Traduire « La Cerisaie »

Lors de la préparation des représentations de La Cerisaie à la Comédie Française dans la mise en scène d’Alain Françon, les étudiants de l’École normale supérieure de Lyon qui travaillaient sur cette mise en scène ont organisé une rencontre spécialement consacrée à l’étude de la traduction. Les interventions ont été enregistrées et publiées sur le site de l’ENS.

 

 

Quelles sont les spécificités de votre travail de traduction ? 

Françoise Morvan : Ce que notre travail de traduction a de particulier dans le cas de Tchekhov est, tout d’abord, que nous travaillons à deux. André entend très bien le russe puisque c’est sa langue maternelle, et, plus important, la langue de Tchekhov est la langue de sa grand-mère. Moi, j’ai la connaissance d’une langue française apprise aussi auprès de ma grand-mère, avec ce sens des âges de la langue acquis par la lecture des vieux livres au grenier, et la connaissance de la vie à la campagne. Bref, nous nous complétons. De plus, nous avons mis au point une méthode par échanges rapides, à partir de la perception intuitive, spontanée, du texte russe, avec tous ses sous-entendus, que peut avoir André, pour aboutir à cet écho que je peux lui rendre en français… Nous essayons de restituer l’intonation et la situation d’élocution en respectant la rapidité, la légèreté du texte de Tchekhov C’est d’abord ce qui caractérise notre traduction. Ensuite, deuxième particularité, traduisant Tchekhov, au fil des années, et sans doute grâce à notre méthode qui a le mérite d’introduire de la lenteur dans la rapidité, nous sommes devenus attentifs à ces mots qui passent d’un personnage à un autre et que nous avons appelé les « motifs » — terme de stylistique que j’ai proposé, faute de mieux. D’une part, chaque personnage a un style, une voix particulière, que nous nous efforçons de rendre (par exemple, Epikhodov essaie de bien parler mais s’embrouille dans ses phrases amphigouriques) mais, d’autre part, tous se repassent certains mots comme s’ils n’étaient pas des personnages singuliers mais des « voix dans un chœur » (c’est une expression d’Andréï Siniavski). Au contraire des autres traducteurs, nous avons pris soin, quand un mot apparaissait à un endroit, de le garder toujours au même endroit et de respecter le système des récurrences. Enfin, autre grande différence avec le travail des autres traducteurs, nous sommes revenus aux versions originales des pièces […]

La suite de l’article peut être lue sur le site de l’École normale supérieure de Lyon : Rencontre avec André Markowicz et Françoise Morvan (ENS-lsh, 15/12/2008) par Marion Boudier.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *