lui-même avoue qu’il a été amené à adhérer au PNB sur les injonctions de son oncle (lequel, en dépit de faits assez accablants accumulés contre lui, devait bénéficier d’un non-lieu). Avait-il intérêt à remettre une lettre de son neveu ? J’ai cité dans  Miliciens contre maquisards deux lettres de François Jarnouen, dont celle où il évoque son engagement à la LVF pour « combattre le bolchevisme et le juif »… L’oncle devait être sur ses gardes et l’hésitation après Bourbriac peut indiquer un désir de ne pas donner d’indications précises sur son neveu.

Quoi qu’il en soit, l’affirmation selon laquelle « l’enveloppe existe » était en contradiction avec la déposition de l’oncle et l’absence de lettre et d’enveloppe dans le dossier.

L’affaire Jarnouen pouvait donc être classée.

Et cependant, le 5 mai 2010, Kristian Hamon y revenait sur le Forum de la Seconde Guerre mondiale, attaquant à nouveau Miliciens contre maquisards sans me nommer :

« Un exemple pourtant de ce qu’on peut faire avec les archives. Voici l’extrait d’un livre, paru il y a peu où l’auteur (docteur d’état) veut à tout prix nous persuader que Chevillotte, du Bezen Perrot, était à Bourbriac. Après tout, pourquoi pas, ce n’est pas moi que ça dérange… »

Et de mentionner une fois de plus la lettre au cachet illisible et en expliquant qu’elle a été volée dix ans auparavant :

« Il y a une dizaine d’années, j’ai vu cette lettre, avec témoin. Elle a disparu de ce dossier peu de temps après (et ce n’est pas le seul document, photos surtout, qui ont disparu des archives). Il y avait effectivement un cachet circulaire de la poste, vous voyez de quoi il s’agit, mal tamponné, on lisait bien Côtes-du-Nord, mais seulement les deux dernières lettres de la ville : AC. Et mon idée était que cette lettre venait de Callac ! »

L’enveloppe de l’oncle Jarnouen aurait donc été volée dans les années 90, avant que j’aie accès au dossier de son neveu : grand soulagement pour moi car j’avais supposé, à lire les prémices de la polémique, que je serais soupçonnée de l’avoir fait disparaître…

Nulle enveloppe donc dans le dossier Jarnouen depuis plus de dix ans.

Mais, étrange phénomène, Kristian Hamon, qui a une mémoire d’éléphant, se souvient de l’avoir vue — et en présence d’un témoin ! Chose commode aux archives…

Il faut croire qu’il s’agissait vraiment d’une enquête de toute première importance mais, cas unique, une enquête menée avant disparition.

Kristian Hamon a immédiatement mémorisé le cachet de la poste car le cas Jarnouen (dont il disait néanmoins en août sur ce même Forum qu’il était sans intérêt) le captivait alors au point qu’il devait constater « peu de temps après » que la lettre avait disparu.

Comment a-t-il pu savoir que le voleur était passé juste derrière lui voler l’enveloppe de la lettre de Jarnouen à l’oncle Eugène ?

Qui a pu voler la fascinante enveloppe ?

Il n’y avait alors qu’un ou deux chercheurs à travailler sur les dossiers du Bezen…

Enfin, la conclusion de cette énigme n’était pas moins aberrante que le reste : l’oncle Eugène parlait de Bourbriac et peut-être Loudéac, la sœur parlait de Bourbriac mais Kristian Hamon, lui, pensait qu’ils avaient tort. Pourquoi ? Parce qu’il avait dans l’idée, lui, que le cachet indiquait Callac. Après la preuve par l’absence, la preuve par l’idée.

Et je n’étais pas au bout de mes surprises.

Le 27 février 2012, l’affaire de l’enveloppe connaissait sur le Forum de la Seconde guerre mondiale un nouveau rebondissement :

« Françoise Morvan n’a donc retenu de cette déposition que ce qui allait dans le sens de sa démonstration. Ce que dit Jarnouen est pourtant vrai, les deux seules lettres encore visibles sur le tampon de la poste sont les lettres AC et Côtes-du-Nord. Cette enveloppe a donc pu être postée de Bourbriac, Loudéac ou, ce qui est tout a fait plausible, Callac. »

L’enveloppe est donc retrouvée ?

