My translative method

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*

J’ai été réveillée le dimanche 15 février par le vrombissement de la pompe à chaleur que Madame notre Voisine a placé sous nos fenêtres. Fort abattue, je me suis mise à boire mon thé en relisant la préface de Mademoiselle de Maupin qui m’a moins plu que je ne pensais et j’ai décidé de passer mon dimanche à ranger les livres partout accumulés.

Il faut dire que, la veille, Odile Belkeddar, qui est l’une des Trois Ourses à l’origine de la collection où j’ai publié des traductions de poèmes pour enfants, m’avait fait parvenir un questionnaire pour un article qu’elle devait rédiger. Elle me demandait d’expliquer selon quelle méthode j’avais traduit Filourdi le dégourdi. Ô cauchemar ! Quelle méthode ? Insondable mystère !

Pourtant, pas le choix, il fallait que je trouve avant lundi… et donc que je cherche dans le fouillis du grenier non seulement mes brouillons mais le mot à mot du yiddish qui m’avait été remis et la transcription…

Plus que de la pompe à chaleur, mon accablement venait de la perspective d’avoir à expliquer comment le poème de Mani Leib était devenu par mon entremise Filourdi le dégourdi.

Comme j’en étais là de mes réflexions, a glissé d’une pile un petit volume violet intitulé Nonsense. Déjà lassée d’avoir fait toutes ces piles, je me suis assise pour lire quelques petits limericks d’Edward Lear et je suis tombée sur le premier poème (car, pour une fois, je commençais cet ouvrage par le début), un autoportrait intitulé « How pleasant to know Mr Lear ».

Le poème, on peut le voir, commence comme ça :

       How pleasant to know Mr Lear !
                Who has written such volumes of stuff !
       Some think him ill-tempered and queer,
                But a few think him pleasant enough.

 .

La traduction française était :

       Monsieur Lear que voici, est un auteur exquis
                Ayant beaucoup écrit ;
       Certains le trouvent bizarre, mais il en est qui
                L’estiment et l’apprécient.

 

Le traducteur français n’a même pas idée que les règles prosodiques existent : e muet ou pas, il avance à l’estime. Même les règles de ponctuation l’indiffèrent. Il a trouvé une rime, c’est l’exploit du siècle : tant qu’à faire, il vous colle deux fois la même. Pourtant, c’est un traducteur qui a fait des efforts, qui a cherché un système, qui a sûrement une méthode, lui…

Ronchonnant de plus belle, je poursuis ma lecture de l’autoportrait d’Edward.

His mind is concrete and fastidious,
         His nose is remarkably big ;
His visage is more or less hideous,
         His beard it resembles a wig.
 
 He has ears, and two eyes, and ten fingers,
           (Leastways if you reckon two thumbs);
He used to be one of the singers,
           But now he is one of the dumbs.
 
He sits in a beautiful parlour,
           With hundreds of books on the wall;
He drinks a great deal of marsala,
           But never gets tipsy at all.
 
He has many friends, laymen and clerical,
           Old Foss is the name of his cat;
His body is perfectly spherical,
           He weareth a runcible hat.
 
When he walks in waterproof white,
           The children run after him so!
Calling out, « He’s gone out in his night-
           Gown, that crazy old Englishman, oh! »
 
He weeps by the side of the ocean,
           He weeps on the top of the hill;
He purchases pancakes and lotion,
           And chocolate shrimps from the mill.
 
He reads, but he does not speak, Spanish,
           He cannot abide ginger beer;
Ere the days of his pilgrimage vanish,
How pleasant to know Mr. Lear!

*

Ah ! c’est un vrai rigolo ! Ce brave Edward me plaît de plus en plus.

Une page de ma bibliographie traîne par terre, un stylo pilot pointe fine 0,4 s’est égaré par là, chance peu commune. Je m’assieds en lotus et je commence à rêvasser.

