Compléments et rectificatifs

Victor Guillossou et Valentin Bertrand, Garzonval, 16 juillet 2013.

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Le 6 novembre 2012, en vue de préparer la réédition en poche de Miliciens contre maquisards, j’ai rencontré Valentin Bertrand à Callac.

Ayant lu attentivement Miliciens contre maquisards, il avait pris une centaine de notes et signalé des erreurs possibles ou certaines, des ajouts et des précisions.

Il m’a permis d’éclairer les parcours de trois des personnages de mon livre, trois personnages aux itinéraires bien opposés, dont les parcours se sont croisés à un moment où à un autre dans cette histoire d’une rafle que j’ai voulu raconter à partir des archives…

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1. GEORGES NIEMANN, de la division Kreta à la compagnie Tito

2. AUGUSTE BOCHER, le barde autonomiste

3. FRANÇOIS LE BERRE, un maquisard de la première heure assassiné à Garzonval

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Tout jeune sous l’Occupation, Valentin Bertrand a fait partie de la Résistance et rallié le groupe FTP de Callac qui devait devenir la compagnie Ernest Le Borgne[1], rattachée au bataillon Guy Môquet. Il est l’auteur d’une brochure très intéressante sur la Résistance dans la région de Callac.

Nous avons étudié ses notes ensemble et j’ai pu rectifier plusieurs points.

Ainsi, la mention « maquis de Callac » systématiquement employée lors des dépositions des membres de la compagnie Tito est-elle abusive : le « maquis de Callac » était la future compagnie Ernest Le Borgne dont le chef était Auguste Fercoq, un jeune sabotier. Si le lieutenant Flambard et les membres de la compagnie Tito emploient constamment le terme « maquis de Callac », c’est que ces maquisards s’étaient installés à Maël-Pestivien, puis à Peumerit-Quintin, et que la ville la plus proche était Callac mais les actions de la compagnie Tito ne doivent en aucun cas être attribuées aux FTP de Callac.

C’est également par erreur, reprenant les documents d’archives et dépositions diverses, que j’ai indiqué que le parachutiste Georges Niemann qui avait rallié la compagnie Tito était autrichien. Valentin Bertrand était présent et a assisté au sauvetage in extremis du déserteur.

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1. GEORGES NIEMANN, de la division Kreta à la compagnie Tito

Georges Niemann était un sous-officier allemand qui faisait partie des parachutistes de la  division Kreta basés à Maël-Carhaix pour faire la chasse aux maquis. Il était tombé amoureux d’une jeune fille de Trébrivan qui, enceinte, l’avait amené à déserter puis l’avait caché dans son village. Comme il y avait trop de risques à le garder là, elle avait demandé à l’un de ses cousins qui faisait partie du  maquis de Lopuen, dans la forêt de Duault, près de Kerhamon, de le prendre en charge.

Ce maquis était commandé par Jean Coadou, dit Pills, de Lannion,  un officier de la marine marchande âgé d’une quarantaine d’années, qui a décidé d’en référer au groupe de Callac commandé par Auguste Fercoq. Le groupe de Callac était alors basé à Trébrivan. Auguste Fercoq a demandé à Valentin Bertrand de se rendre à Lopuen où Georges Niemann était gardé prisonnier et de décider de ce qu’il fallait faire de ce déserteur de l’armée allemande souhaitant rallier la Résistance et combattre pour la France.

Après avoir entendu les avis divergents des membres du maquis de Lopuen, Valentin Bertrand a décidé de le prendre en charge et de le conduire à Trébrivan pour soumettre son cas au groupe de Callac : seul Auguste Fercoq pouvait accepter ou refuser le ralliement de ce parachutiste allemand. Il a parcouru la vingtaine de kilomètres qui séparent Lopuen du maquis de Trébrivan, sans prendre de précautions particulières, le déserteur le suivant docilement.

 Comme le sort de Georges Niemann était en débat — un débat rendu difficile par le problème de la langue —, est arrivé, pour une toute autre raison, Georges Ollitrault, qui parlait allemand. Il a déclaré que Georges Niemann n’était pas allemand mais hollandais.

C’est sur cette base  qu’il a été décidé de laisser la vie sauve à ce déserteur, en le laissant sous la pleine responsabilité de Georges Ollitrault, qui l’a emmené.

Valentin Bertrand ignore ce qu’il a fait par la suite mais il sait qu’il a épousé la jeune fille dont il était amoureux et que leur fille Marie-Sophie est née peu après.  Il est mort en 1994 et sa femme en 2008.