Et c’est lui qui l’a ?

Comme tant d’autres documents que des historiens autonomistes comme M. Nicolas publient avec la mention « collection privée K. Hamon ». Collection privée…

Eh bien, concluons qu’elle confirme les déclarations de la sœur de Jarnouen, et que le AC final désigne Bourbriac.

De toute façon, l’itinéraire du groupe Chevillotte auquel appartenait Jarnouen et qui a, au soir du 16 juillet 44, assassiné les camarades de mon père est parfaitement établi : Trébrivan, Bourbriac, Scrignac. La suite n’est que trop connue aussi, et l’itinéraire de ces militants nationalistes qui ont continué d’œuvrer sans remords.

*

Le sujet de cette polémique sans fin renaissante n’est donc pas la présence, en juillet 44, d’un groupe du Bezen Perrot à Bourbriac, présence qui ne pose pas question, mais la volonté de nier coûte que coûte les faits.

Cette volonté si tenace s’agissant de faits qui n’ont, hélas, en soi, connaissant les crimes et les exactions du Bezen Perrot, que la mince importance d’un épisode parmi tant d’autres, montre qu’il s’agit de les nier afin d’empêcher tout débat à ce sujet, ce qui implique l’obligation de discréditer cette recherche.

C’est exactement ce que j’ai voulu démontrer en écrivant Miliciens contre maquisards : seuls les historiens favorables au mouvement breton (ou membres du mouvement breton) sont autorisés à parler de l’histoire de ce mouvement, l’essentiel étant d’interdire de réfléchir de raisons de sa grande dérive nazie et d’analyser son idéologie actuelle à partir de son histoire — ce qui fait, notamment, qu’un mouvement breton qui se dit de gauche continue de promouvoir des collaborateurs des nazis (comme Polig Monjarret, que Kristian Hamon s’est personnellement chargé de réhabiliter, avec l’appui, pour l’occasion, de Jean-Jacques Monnier).

 Au moment où, les archives allant s’ouvrir, des recherches risquaient de mettre au jour des faits appelant une compréhension nouvelle, Kristian Hamon a été chargé d’écrire l’histoire des nationalistes bretons sous l’Occupation. Il n’est pas étonnant que les maisons d’édition nationalistes se soient empressées de le publier : chasse gardée, domaine à protéger de toute intrusion dangereuse.

De fait, l’intrusion que, par le plus grand des hasards, j’ai été amenée à faire en ce domaine était tout à fait dérangeante — mais, bien qu’accoutumée à la censure en Bretagne, je ne pensais pas qu’un libre débat au sujet d’un tel livre serait impossible, et surtout serait rendu impossible d’abord et avant tout sur le Forum de la Seconde guerre mondiale. »

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II. RÉPONSE DE KRISTIAN HAMON

 

Je donne ici in extenso la réponse de Kristian Hamon car elle me semble illustrer à la perfection la manière dont tout débat est interdit par les militants bretons : refus des faits et confusionnisme, sectarisme et vacuité de l’argumentation, tout est ici rassemblé, avec, en prime, ce machisme si caractéristique.

 

« Décidément, c’est ma fête ces jours-ci. Dimanche, au musée de Saint-Marcel, Olivier Porteau, docteur en histoire, m’a fait comprendre sèchement que le lieutenant Marienne et les FFL étaient sa chasse gardée et qu’il n’avait visiblement pas apprécié que j’y mette les pieds. Le lendemain, comme par hasard, c’est Françoise Morvan qui me fait l’honneur de sa plume fielleuse. Je n’en demandais pas tant ! Mais qui peut bien lire autant de lignes sur un écran ?