Ai-je le désir de traduire Edward Lear ? Non ! J’ai juste le désir de ne pas répondre à Odile Belkeddar (et de ne pas monter dans le grenier chercher mon dossier car je sais parfaitement que je devrais ranger ce grenier au lieu d’y entasser un effroyable capharnaüm) (et j’ai une très bonne excuse car la pompe à chaleur s’entend beaucoup plus là-haut) (et Lear, à la Sorbonne, c’était un vieil allié contre les cours soporifiques) (nous nous connaissons de longue date) (je le connais très mal mais depuis longtemps) (il gagne à être connu) (et surtout mieux connu grâce à une traduction digne de son esprit pétulant), et ainsi de suite : peu importent ces alibis, je n’ai aucune raison de traduire Edward Lear mais rien ne m’empêchera plus de traduire Edward Lear.

Il va de soi que si l’on m’avait demandé de le faire, je me serais immédiatement consacrée au rangement de mon grenier : Edward s’est immiscé par une faille, ou plutôt par l’ouverture concomitante de plusieurs failles…

Et me voilà donc, captive de Mr Lear, en train d’inventer ma méthode.

*

Tiens, primo, scandale aux yeux de mon ami André Markowicz, je vais trahir l’original et renoncer à l’octosyllabe, voire au décasyllabe, qui aurait convenu pour ce vers à trois accents. Oui, je choisis l’alexandrin comme plus pontifiant.

Mon premier vers est traduit d’emblée car, illico, la rime se profile :

      

Connaître Mr Lear est un plaisir très rare,
       …
 
      D’aucuns le trouvent bien fort ronchon, fort bizarre

      

       Le dernier vers se profile aussi :

 

       Mais quelques-uns le trouvent presque aimable.
 
*

Sauf que quatre rimes féminines pour commencer le portrait d’Edward, c’est impossible ; je mettrais bien fort charmant à la place de presque aimable mais Mr Lear n’est pas allé jusque là. Je cherche donc comment traduire le deuxième vers : rien à faire avec volume, je pense à le remplacer par tome

       Il a écrit des tomes pleins de mots !
 
*

       Ça marche, sauf que c’est un décasyllabe, mais j’observe que l’amphibraque d’Edward est faux, donc je peux donner dans l’irrégulier pour l’autoportrait de ce branquignol. Trouverai-je une rime en – o pour le dernier vers ?  Hélas, je ne vois que chameau. Soudain, déclic :

       Mais quelques-uns aimable, ou peu s’en faut.

 

       Donc, me voilà partie pour une alternance d’alexandrins ou d’octosyllabes. Il n’est pas certain que ça marche jusqu’au bout. Je relis l’ensemble et je constate que le troisième vers est faible :

       Connaître Mr Lear est un plaisir très rare !
                Il a écrit des tomes pleins de mots !
       D’aucuns le trouvent bien fort ronchon, fort bizarre
                Mais quelques-uns aimable, ou peu s’en faut.

 

Farfouillant dans le dictionnaire analogique de Charles Maquin (mon bienfaiteur, auquel je rendrai grâce jour après jour tant que les petits cochons ou les nationalistes bretons ne m’auront pas expédiée ad patres), je trouve cacochyme. Ce n’est pas ill-tempered mais c’est tellement learique que je me dis qu’Edward aurait été content.

Et voilà comment j’ai traduit la première strophe du premier poème d’Edward Lear.

Après ça, je n’ai plus eu qu’à continuer, comme il l’eût dit.

J’ai commencé ma traduction un peu après 9 heures et je l’ai terminée à 10 heures 41.

       Ma traduction à 10 heures 41 était :

 

Connaître Mr Lear est un plaisir très rare !
  Il a écrit des tomes pleins de mots !  
D’aucuns le trouvent bien cacochyme et bizarre
  Mais quelques-uns aimable ou peu s’en faut. 

 

Il a l’esprit concret, précis, méticuleux,
  Il a le nez remarquablement long,
Son visage est, disons, un tantinet hideux
  Et sa barbe ressemble à un chiffon.

 

Il a des yeux et des oreilles et dix doigts
  (En comptant les deux pouces qui sont siens) ;
Lui autrefois chanteur à la fort belle voix,
  Il est muet et ne chante plus rien.

 

Il siège assis chez lui — quel beau salon c’est là,
  Les murs couverts de livres de bon goût ! — 
Il boit énormément de coups de Marsala
  Et nonobstant il n’est pas saoul du tout.

 

Il a beaucoup d’amis, cléricaux ou laïques,
  Son vieux chat Foss de ce nom est nommé ;
Son corps est, sachez-le, parfaitement sphérique ; 
  D’un roncible chapeau il va toujours coiffé.