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2. AUGUSTE BOCHER, le barde autonomiste

Au sujet d’Auguste Bocher (1878-1944), le garde-chasse du comte de Kerouartz, abattu en avril 1944 par la Résistance, Valentin Bertrand apporte un témoignage de première main.

J’ai  écrit : « Auguste Bocher a été présenté comme un martyr de la cause bretonne et fait l’objet de tentatives de réhabilitation de la part des milieux nationalistes bretons ; auteur de textes à la gloire de l’Europe nouvelle sous contrôle du Reich et collaborateur de la presse autonomiste (Arvor, L’Heure bretonne et surtout, à partir de 1941, Le Progrès des Côtes-du-Nord, puis L’Électeur des Côtes-du-Nord où les dénonciations des terroristes assassins sont constantes), il était en relation avec de nombreux militants bretons…»

Lorsque des hommages ont été rendus à Auguste Bocher, deux responsables de l’ANACR, Jean Le Jeune et Serge Tilly, ont publié un courrier de protestation qui leur a valu d’être traînés devant les tribunaux par la famille Bocher (ils ont bénéficié d’un non-lieu).

Georges Ollitrault a alors remis une attestation qui a été reproduite dans le livre d’hommage publié en 2003 aux éditions nationalistes Celtic Chadenn. « Ceux qui ont participé à Saint-Servais à donner la mort à votre père », écrit-il, « n’ont, j’en suis certain, jamais participé dans la Résistance clandestine à des attaques contre les Allemands — mais étaient plus occupés à courir la campagne, à boire, se saouler même, et passer pour Résistants » Il assure avoir refusé d’exécuter l’ordre d’abattre Auguste Bocher, car il ne venait pas de ses chefs directs (Le Nénan, Pichouron, qu’il appelle « Allain Pichouron » et Devienne) et accuse des « braconniers pour se venger d’un garde strict, parmi eux le dirigeant Lorinquer de Saint-Servais ».

Valentin Bertrand, surpris par ce témoignage, se demande qui a pu donner cet ordre. Il fait observer qu’aucun braconnier du nom de Lorinquer n’a jamais été un dirigeant. Il y avait à Saint-Servais un nommé Pierre Lorinquer qui n’avait rien à voir avec Ernest Lorinquer du groupe de Callac.

Georges Ollitrault ajoute qu’« aucune archive ne mentionne Monsieur Bocher et son frère dans les listes de collaboration ». Pourtant, Bocher figure avec James Bouillé, son ami, agent de la Gestapo SR 305, sur la liste des membres du PPF…

Par ailleurs, la liste de ses relations, dressée par sa fille dans le volume d’hommage, mentionne Yann Fouéré, agent de la Gestapo SR 715, l’abbé Perrot et l’abbé Lec’hvien, qui devaient être, eux aussi, exécutés par la Résistance, les frères Caouissin du Kommando de Landerneau, et nombre d’autonomistes, tels de Bellaing, Kervella, de Quelen, Taldir Jafrennou, Cadoudal, Loeiz Herrieu, militant nationaliste, responsable du PNB pour le Morbihan, et directeur du journal nationaliste Dihunamb. L’hommage funèbre de Herrieu à Bocher est programmatique en un temps où des militants autonomistes s’enrôlaient sous uniforme SS :   

 « Ce meurtre montre une fois de plus  le mal que la France fait à la Bretagne en faisant croire à certains Bretons qu’il convient d’abattre d’autres Bretons car ceux-ci travaillaient pour un meilleur statut pour notre pays. Malheur à la France ! C’est elle qui a frappé la première. C’est en son nom qu’on abat des patriotes : leur sang demeurera à jamais entre elle et la Bretagne… Malheur à celui qui l’a répandu. »

Auguste Bocher est donc présenté comme un « patriote breton »  naturellement ennemi de la France et donc allié aux Allemands au nom de la Bretagne.

Valentin Bertrand précise qu’Auguste Bocher avait annoncé en avril 1944 : «  Tous les voyous de la Résistance communiste de Callac ont été arrêtés et bientôt ceux de Saint-Servais vont suivre. »

Ces déclarations faisaient suite à la grande rafle du 9 avril à Callac (800 Allemands appuyés par des miliciens et des éléments du Bezen Perrot venaient de procéder à l’arrestation de près de 120 personnes). Auguste Bocher s’en félicitait : la rafle avait été provoquée par un coup de main de la « brigade spéciale » qui devait devenir la « compagnie Tito » contre la gendarmerie de Callac où son ami l’autonomiste Yves de Bellaing avait donné l’alerte et avait été blessé (voir Miliciens contre maquisards, édition de poche, p. 398).

« Tant que je serai le garde de ce domaine, si des résistants ou prétendus résistants s’installent dans la forêt, je les ferai déloger », avait-il ajouté.