Je ne reviendrai pas sur cette affaire de Bourbriac, Jardin David a parfaitement résumé la situation et je maintiens ce que j’avais écrit à ce sujet. Mais on l’aura compris, le simple fait de douter de la présence du Bezen à Bourbriac fait immédiatement peser sur son auteur le soupçon de vouloir minimiser les exactions de la Formation Perrot ou de réhabiliter je ne sais quel nationaliste. Je n’ai probablement pas le niveau intellectuel de cette agrégée de lettre et docteur d’Etat, ce qu’elle ne manque jamais de souligner avec cette touche de mépris très caractéristique chez elle, mais j’ai une très bonne mémoire, comme tous les autodidactes. Aussi ces attaques personnelles et ces insinuations sur cette enveloppe qui aurait été volée aux archives sont détestables.

Mon passé et mes idées sont connues, je n’ai pas à en rougir, mais que viennent faire sur ce forum historique mon passage à Jeune Bretagne il y a 48 ans, ou le fait d’avoir été membre de l’UDB, mouvement qui a toujours ma sympathie ? Mes convictions fausseraient donc mes recherches ? Pour être tout à fait complète, Madame Morvan aurait également pu citer mes années au PCB avec Jean-Pierre Vigier, physicien, résistant, membre de l’état-major national des FTP, ancien membre du comité central du PCF dont il se fera exclure. Il fondera ensuite le Parti Communiste Breton.

 Madame Morvan se déconsidère toute seule avec sa haine recuite et ses fantasmes d’un complot d’autonomistes voulant l’étouffer. Par expérience je sais que tout débat avec elle est impossible. J’ai fait des études d’histoire, pas de psychologie. Je lui cède donc bien volontiers ma place et me retire de ce forum. »

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CONCLUSION

De réponse aux faits, le militant breton n’en apporte aucune : les faits doivent être ce qu’ils doivent être, un point, c’est tout. Le Kommando de Landerneau était  à Bourbriac en juillet 44 car, même, s’il n’y était pas, il aurait pu y être.

Le militant breton a le droit de dire qu’une enveloppe a été volée aux archives ; il a le droit de dire ensuite qu’il l’a sous les yeux, puis que cette enveloppe n’a pas été volée et que ceux qui parlent de cette enveloppe se livrent à des « attaques personnelles détestables » car, lui, il n’a jamais parlé de cette enveloppe. Au royaume du Monde comme si l’enveloppe peut très bien, comme le Kommando de Landerneau, apparaître ou disparaître selon les besoins de la cause.

Ce qui importe, et ce à quoi les faits doivent être soumis, c’est la Cause, et c’est ce qui explique que le militant breton soit fier d’avoir appartenu à un parti nationaliste breton d’extrême droite, à un parti nationaliste breton d’extrême gauche, à un parti nationaliste de droite, de gauche, du centre, du haut ou du bas, peu importe, pourvu que la nation bretonne soit mise à la place qu’elle mérite.

C’est la dignité que lui confère la Cause qui amène le militant breton à donner du Monsieur ou du Madame à son adversaire pour l’écraser de son mépris avant de se retirer sans daigner répondre aux questions posées. Au demeurant, le machisme du militant breton étant ce qu’il est, les questions sont nulles et non avenues   : toute femme qui ose opposer des faits au militant breton relève de la psychiatrie ; qu’elle montre comment ces faits sont instrumentalisés est en soi un symptôme : « fantasme de complot » ; elle n’écrit pas, elle déverse du fiel ; elle ne pense pas, elle mijote des « haines recuites » ; avoir des titres aggrave son cas : la vieille métaphore de la sorcière n’est jamais loin et l’intellect est diabolique…

Et pourtant, les faits sont les faits : Kristian Hamon a nié intentionnellement la présence du Bezen Perrot à Bourbriac. Telle est sa manière d’écrire l’histoire.

Et ce simple fait a eu, faute de mieux, le mérite de  montrer à partir d’un exemple concret comment s’exerce la censure en Bretagne.

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© Françoise Morvan

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Ultime illustration de la censure… un lecteur me signale que ma réponse à Kristian Hamon (publiée sur le Forum de la Seconde guerre mondiale après son intervention) a été intégralement effacée. Seul vestige de mon intervention : les réponses des contributeurs divers qui s’adressaient à moi (et même mes réponses ont été supprimées). Le Forum de la Seconde Guerre mondiale donne une excellente image de la censure qui s’exerce en Bretagne mais une piteuse image de l’esprit de la Résistance.