Nazisme breton

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Entre deux accès de rage contre les Juifs, les Arabes et les Français qu’il voit avec une horreur phobique polluer le sol de sa race (la race bretonne supposément celtique), le nationaliste breton Boris Le Lay s’est lancé dans une nouvelle croisade depuis le Japon où il s’est réfugié (dit-il) pour mieux défendre sa nation soumise aux envahisseurs : après la fulmination, la démonstration à base de documents d’archive.  

Le Lay, qui serait bien en peine de mettre les pieds aux archives puisqu’il est sous le coup d’un mandat d’arrêt international (depuis 2013, maintes fois appelé à comparaître pour provocation à la haine raciale, apologie de crimes contre l’humanité et contestation de crimes contre l’humanité, il n’a jamais eu que le courage de la fuite) fait de l’histoire comme Panurge faisait de la grammaire : flottant sur un épais embrouillamini, quelques pièces d’archives viennent étayer une thèse rudimentaire, à savoir que les nationalistes bretons enrôlés sous uniforme SS dans une formation dite Bezen Perrot ont eu raison de massacrer des résistants car les résistants étaient tous des voyous communistes qui tuaient les bons Bretons. Pour Le Lay, assassiner après avoir torturé, c’est « tuer juste » et donner un exemple toujours valable, à prendre pour « avertissement » à ceux qui pensent mal – moi principalement : l’apologie des crimes nazis se double donc d’un appel au meurtre. 

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Tel un islamiste récitant le Coran, Le Lay récite le catéchisme prêché par le fabriquant de la doxa, un indépendantiste nommé Mervin, qui, lui, a passé des mois aux archives pour en trafiquer la teneur afin de démontrer que la Résistance a causé plus de tort aux Bretons que les nazis. Ses essais sont diffusés par la Coop Breizh, rappelons-le, et sont promus partout en Bretagne. 

L’un des exemples de falsification produite par Mervin concerne Jean-Louis Corbel, un jeune homme assassiné à Garzonval en Plougonver le 16 juillet 1944, par les nazis assistés des tortionnaires du Bezen Perrot. Il se trouve que j’ai rédigé une enquête sur ce massacre et que, connaissant les dossiers, j’ai pu montrer comment Mervin procédait, feignant de confondre Jean-Louis Corbel avec un malfrat du nom d’Yves Corbel. Jean-Louis Corbel, né le 2 novembre 1923 à Maël-Carhaix, était un ouvrier agricole dont nul ne sait rien sinon qu’il avait été blessé à la jambe par les Allemands et qu’il a été torturé puis assassiné avec six autres jeunes gens. Il faut l’esprit retors de Mervin pour le discréditer en se servant de la parenté de noms, la crédulité fanatique de Le Lay pour en faire un communiste et son esprit malade pour en faire un « fils de putain ». Dans les deux cas, la méthode est simple : par tous les moyens possibles salir la Résistance et l’assimiler en vrac à un communisme diabolique à quoi le Bezen Perrot se serait opposé pour défendre la Bretagne. 

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Le corps de Jean-Louis Corbel assassiné à Garzonval après avoir été torturé

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Salir la réputation d’un jeune homme assassiné dans ces circonstances est ignoble, falsifier l’histoire ne l’est pas moins et proclamer que les tortionnaires nazis ont « tué juste » en annonçant qu’il y a là un modèle à suivre et un « avertissement » donne la mesure de ce qu’est l’idéologie dont Le Lay se réclame.

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Jusqu’alors sur un tel sujet les nationalistes avaient toujours avancé masqués. Même les Mordrel, Fouéré, Caouissin tenaient des discours patelins sur le triste sort des soixante soldats persécutés du Bezen. Soixante pauvres garçons victimes de leur amour de la patrie et le peuple breton persécuté par l’État français pour si peu : la thèse accréditée par les autonomistes se trouve désormais répandue partout, y compris avec l’appui des instances régionales (voir à ce propos « La Résistance bafouée »). 

Le Bezen n’était que de la pointe extrême d’un réseau qui avait des ramifications partout en Bretagne et qui s’est développé ensuite à partir de ces ramifications. Tel était le sujet du Monde comme si. Tel était aussi le sujet de Miliciens contre maquisards qui montrait le rôle du Bezen à partir d’un exemple précis, celui de la rafle du 11 juillet 1944. Minimisation et confusionnisme : jusqu’à présent les historiens nationalistes se bornaient sans exception à passer sous silence ou nier la présence des tortionnaires du Bezen Perrot à Bourbriac, puis à Plougonver. Ces faits sont donc maintenant admis. Le Lay le proclame d’ailleurs : « Nous, nationalistes bretons, n’avons jamais nié notre alliance avec l’Allemagne nationale-socialiste ». 