Peu avant sa mort, des Allemands avaient pris rendez-vous avec lui pour établir un poste d’observation au Rocher de la Vierge dans la forêt de Duault. Le jour de sa mort, il s’était rendu sur les lieux pour voir comment installer ce poste. Ce projet fut abandonné suite à l’exécution d’Auguste Bocher et de son frère. Un paysan qui avait demandé l’autorisation d’entrer dans la forêt pour couper de la litière était tombé par hasard sur un poste émetteur caché à Kerbernez et avait alerté le groupe de Callac.

Auguste Bocher représentait donc un danger pour la Résistance ; son frère aussi puisqu’il avait juré de le venger sans tarder.

Les parachutistes alliés n’auraient pu prendre Duault pour base lors de la Libération si le garde-chasse et son frère avaient été sur place (1).

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(1) Cette phrase ayant provoqué un long délire de la part d’un militant nationaliste auteur d’un essai destiné à discréditer la Résistance, je précise qu’elle ne signifie rien de plus que ce qu’elle énonce, à savoir qu’Auguste Bocher et son frère étaient des alliés des nazis et auraient représenté un danger redoutable pour les parachutistes alliés s’ils avaient encore été de ce monde en juin 44.
Je précise aussi que le témoignage de Georges Ollitrault, stupéfiant de la part d’un ancien résistant puisque remis à la famille d’un collaborateur notoire contre un autre ancien résistant, est moins étonnant lorsqu’on sait que ce même Georges Ollitrault sert désormais de caution à ce militant nationaliste.
En 2003, la fille d’Auguste Bocher, assistée par un militant nationaliste et universitaire breton, a publié un épais volume de poèmes de son père assorti de textes biographiques, de photographies et de documents divers, aux éditions Celtics Chadenn, dans la collection Brittia (les éditions Celtics Chadenn revendiquent l’héritage  des frères Caouissin : elles se sont spécialisées dans la réédition des textes des militants bretons les plus engagés dans la collaboration avec les nazis). Ces poèmes, d’une remarquable constance dans la nullité, ont eu tout au moins le mérite d’exposer l’idéologie de leur auteur et de montrer que l’inoffensif barde et martyr était, en fait, un redoutable militant en relation avec ce que la Bretagne comptait de pires autonomistes, délateurs et parfois agents de la Gestapo..
 
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3. FRANÇOIS LE BERRE, un maquisard de la première heure assassiné à Garzonval

Miliciens contre maquisards est l’histoire d’une rafle à la fin de l’Occupation. Alors que les maquisards, dont mon père, rassemblés à Sainte-Tréphine pour attendre un parachutage se dispersent au matin du 11 juillet 1944, d’autres sont envoyés vers le nord et tombent entre les mains des Allemands. On les jette dans la cave de la maison du notaire de Bourbriac où se trouve déjà un prisonnier, François Le Berre.

Né le 16 juin 1919 à Penvénan, François Le Berre était un résistant de la première heure. Il faisait partie du groupe de François Prigent, alias « Pierrot » ou « D’Artagnan », déjà organisé fin 1943 en compagnie, la « compagnie Kernec » qui comptait une soixantaine de membres.

Le 6 janvier, le groupe d’action qui ne s’appelle pas encore « compagnie Tito » risque une attaque à main armée contre le maire de Saint-Nicodème, Joseph Mercier. Cette attaque tourne mal ; le groupe d’action est décimé et, par hasard, l’inspecteur Le Chanu arrête François Prigent près de Trébrivan. François Prigent a noté sur un carnet le nom et la composition des groupes qu’il dirige. Il a, entre autres, noté  qu’il a chargé deux maquisards et François Le Berre d’aller à Plougonver tuer Joseph Trémel, considéré comme un délateur au service de la Gestapo, ce qui a été fait le 16 décembre.

François Le Berre est dès lors recherché.

Tels sont les faits que j’avais rapportés brièvement.

Or, Valentin Bertrand a connu François Le Berre après le meurtre de Trémel. Ce dernier risquant d’être sur ses gardes, François Le Berre  s’était présenté comme agent d’assurances cherchant à lui faire souscrire un contrat, puis, au moment qu’il avait jugé le plus opportun, il s’était levé et avait tiré. Mais, au lieu de s’abattre, Trémel s’était dressé et était arrivé droit sur lui en titubant. Horrifié, François Le Berre avait réussi à vider son chargeur sur lui avant de s’enfuir mais il restait hanté par la scène et était psychologiquement très fragilisé.