 

Quand il sort faire un tour dans son ouaterprouf blanc,
  Les enfants après lui courent et crient :
« Il est sorti d’chez lui en ch’mise de nuit qui pend,
  Ce vieil idiot d’Anglais, oh, c’t abruti ! »

 

Il va verser un pleur au bord de l’océan,
  Il pleure aussi là-haut sur la colline,
Puis se paie des galettes et de la lotion,
  Plus un peu de crevette à la praline.

 

Il sait lire mais ne parle pas espagnol
  Et ne supporte pas les épinards :
Ains qu’au bout de ses jours son âme errante vole,
Connaître Mr Lear est un plaisir très rare !
 
*
 

J’étais assez satisfaite de ma traduction, et surtout je pensais avoir trouvé le moyen de répondre à Odile Belkeddar en lui découvrant en direct mon authentique énigmatique méthode. Et comme ça j’étais restée au chaud traduire Edward au lieu d’aller grelotter au grenier.

Mais André Markowicz est rentré le dimanche soir et, consulté au sujet de cette toute nouvelle marotte, a déclaré que j’étais en droit de traduire l’amphibraque par l’alexandrin, car Mr Lear s’amusait à faire des vers faux, et que je pouvais même à la rigueur faire alterner l’alexandrin et le décasyllabe, car choisir une forme qui n’existe pas pour un autoportrait fantasque était admissible.

En revanche, il m’a précisé qu’il fallait recommencer, du fait que le premier et le dernier vers devaient se terminer par « Mr Lear ». Le vers concernant les pouces de Mr Lear ne lui a pas plu non plus. La rime ocean /lotïon n’est pas possible en français, a-t-il ajouté. Enfin, l’avant-dernier vers, pourtant fidèle au délicat archaïsme de Mr Lear, lui a semblé par trop obscur. En revanche, à ma grande surprise, il a épargné l’ouaterprouf.

Mon enthousiasme étant totalement retombé, j’ai cherché, le lundi matin, des remèdes au lieu de me livrer aux tâches urgentes qui m’attendaient. Je commence à présent et il est 8 heures 55.

 
Ah ! quel plaisir que de connaître Mr Lear !
  Il a écrit des tomes pleins de mots !  
D’aucuns le trouvent bien curieux et dur à cuire
  Mais quelques-uns aimable ou peu s’en faut. 

 

Il a l’esprit concret, précis, méticuleux,
  Il a le nez remarquablement long,
Son visage est, disons, un tantinet hideux
  Et sa barbe ressemble à un haillon.

 

Il a deux yeux et des oreilles et dix doigts
  (Si toutefois l’on compte ses deux pouces) ;
Lui naguère chanteur à la fort belle voix,
  Est à présent muet sauf quand il tousse.

 

Il siège assis chez lui — quel beau salon c’est là,
  Les murs couverts de livres de bon goût ! — 
Il boit énormément de coups de Marsala
  Et nonobstant il n’est point saoul du tout.

 

Il a beaucoup d’amis, cléricaux ou laïques,
  Son vieux chat Foss de ce nom est nommé ;
Son corps est, sachez-le, parfaitement sphérique ; 
  D’un roncible chapeau il va toujours coiffé.

 

Quand il sort faire un tour dans son ouaterprouf blanc,
  Les enfants après lui courent et crient :
« Il est sorti d’chez lui en ch’mise de nuit qui pend,
  Ce vieux crétin d’Anglais, oh, c’t abruti ! »

 

Il va verser un pleur au bord de l’océan,
  Il pleure aussi là-haut sur la colline,
Puis il se paie des crêpes et de l’os séant,
  Plus un peu de crevette à la praline.

 

Il sait lire, ce Lear, mais non en espagnol
  Et l’idée du soda le fait frémir.
Avant qu’échus ses jours son âme ne s’envole,
Ah ! quel plaisir que de connaître Mr Lear !

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Il est à présent 9 heures 8 et je constate que j’ai passé presque autant de temps à chercher ces maudites rimes qu’à traduire tout le poème.

J’ai été tenté de transposer

         But now he is one of the dumbs
.

par

          Lui, naguère chanteur à la fort belle voix,
           Est à présent muet comme un couscous.
 