Albert Torquéau, qui a été retrouvé à Garzonval, les ongles arrachés, un œil arraché à la cuiller, abattu d’une balle dans la nuque, était-il communiste ? Le Lay l’ignore, mais peu importe, il sait qu’il y avait là une excellente raison de le tuer comme, écrit-il, « un chien enragé ». 

Rares sont les chiens enragés que l’on tue en leur arrachant préalablement les ongles et les yeux mais c’est ce que Le Lay appelle « tuer juste » et, prenons-y garde, il le rappelle comme une injonction aux nervis qui le lisent, ce n’est pas un « souvenir », c’est un « avertissement ». Les vrais Bretons sont invités à suivre l’exemple glorieux des tortionnaires du Bezen. 

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Les bouffons les plus sinistres ont souvent le mérite de mettre en lumière ce que d’autres prennent la peine de dissimuler. Je vous invite donc à lire la prose de Le Lay que vous trouverez ici en PDF. 

Il vous est également possible d’aller vérifier que cet article est librement accessible : si le procureur de la République a tenté de faire déréférencer le site DemocratieParticipative.biz de Le Lay, son site breizatao.com en revanche n’a semblé mériter aucun effort particulier. Cette apologie des crimes nazis vient donc en toute impunité compléter la panoplie mise à disposition des militants.  

Haine, machisme, fanatisme, obsessions sans fin ressassées : vous y trouverez le complément du Florilège des invectives ; à part, étrange omission, le pouvoir occulte des Juifsil n’y manque rien – les ovaires qui parlent, le féminisme, le communisme, la prostitution, l’odeur, la pourriture, l’argent venu par les louches prébendes de la gauche culturelle que Le Lay voit toujours au pouvoir… C’est d’ailleurs en quoi ce délire, si répugnant soit-il, mérite attention. On y voit une parfaite  illustration de ce qu’est le nationalisme breton, vivant depuis les origines de fantasmes issus d’un vide comblé par le désir substitutif d’une Bretagne pure, nettoyée de toute souillure étrangère, donc de toute intrusion d’un père porteur de loi : le breton, que Le Lay ne pratique pas, est le fétiche absolu, la langue de ses gènes qui attendent de se réaliser au Japon pour justifier l’assassinat de ceux qui, quoique de race bretonne, ne demandaient qu’à être français et bénéficier des lois de la République. Ce crime fut, comme il le rappelle, sans mesurer sans doute la portée de ses dires, partagé par des milliers de Bretons. 

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Au moment où une synthèse propagandistique du journal Breiz Atao  est mise à disposition des lecteurs dans la plupart des bibliothèques de Bretagne…

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…au moment où la fondation Fouéré (une fondation à la gloire de cet agent de la Gestapo) organise un nouveau colloque avec des nationalistes gallois au centre culturel breton (désormais Ti ar Vro, la Maison de la Nation), grassement subventionné par les pouvoirs publics et notamment la mairie socialiste de Guingamp, avec Mervin pour « modérateur » et en présence d’Aziliz Gouez (porte-parole de Raphaël Glucksman)…

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Fouéré indicateur de la Gestapo

…au moment où le terroriste Charlie Grall, éminence grise du maire de Carhaix Christian Troadec, publie un livre à la gloire de Raymond Delaporte en expliquant que ce dernier n’était pas du tout nazi – et Ouest-France relaie imperturbablement son apologie du chef du PNB national-socialiste –, l’hommage rendu par le Lay aux crimes des SS bretons est à placer dans un contexte de banalisation du nationalisme et de réécriture du passé du mouvement breton. 

Les propos ignobles de Le Lay sont à lire sur cet arrière-fond et en relation avec l’apologie des militants de Breiz Atao, dont Delaporte qui, en jouant la carte de la « modération », a, comme Fouéré et les autres, contribué à la radicalisation des assassins du Bezen qui pouvaient lire sa prose dans L’Heure bretonne. 

C’est en 2002 qu’est paru Le Monde comme si et Charlie Grall a eu tout loisir de l’étudier (puisqu’il collaborait au journal Bretagne-hebdo qui a été condamné pour diffamation suite à la campagne orchestrée par ce torchon nationaliste contre ce livre). 