C’est la raison pour laquelle, pensant qu’il fallait qu’il soit soutenu et encadré, on l’avait fait entrer dans la compagnie de Callac par l’intermédiaire d’Auguste Fercoq. Il était clair qu’il n’était pas fait pour les missions violentes et qu’il avait besoin de temps pour se remettre.

Le maquis de Callac déplacé à Trébrivan augmentait rapidement et il avait été décidé de scinder le groupe en deux, le premier groupe étant placé sous la direction d’Auguste Fercoq et le second sous la direction de Marcel Lossouarn et de deux gendarmes de Maël-Carhaix, Dinqua et Le Quéré.  Or, ces jeunes gens inexpérimentés étaient parfois très imprudents. C’est ainsi que, le 29 juin, eut lieu un accrochage aux conséquences dramatiques.

Valentin Bertrand écrit :

«  Ce jour du 29 juin 1944, il faisait un temps assez maussade, pluvieux. Il fut donc décidé d’accorder un peu de liberté à ceux qui le souhaitaient pour aller boire un verre au bourg de Trébrivan et rencontrer les camarades du deuxième groupe Lossouarn qui s’étaient installés un peu au sud du bourg.

Le lieu habituel était le café Guéguen situé au carrefour des routes de Maël-Carhaix et de Carhaix. L’emplacement de ce café sur une petite place aurait dû être protégé. Ce n’était pas le cas, ce fut une tragique erreur de notre part.

En effet, accompagnés de la Milice Perrot, les Allemands basés à Maël-Carhaix, distant d’à peine cinq kilomètres, font irruption à ce carrefour. Au café Guéguen se trouvaient rassemblée une vingtaine ou plus de maquisards. Surpris, la plupart réussissent néanmoins à s’enfuir dans plusieurs directions. Seuls parmi ces camarades, deux jeunes de Saint-Pol-de-Léon fraîchement débarqués au maquis se réfugient dans un poulailler à quelques dizaines de mètres du café Guéguen. Ils seront abattus par des miliciens qui ont découvert leur cache. Un autre, plus expérimenté, a le temps de cacher sa Sten sous la pédale de la machine à coudre dans la maison où il s’était réfugié. La fille de la maison, handicapée par une scoliose, tout comme notre camarade, forme avec lui un couple qui n’a rien de suspect aux yeux des Allemands. Mis au mur avec les autres personnes arrêtées, il sera relâché.

Le drame n’est pas achevé. Madame Guéguen, épouse de Joseph Guéguen, est arrêtée. Son mari a pu s’enfuir mais, voyant que tout ce qu’il possédait allait être détruit, il revient sur ses pas et pénètre chez lui malgré les efforts de deux maquisards, Achille « l’Arménien » et Gaudu « le Parisien », pour l’en empêcher. Ceux-ci l’accompagnent alors à l’intérieur de sa maison pour le protéger et l’aider dans sa tentative de récupérer ses économies.

Les Allemands et les miliciens ont mis des armes automatiques en batterie, empêchant toute sortie de la maison. Ils jettent des grenades incendiaires sur la maison qui s’enflamme. Les corps carbonisés des trois hommes seront retrouvés portant des traces de balles.

Après destruction de la maison, des personnes arrêtées seront conduites à Maël-Carhaix. Plusieurs furent déportées en Allemagne et y périrent dans les camps de concentration, dont Madame Guéguen. Quant à sa fille Yvette, elle revint de déportation avec tout cela suppose comme souffrances morales et physiques. »

 

Nous avons de terribles dépositions au sujet du pillage du bourg de Trébrivan par les Allemands assistés des miliciens. Seuls deux des treize otages devaient revenir de  déportation.

Les miliciens qui sont décrits par les gens du bourg, contraints de rester alignés durant plusieurs heures devant un mur, sont ceux que j’ai identifiés à Bourbriac : Daigre et son œil de verre, Chevillotte qui parle breton avec Miniou car il ne veut pas qu’un seul mot de français lui salisse la bouche…

L’historien autonomiste Kristian Hamon a voulu nier la présence du Bezen Perrot à Bourbriac mais nous avons à ce sujet plusieurs témoignages indiscutables et notamment celui du secrétaire de mairie qui déclare que « les Allemands qui ont opéré à Trébrivan ont cantonné dans le Morbihan et ont quitté Maël-Carhaix pour aller à Bourbriac ». De fait, ils venaient de Guéméné (centre de tortures où les otages de Trébrivan ont été emmenés) et ont quitté Maël-Carhaix pour Bourbriac où, malheureusement, le piège se referme sur François Le Berre.

