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Mille ans avant l’instant présent, mille ans après l’instant présent, ne t’arrête pas aux fantômes”. Proverbe chinois.

 

Un lecteur, un jour, m’a fait observer qu’avoir un site me permettrait de donner des informations fiables et d’échapper ainsi (dans une modeste mesure) à la prolifération des ombres. Ce lecteur était féru d’informatique et, sans faire ni une ni deux, il m’a offert ce projet de site : à moi d’apparaître sous mon vrai jour, un jour avenant, selon lui (je suppose). Il m’est alors apparu que je préférais ne pas apparaître. Je ne vois toujours d’ailleurs pas quel autre but sinon de disparaître peut s’assigner une personne qui a choisi d’écrire. Puis, placée devant l’obligation d’établir quelques faits me concernant, j’ai décidé de prendre le taureau par les cornes et de fournir ici des explications simples sur un travail apparemment épars.

Mon unique intérêt en cette existence a été la poésie et mon unique but la liberté d’écrire à ma guise. Je n’ai donc jamais rien dû à personne, je n’ai jamais fréquenté les marchés de la poésie ni souhaité vivre de ma plume. J’ai, la plupart du temps, écrit sans publier, dessiné pour moi seule et pris de ce qu’il me plaisait de voir les clichés qu’il me plaisait de prendre en attendant de savoir ce que tout ça pourrait donner de libre et de vivant. Je n’ai jamais appartenu à un parti politique ni prétendu convaincre autrui de quoi que ce soit. Il m’est totalement égal que mes écrits disparaissent : j’aurai appris ce que je devais apprendre et laissé ce que je devais laisser. Par exemple, éventuellement, ce site, pas vraiment captivant, mais voué à mettre les choses en perspective.

Si, enfant, j’ai construit tout mon rêve autour de ma maison natale à Rostrenen, c’est que j’ai fait partie de ces enfants heureusement abandonnés dans leur malheur au rêve d’une aïeule et que, n’ayant jamais eu aucun désir d’en sortir, j’y ai trouvé une source universelle. Je n’ai jamais rien écrit qui n’ait trait à ce monde, depuis les contes jusqu’à la traduction de La Cerisaie, les comptines, les complaintes ou l’histoire de la Résistance en Bretagne.

Si, encore adolescente, j’ai voulu éditer les textes d’Armand Robin, c’est que je voyais dans son expérience de non-traduction et d’écoutes radiophoniques un moyen d’échapper à la  “poésie pour poètes” qu’il avait voulu fuir. Pour retrouver et publier ses textes, j’ai dû affronter un petit groupe de profiteurs littéraires comme il s’en trouve partout mais, en même temps, étrange expérience, voir se déliter l’image de l’écrivain libertaire auquel j’avais cru, puis, plus étrange encore, voir le mythe de l’écrivain libertaire enfler, se changer en lieu commun, et mes recherches nourrir la contrefaçon littéraire que j’avais combattue.

Si plus tard, ayant commencé de travailler sur les traductions d’Armand Robin avec André Markowicz, je me suis trouvée prise dans une expérience de remise en cause de la traduction selon les normes admises en France, c’est qu’il s’agissait de s’opposer à une autre falsification : à cette considération selon laquelle, la traduction étant trahison, tout est possible, y compris la transposition de la métrique la plus stricte en prose relâchée. La traduction aussi est le contraire de la contrefaçon.

Si, ayant voulu éditer les textes du folkloriste François-Marie Luzel sans les récrire, j’ai dû affronter les militants nationalistes bretons, c’est bien qu’il s’agissait, non seulement de s’opposer à une forme de falsification, mais de donner voie à la tradition populaire telle qu’elle avait pu nous être transmise, comme une source vive, à préserver comme précieuse et fragile entre toutes. C’est la raison pour laquelle j’ai continué de travailler sur le conte, la chanson et les traditions populaires.

C’est aussi la raison pour laquelle je travaille, autant que je le peux, sur la poésie la plus simple et les textes pour enfants, mais je me heurte, comme tant d’autres, à la lourdeur des choses et je crains que Desnos, Marchak, Lear et tous mes bons génies, mes illustrateurs, mes amateurs de chansons d’enfance ne soient plus que fatras jetés au vent.

De la lourdeur du “monde comme si”, je n’ai rien à dire de plus que ce que j’ai dit : accompagnant la disparition de la culture populaire, l’horreur nationaliste est à l’œuvre en Bretagne sous l’aspect du drapeau, de l’hymne, de la vindicte revancharde et de l’histoire récrite, le tout mis au service d’un projet politique réactionnaire appuyé par des élus de tous bords.

J’ai établi des faits qui dérangent. Ils ne devraient pas déranger, pas plus que le respect des manuscrits de Luzel ou d’Armand Robin : ils ne sont occultés que pour préserver un abus de pouvoir.

En fin de compte, les plus beaux moments de ce travail ont été ceux que j’ai passés aux archives à noter quelques paroles de résistants, pris dans la violence d’un monde qui n’appelait que trahison, et qui n’auraient à aucun prix trahi la ligne, la simple ligne, la voie du silence, que j’espère, pour ma part, ne pas trahir, même en laissant ici revenir quelques fantômes.

 

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*J’invite mes lecteurs à ne tenir aucun compte de l’article qui m’est consacré sur wikipedia, article que les militants nationalistes bretons ont créé et considèrent comme un défouloir. Il en va de même pour l’article consacré à mon essai Le monde comme si. 

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Petit ajout : je me vois désignée tantôt comme “éditrice”, tantôt comme “traductrice”, comme “essayiste”, comme “historienne”, comme “folkloriste”, comme “conteuse”, comme “auteure”, comme “écrivaine”, comme “universitaire”, comme “poète”, “poétesse” ou spécialiste de ceci ou de cela. Je suis juste un écrivain qui a choisi d’écrire sans tenir compte des voies tracées d’avance.

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