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Je me contenterai de citer une page du Monde comme si :

« L’Heure bretonne ? L’organe du Parti national breton, le plus beau fleuron du nazisme en Bretagne, D’abord dirigé par Morvan Lebesque, le journal vit sur une idée simple : la race bretonne, pure race celtique, opprimée par la France dégénérée, va retrouver sa place parmi les races nordiques dans l’Europe nouvelle. Cela se décline sur tous les thèmes, à tout propos, et sur un registre fulminant qui est, en fin de compte, moins pénible que la rondeur chattemite de La Bretagne et que la réserve pincée d’Arvor. Car tous disent la même chose, et la stratégie consiste à laisser accroire qu’une frange autonomiste, modérée, s’oppose à une frange séparatiste, à l’intérieur de laquelle on laisse accroire encore que s’opposent un courant « modéré » et un courant séparatiste violent. Mais c’est le « modéré » Raymond Delaporte qui se révèle dans ses éditoriaux, hanté par le souci de protéger la race bretonne : la dénonciation du racisme, explique-t-il, cette grande machine de guerren’était pas montée seulement contre l’Allemagne national-socialiste. Elle avait aussi un autre but. Elle constituait, en outre, un plaidoyer « pro domo » : lorsque l’on s’appelle Karfunkelstein ou Zyrymski et que l’on veut s’installer à Lorient ou à Quimper, comme avocat, médecin ou commerçant, il n’est pas bon que les Lagadec, les Morvan, les Caradec et les Naour du cru local soient persuadés qu’ils constituent une race à part et que cette race à droit de vivre et de se développer sur son territoire, sans apport inconnu et douteux… » (21 juin 1941)  La manchette est claire : Pour assurer l’avenir de la Bretagne : une politique de la Race ? Mais oui !… et, la semaine suivante, Delaporte insiste bien  : « La race bretonne doit être protégée de l’extérieur et de l’intérieur  ».  

Pour lui comme pour tous les autres, le vrai, le seul ennemi de notre Pays, c’est le Jacobinisme et ses tenants, le Jacobinisme et ses conséquences inévitables : la centralisation, la bureaucratie, l’étouffement de toute vie, de toute activité bretonne... (R. Delaporte, sous le pseudonyme de P. Louet, L’Heure Bretonne, 29 mars 41).

Enfin, la Bretagne a trouvé sa chance : La Guerre se termine à l’Est. Elle se termine par une victoire de l’armée allemande. De cette victoire, nous n’avons pas douté un seul instant… Elle s’appuyait, uniquement, sur une certitude d’ordre moral…  LA CERTITUDE que cette lutte, qui se joue pour la libération spirituelle des PEUPLES DU NORD, ne pouvait pas se terminer par un échec. LA CERTITUDE qu’après avoir subi une époque de décadence, L’OCCIDENT connaîtrait une renaissance véritable de son ESPRIT. (Raymond Delaporte, 18 octobre 1941). 

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Je m’étais limitée à ces quelques exemples (qui ont d’ailleurs été repris par le journaliste autonomiste Georges Cadiou dans son essai Emsav publié par la Coop Breizh, quoiqu’il passe totalement sous silence Le Monde comme si).

Cadiou lui-même est forcé d’admettre que Delaporte « s’est aligné sur les positions collaborationnistes les plus extrémistes » et qu’il ne peut en aucun cas être considéré comme un « modéré »). Il y aurait bien d’autres exemples à citer, et des pires, comme dans La Bretagne de Fouéré, qui a recyclé en Irlande les SS du Bezen. Charlie Grall sait donc de quoi il retourne.

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Les brigades de combat du PNB de Delaporte

Le double jeu des uns autorise la radicalisation des autres : la stratégie des Mordrel, Fouéré et Delaporte est toujours celle du mouvement breton et Le Lay permet de donner apparence de modération aux autres.

Voilà donc ce que le mouvement breton promeut, sous habillage de gauche, de droite ou d’extrême droite.

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Il est d’autant plus grave, comme je le signalais dans l’article qui a eu l’heur de déplaire à Le Lay, que les cérémonies officielles passent sous silence la présence du Bezen, aussi bien à La Pie qu’à Garzonval, et ce au nom du devoir de mémoire – un devoir de mémoire bien sélectif face à des militants dont le cynisme croît à mesure de leur impunité.