*

mais je me suis dit que c’était peut-être pour me venger de ces ennuyeuses corrections, et j’ai quand même voulu épargner Mr Lear, même si personnellement, je trouvais ma traduction plutôt mieux avant.

*

*

Pour finir, les petits dessins d’Edward Lear m’ont rendu ma bonne humeur et je pense malgré tout traduire l’un de ses recueils, voire son œuvre tout entière, si les nationalistes bretons et les pompeurs divers m’en laissent le loisir.

Voici justement qu’André Markowicz s’approche, tenant en main un volume de psaumes traduit par Claudel et je lis :  « Regarde, Seigneur, et dis si c’est dans la mauvaise volonté que j’ai fait ce premier pas et le second ; et si c’est du côté de l’espérance que je pèche… »

9 h 18. Il vient d’approuver mes corrections mais comme il est reparti avec son Claudel, je n’ai pas de psaume à citer pour exprimer ma joie.

                                                                                               16. 2. 2009, 9 h 20

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II.

NOTES EXPLICATIVES

 

Les Trois Ourses sont des bibliothécaires qui font un travail de recherche en vue de rééditer des livres pour enfants du monde entier. J’ai traduit à leur initiative pour les éditions MeMo plusieurs volumes, dont des poèmes de Samuel Marchak.

Odile Belkeddar, l’une des Trois Ourses, m’a proposé de traduire (à partir d’une traduction commentée du yiddish) le conte en vers de Mani Leib Yingl Tsingl Khvat pour les éditions du Sorbier où il est paru sous le titre Filourdi le dégourdi.

Elle m’a ensuite demandé si je voulais bien répondre à ses questions pour un article qu’elle comptait publier (et qu’elle a, de fait, publié) dans la Revue du livre pour enfants d’avril 2009. Je pensais avoir répondu lorsqu’elle m’a demandé d’expliquer ma méthode.

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Edward Lear (1812-1888) est l’auteur de poèmes, de chansons, d’histoires et de dessins absurdiques allant de son premier Book of Nonsense  (1846) à ses Nonsense songs and stories (1895).

 Depuis que j’ai écrit ce texte envoyé à Odile Belkeddar, j’ai presque fini de traduire les œuvres complètes d’Edward Lear. Je cherche un éditeur mais, comme de coutume, sans lever le petit doigt pour le trouver. Personnellement, ce que j’ai préféré traduire, ce sont les chansons d’Edward qui correspondent si merveilleusement à mes chansons que les grandes personnes ont toujours trouvées si stupides. Je les chante avec enthousiasme mais loin de tout public.

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Un limerick est un poème idiot (apparemment idiot mais à double sens) qui compte cinq vers rimant aaabba.

Edward Lear appelait ses limericks « nonsense verses », ce que je propose de traduire par « vers absurdiques ».

Au début, j’avais trouvé astucieux d’écrire limeric comme lombric ou alambic et d’enrichir la langue française du verbe limeriquer, des substantifs limeriqueur et limeriqueuse et des adjectifs limericard et limeriqueux, mais, finalement, il m’a semblé que limerick  pouvait être adopté comme tel, avec son petit côté snob, anglais, offrant un exotisme à bon marché comme brick, carrick et trick, tous placés dans le Dictionnaire de rimes de P. Desfeuilles (autre bienfaiteur de l’humanité) à l’entrée ic  qui admet tout ce qui vient du monde entier en -ic .

 Les limericks d’Edward Lear ont l’intérêt d’être accompagnés de petits dessins à l’encre, tout à fait inséparable du poème qui leur fait suite.  Il est important que je le précise car certains éditeurs français pensent qu’on peut très bien se passer ces dessins.

 Je dois aussi préciser qu’il est impossible à un lecteur français de voir à quoi peut correspondre un limerick d’Edward Lear lorsqu’il se met en quête de l’original en partant de la traduction française.

 Par exemple, voici (pris totalement au hasard) un limerick d’Edward Lear dans la traduction d’Henri Parisot :

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On remarquera que l’éditeur conserve les dessins mais s’en moque complètement puisqu’il imprime le texte sur un papier à moitié transparent.

