Enfantines

 

Eh oui, où que je sois, dans un train, une salle de réunion, un colloque, un repas rassemblant des messieurs pontifiants, bref, en tous lieux où l’ennui vous guette, le démon de la comptine m’attrape par l’oreille et me glisse illico une petite rime : j’attrape alors un bout de papier et je m’envole, adieu l’ennui, parmi les animaux de l’arche de Noé, les contes de fées où passent des croquemitaines, des princesses croqueuses de pommes, des chats bottés, des dragons verts et autres personnages prêts à entrer dans une petite chanson.

Cette activité innocente (généralement considérée comme une marotte saugrenue) me semble hautement recommandable : d’abord, elle ne coûte rien, ne rapporte rien non plus, c’est vrai, mais procure un plaisir qu’il est ensuite possible de faire partager aux enfants du voisinage, à moins qu’ils ne se soient déjà transformés en messieurs et dames sérieux sous leur apparence enfantine. D’ailleurs, même en ce cas, la comptine peut leur agréer car elle offre (par moi pratiquée) toujours un caractère d’utilité immédiate. Ainsi, plutôt que d’entrer en conflit avec un jeune boudeur est-il est infiniment préférable de lui dire « La bourrée du hibou ». Face à un crassounet qui refuse de mettre sa serviette,  le temps de dire

                           « Le canard de Ouagadougou
                     Soupe avec soin, dîne avec goût.
                     Qu’il y ait de l’os ou du ragoût,
                     Le canard de Ouagadougou
                     A toujours la serviette au cou. »
 

…le tour est joué. Il suffit parfois ensuite de dire « canard » et l’étourdi va chercher sa serviette. J’aimerais savoir si l’on peut obtenir autant avec si peu de moyens.

Quand le démon de la comptine ne me tire pas l’oreille, je trouve toujours à m’occuper dans les endroits où l’on s’ennuie en emportant des petits limericks à traduire, des nursery rhymes, des chansonnettes, des fables ou des poèmes de ces bienfaiteurs de l’humanité qui ont baguenaudé avant moi sur les voies buissonnières de la poésie dite pour enfants : Edward Lear, Samuel Marchak, Mani Leib, Shel Silverstein, Marie de France et tant d’autres…

                                                                   *

Un jour, une bonne fée s’est penchée sur ces activités considérées d’un œil perplexe par mon entourage et a reproduit certaines des illustrations que je préfère.

Ce numéro de la Revue des livres pour enfants (n° 246) est paru en avril 2009.

 REVUE DES LIVRES POUR ENFANTS

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