Témoignage écrit de Valentin Bertrand :

         « Tirant les enseignements de la journée du 29 juin, nous décidons de changer de secteur pour éviter autant que possible des ennuis aux habitants de Trébrivan et des environs. La région retenue fut celle de Plourac’h. Le départ de l’étang « Stang » se fit dans la nuit même. Notre installation eut lieu en deux temps. Nous nous sommes d’abord installés à proximité du lieu-dit  Le Gollot pour permettre aux maquisards éparpillés pour différentes raisons, au moment de notre départ de Trébrivan, de nous rejoindre plus facilement. Ensuite, nous avons décidé d’établir notre campement un peu plus loin, une fois le regroupement effectué. »

 

Il conclut :

« La tragédie du 29 juin 1944 à Trébrivan est imputable à tous ceux qui étaient présents sur les lieux : manque de vigilance et de surveillance des maquisards mais aussi, aujourd’hui nous en avons la quasi-certitude, la délation — cela se murmure dans la population. »

Le dimanche 2 juillet, François Le Berre (qui campe avec le groupe d’Auguste Fercoq dans un petit bois à cinq cents mètres de la ferme du Gollot) demande l’autorisation d’aller voir une amie à La Chapelle-Neuve. Comme il est toujours nerveusement éprouvé par l’exécution de Trémel, on la lui accorde.

Au retour, il tombe sur une patrouille du Bezen.

« Il présente ses papiers d’identité (faux) et donne une version des faits qui semble crédible aux miliciens. Il est autorisé à poursuivre son chemin mais, soudain, l’un des miliciens se ravise, le retient et procède à une fouille méticuleuse. Par malheur, une balle de Sten avait glissé à son insu dans la doublure de son imperméable et, pour comble de malchance, il portait un tricot de corps en provenance du parachutage de Duault. »

Les parachutistes anglais portaient des maillots de corps en maille, très facilement reconnaissables.

Aussitôt désigné comme terroriste, François Le Berre est emmené à Bourbriac et, sous la torture, indique le lieu où se trouve le maquis. Le lundi matin à l’aube, une centaine de miliciens et  d’Allemands encerclent le maquis.

« Notre malheureux camarade accompagnait nos ennemis. En résistant aux tortures de ses bourreaux avant de finalement révéler notre emplacement, il savait que son retard à nous rejoindre aurait tôt fait de nous alerter et que nous aurions le temps de prendre nos dispositions pour échapper aux recherches.  »

Par prudence, dès le dimanche soir, voyant qu’il ne rentrait pas, les maquisards ont déplacé leur campement de cinq cents mètres. Ils échappent tous aux miliciens.

Au soir de la rafle du 11 juillet, François Le Berre était donc arrêté depuis neuf jours.

Guillaume Le Bris fait un portrait terrible de ce camarade que les prisonniers, enchaînés par deux, découvrent dans la cave de la maison du notaire qui sert de prison.

« Il est accroupi à l’angle du fond, acculé aux murs, les poignets enchaînés.

Un côté de son visage est écorché, tuméfié, et l’une de ses mains verdâtre.

— Tu as fait une chute ? lui demande l’un.

— Non, ce sont eux qui me sont tombés dessus ; vous saurez bientôt ce que c’est.

Il tente de se relever, mais s’affaisse aussitôt. Deux couples le soulèvent et l’épaulent jusqu’au tas de charbon qu’il arrose d’un liquide rougeâtre, un mélange d’urine et de sang. Nul doute, ce n’est pas l’un des leurs, mais un ”copain”. »

Les Allemands et les miliciens se sont servi de lui pour connaître les maquis puis ils l’ont confronté aux nouveaux arrivants.

Au soir du 16 juillet, il est emmené avec six autres prisonniers vers Scrignac et achevé d’une balle dans la nuque dans un bas-fond de Plougonver.

Son corps en état de décomposition avancé ne sera identifié qu’en septembre, par quelques maquisards et par sa sœur. Ce sera la fin de l’épisode tragique de la Résistance que l’on commémore chaque année le 16 juillet à Garzonval.

© Françoise Morvan


[1] Ernest Le Borgne, né le 25 novembre 1922 à Callac était passé dès 1941 dans la clandestinité ; arrêté en 1943 dans le Finistère où il dirigeait un groupe de FTP, il  fut livré aux Allemands et fusillé le 8 juin 1944 à Rennes en même temps qu’un autre résistant de Callac arrêté peu après, Auguste David. 

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Je signale un témoignage très intéressant sur l’Occupation à Callac : celui de Micheline Eskenazy-Burlot paru en 2010 dans la revue Kaier ar Poher. La première partie de ce témoignage a été mise en ligne et on pourra la lire ici en PDF.

8-RESISTANCE_20CALLAC – copie

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