Pour Henri Parisot, éminent traducteur entre tous (ce n’est pas moi qui irai le blâmer car j’ai découvert Edward Lear grâce à lui),

There was an Old Man of New York
Who murdered himself with a fork
 

 devient

Il était un vieillard, natif de La Chaldette,
Qui s’embrocha lui-même avec une fourchette ;
 

 Version de Patrick Hersant pour les éditions Ombre, qui, elles, n’ont pas cru devoir reproduire le dessin d’Edward :


Il était un vieillard de Gif-sur-Yvette
Qui se perça le cœur d’un grand coup de fourchette ;
Il mourut dans la suite mais nul ne le ne pleura
Ce très sombre vieillard, natif de Gif-sur-Yvette

*

Le traducteur français a donc commencé par traduire fork puis à chercher des rimes correspondant à fourchette — et force m’est de constater que la traduction de Patrick Hersant dérive de celle d’Henri Parisot en ayant, en plus, le défaut de supprimer un élément essentiel qui est la rime centrale,

       But nobody cried
       Though he very soon died… 
.

restituée par Henri Parisot sous la forme :

    Quand, peu après, il expira,
         Nul, à vrai dire, ne pleura… 

.

Voici enfin un authentique point de méthode mis au jour : quand le texte donne « New York », je cherche une rime à « New York ».  La solution ne se présente pas forcément dans l’instant mais mon imagination translatrice galope en sachant que, plus le résultat sera idiot, plus les mânes d’Edward auront des chances de jubiler, ce qui me donne une certaine liberté de mouvement. Et si je ne trouve rien, je ne traduis pas. Mais, jusqu’à présent, je ne me suis pas heurtée au lugubre néant de l’impossible.

 Ma version du poème absurdique d’Edward est la suivante (au jour d’aujourd’hui) :

                      Un sombre Vieil Idiot qui venait de New York
            S’occit à la fourchette (en ces lieux dite « fork »).
                             Troué, il expira
                        Mais nul ne le pleura,
             Ce sombre Vieil Idiot qui venait de New York
 
.

Je ne défends pas ma traduction mais je constate, sur le chapitre de la méthode, qu’elle diffère de la tradition française puisque je ne traduis pas New-York par La Chaldette ou  Gif-sur-Yvette, comme Henri Parisot et Patrick Hersant, ou Leghorn par Pertuis et Dutton par Chaumont, comme le professeur A des éditions Rackham. Je garde aussi les majuscules, que les traducteurs normaux suppriment (j’aime beaucoup leur charme pontifiant) et je m’en tiens au même rythme (sur lequel j’ai déjà donné des explications). Mais, vu que je ne suis pas à cheval sur les principes, s’il me fallait traduire un limerick à rime non transposable, alors je passerais sans doute à la méthode française.

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Aux grandes personnes qui se demanderaient à quoi il peut servir de traduire les poèmes d’Edward Lear, je répondrai qu’un petit limerick est souvent bien utile et permet d’éviter de longs débats.

Plutôt que de blâmer une jeune personne qui pérore, par exemple, il peut être utile de citer un limerick d’Edward.

                        D’une Jeune Lady native de Welling
                Chacun faisait l’éloge : elle savait, bling, bling,
                             En jouant de la harpe
                          Vous attraper des carpes,
                 L’admirable Lady native de Welling.
 
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Ce gracieux limerick permet aussi de se prononcer sans agressivité excessive sur certaines personnalités du monde politique.

Drôle pour qui possède un zeste d’humour anglais et mémorisable sans effort excessif, le limerick offre une solution rapide à bien des embarras auxquels nous expose la vie en société.

Rien n’interdit d’écrire des limericks français. J’en ai moi-même écrit des dizaines, ainsi « La Souris de Montmorency » ou « Le Canard de Ouagadougou », très utiles face à un enfant renâclant à manger sa soupe ou mettre sa serviette.

Edward Lear n’est pas seulement le pionnier mais le maître du genre et je n’aurais pas la hardiesse de mettre mes limericounets sur le même plan que ses immortels chefs d’œuvre ; cependant, l’utilité du limerick, à ce jour si peu reconnue, méritait d’être soulignée.

                                                                                                          12. 12. 2012, 12 h 12

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© Françoise Morvan

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