Deux ou trois émissions qui provoquent la fureur

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Charlotte Perry, qui avait déjà réalisé trois émissions au sujet de l’Institut de Locarn, de la pseudo « révolte des Bonnets rouges » et de la réécriture de l’histoire en Bretagne, dans le cadre de l’émission « Là-bas si j’y suis », s’est livrée à une enquête en trois volets à partir de Miliciens contre maquisards. Cette fois, cette enquête s’inscrit dans le cadre de l’émission « Comme un bruit qui court », toujours sur France-Inter.

La première émission, diffusée le samedi 30 août 2014, permet d’écouter Georges  Ollitrault, un ancien maquisard.

La deuxième, diffusée le samedi 20 septembre, donne à entendre la cérémonie de Garzonval,  le 16 juillet 2014, en hommage aux sept jeunes gens assassinés par les nazis assistés du Bezen Perrot, et, en écho, par opposition, les commentaires d’un militant nationaliste breton, Yves Mervin, auteur d’un livre exposant que la Résistance a causé plus de tort à la Bretagne que les nazis.

La troisième, diffusée le samedi 27 septembre, donne la parole aux  personnes du bourg de Plougonver qui, en 2014, ont apporté leur témoignage pour un livre paru le 16 juillet, Garzonval en mémoire.

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Ces émissions ont déchaîné la fureur d’Yves Mervin, rencontré chez Georges Ollitrault (cet ancien résistant couvert de médailles ne craint pas, en effet,  d’accompagner les opérations de propagande de ce nationaliste breton soucieux de noircir la Résistance). Sur son site,  intitulé « Devoir de mémoire en Bretagne » (un devoir conçu de manière bien singulière) ce défenseur des collaborateurs des nazis (voire des nazis eux-mêmes, comme Leo Weisgerber) s’est répandu en diatribes auxquelles il n’est pas utile de perdre son temps à répondre. Je me contenterai de signaler qu’il falsifie les faits et les falsifie en pleine connaissance de cause :

— En vue de salir la mémoire de l’un des jeunes gens assassinés à Garzonval, Jean-Louis Corbel, il feint de le confondre avec « Coco »,  un malfrat membre du « groupe Bara » dépendant de la « compagnie Tito ». Cette erreur ayant été signalée sur ce site qu’Yves Mervin parcourt quotidiennement, il s’agit donc d’un mensonge intentionnel.

— C’est aussi intentionnellement qu’il dissimule la gravité des actions menées par cette « compagnie Tito » dont faisait partie Georges Ollitrault, et dont les chefs sont à l’origine de tant de rafles (dont la rafle qui a conduit au massacre de Garzonval). Je précise que j’ai longuement interrogé Georges Ollitrault, toujours affable et plein d’énergie, qui m’a donné sa version des faits — version dont j’ai, bien sûr, tenu compte et à laquelle, bien souvent, j’aurais eu plaisir à croire si je n’avais consulté les archives auparavant.

— Enfin, c’est intentionnellement qu’il travestit les faits à l’origine de la rafle de Guilliers : l’assassinat du soldat allemand le 18 janvier 44 n’avait évidemment pas été commandité par la compagnie Tito à Georges Ollitrault pour la bonne raison qu’il s’y est enrôlé fin février, comme il l’indique lui-même.

Il faut un singulier toupet pour aller convoquer Théodore Le Nénan et Émile Henry à Guilliers alors que Georges Ollitrault a, dès 1945, fait le récit de cet épisode en indiquant qu’il était seul et avait agi de son propre chef : de passage à Guilliers,  il « invite un Allemand à aller chercher du beurre dans une ferme. Chemin faisant, il le tue d’une balle “à la Katyn” et prend sa mitraillette. Cela fait une arme de plus pour le maquis et un Allemand de moins. » Puisque c’est lui qui le dit…

C’est bien ce que confirme le document allemand fourni par Yves Mervin : « Dans la nuit du 17 au 18 janvier, le caporal Hammes (265 ID), membre d’un détachement de réquisition de chevaux a été trouvé mort sur le territoire de la commune de Guilliers (40 km à l’est de Pontivy) dans un chemin de traverse avec une blessure à l’arrière de la tête… Il manquait le ceinturon et les armes. Hammes avait quitté les autres membres du détachement après avoir dit qu’il voulait acheter du beurre dans les fermes.  »

De même faut-il faire preuve d’un franc cynisme pour oser pinailler sur le nombre des malheureux déportés qui n’auraient été que 43 et non 44… Chiffre d’ailleurs faux : 500 personnes furent arrêtées et 44 hommes déportés (19 de Guilliers, 12 de Loyat, 9 de Mohon, 9 de Mauron, 1 d’Eyriguet et 1 de Néant-sur-Yvel). 16 d’entre eux avaient entre 17 et 20 ans, tous sauf deux avaient moins de 40 ans. Seuls 19 sont rentrés.

Et le scénario devait se reproduire…

Il est vrai que, question cynisme, ne pouvant nier les exactions et les tortures exercées par les miliciens du Bezen Perrot (défenseurs, d’après lui, de la « culture bretonne »), il a l’ignominie de dire que « certains ont pu se prendre au jeu » (certains de ces tortionnaires).

Les émissions, pourtant remarquables, de Charlotte Perry ont peut-être eu le tort d’accorder  trop d’importance au lamentable livre d’Yves Mervin — qui en a profité, toute honte bue, pour faire sa publicité. La réécriture de l’histoire atteint avec lui, c’est vrai, un degré supérieur, mais ce n’est jamais qu’un degré de plus : les essais des autonomistes dits de gauche, Jean-Jacques Monnier et les autres, ont ouvert la voie et banalisé ce qui aurait été impensable voilà encore quelques années.

Quoi qu’il en soit, le livre d’Yves Mervin se trouve dans toutes les libraires par piles entières (et notamment dans les Intermarchés, dont les rayons librairie sont pure propagande autonomiste à base de Coop Breizh et autres diffuseurs de breizhitude celtomaniaque). On aurait donc tort d’en minimiser la dangerosité.

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On pourra lire à ce sujet « Réécriture de l’histoire : le cas Mervin ».

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