Le crime contre le drapeau

 

 

Hopala !

 

L’article « Blanche hermine, noir drapeau », qui devait provoquer la fureur unanime des militants bretons, et principalement des militants de l’UDB, qui se disent de gauche, m’a été demandé en 1999 par l’un des responsables d’une revue qui devait s’appeler Noir et blanc. C’est en raison de ce titre que j’ai proposé un article sur le drapeau breton car cette revue, qui entendait se créer sur le modèle d’une revue galloise, se voulait ouverte au débat. En ce temps-là toutes les illusions étaient encore permises et, même si le rédacteur en chef était le président de Diwan, et si la revue galloise qui servait de modèle à ce projet me paraissait plutôt nationaliste, il me semblait utile d’attirer l’attention sur le culte du drapeau en Bretagne, culte d’autant plus douteux que voué à un drapeau inventé dans les officines racistes de Breiz Atao. 

Osant me demander une contribution, le rédacteur en chef faisait preuve d’une étonnante audace, il faut le reconnaître (la chose ne s’est d’ailleurs plus jamais reproduite sur le sol breton). J’ai alors découvert ce qu’on appelle un « débat breton » : mon article se trouvait inséré non pas comme une gousse d’ail dans le gigot face à une autre gousse d’ail diffusant avec équité son parfum rival quoique semblable… non, non… Il y avait d’abord une demi-douzaine d’articles légitimant, exaltant, chantant sur tous les tons le drapeau breton et, tout à la fin, mon article, séparé des autres par une ligne noire, comme une ligne prophylactique, destinée à isoler LA contribution diabolique des pieuses contributions masculines authentiquement bretonnes. 

Il s’agissait là d’un débat breton hyperdémocratique et donc déjà suspect de jacobinisme car le débat breton normal consiste généralement à placer un membre de l’UDB  face à un membre de l’UDB avec pour médiateur un membre de l’UDB. Par exemple, lorsque la mairie de Plescop a voulu donner au collège public le nom de Monjarret et que douze associations se sont mobilisées pour dénoncer ce scandale, la municipalité de Plescop a organisé un grand débat public ouvert à tous. C’était un vrai débat breton, avec, à la tribune, l’historien autonomiste Kristian Hamon, le géographe autonomiste Jean-Jacques Monnier et l’historien autonomiste Erwan Chartier. Il en est résulté une conclusion bretonne normale, à savoir que Monjarret n’était pas un collaborateur des nazis, alors même qu’il avait dirigé les Bagadou Stourm (Brigades de combat) du PNB nazi, écrit dans L’Heure bretonne, organe de ce parti, et ainsi de suite : nous avons là un  cas typique de débat breton normal, chargé de résoudre un problème breton normal d’une manière authentiquement bretonne, à savoir en présence d’un problème breton non-normal le changer en non-problème breton normal. 

Dans une revue bretonne normale — je veux dire une « revue de débat breton normale »  mais allons donc, quelle erreur : une revue bretonne n’a pas besoin de débats, une revue de débat breton est déjà en soi totalement anormale — les courriers des lecteurs auraient eu pour fonction de poursuivre agréablement le débat en amenant de l’eau au moulin des débatteurs. 

En l’occurrence, le courrier des lecteurs de la revue s’est empli de protestations fulminantes.  Il y avait vraiment quelque chose de pas normal dans cette affaire : on avait donné la parole à l’Adversaire, l’Ennemi, le Grand Satan qui n’aurait jamais dû s’exprimer. 

C’est à cette occasion que  j’ai découvert une autre caractéristique étrange du « débat breton » : des militants de gauche se mobilisaient pour assurer la défense des vieux militants ralliés au nazisme et, comme dans le cas de Morvan Marchal, l’inventeur du drapeau national-breton, à l’antisémitisme pandruidique. 

Enfin, les invectives et les contrevérités commençant à peser lourd et le droit de réponse étant malgré tout encore garanti par la loi, j’ai décidé de l’exercer. Or, il a fallu l’intervention d’un des membres de la rédaction, qui, d’ailleurs, a fini par démissionner, pour que ce droit puisse s’exercer. 

Dans ma naïveté, je pensais alors que ce refus était anormal de la part d’une revue qui se proclamait « revue de débats » — mais  il s’agissait d’une revue de « débat breton » et, en regard de la spécificité du « débat breton », ce qui est, de fait, anormal est que mon droit de réponse ait été publié : il y avait là, crime impie, quelque chose comme l’amorce d’un vrai débat. C’était bien la preuve que cette revue n’était pas normale telle qu’elle était alors voulue par ses rédacteurs. 

Ces derniers se sont retirés pour la plupart et la revue Noir et Blanc désormais devenue Hopala !  est une revue nationaliste de style provincial, bénéficiant d’abondantes subventions en vue de diffuser l’idéologie utile pour faire progresser l’idée d’autonomie régionale. Il est d’ailleurs assez révélateur que le titre initial, impliquant par l’opposition du noir et du blanc une volonté de débats tranchés, soit devenue un cri de surprise et de désarroi, sans même parler d’effroi. Je me demande comment il  faudrait traduire Hopala !  Par Oh la la ! ou plutôt par Houla !… Ce qui importe est moins le mot, guère compris en Bretagne ou ailleurs, que le point d’exclamation. 

Voici donc les courriers des lecteurs. 

La rubrique est illustrée de drapeaux bretons sur T-shirts et pare-brise. 

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À propos de l’article de Françoise Morvan 

Il est peu de dire (sic) que le texte d’« humeur » commis par Françoise Morvan m’a profondément indisposé. Indisposé est en l’occurrence un euphémisme. Cet article m’a carrément affligé, choqué, révulsé ! Lorsque l’on extrait de sa gangue à prétention littéraire la pensée de Madame Morvan, que trouve-t-on ?

Tout d’abord, un profond mépris pour le peuple. Madame Morvan symbolise jusqu’à la caricature une certaine intelligentsia, une certaine noblesse d’amphithéâtre qui distinguent les bonnes classes populaires — les paysans et les pêcheurs —, pour lesquelles il est de bon ton de dissimuler son mépris sous le fard de la nostalgie et du paternalisme, et les mauvaises classes populaires au premier rang desquelles se situent invariablement les commerçants, que l’on a le droit et le devoir de mépriser ouvertement. Dans la taxinomie sociale de nos piliers de salons, le commerçant, par définition cupide, stupide et sans scrupule, se trouve toujours au bas de l’échelle morale et incarne inévitablement le « petit-bourgeois ». Madame Morvan nous offre à cet égard un tableau d’un commerce rennais auprès duquel l’épicerie « Au Bon Beurre » décrite par Jean Dutourd paraît presque avenante. Quel crime a donc commis ce commerçant pour lui valoir les sarcasmes tout en nuances de l’auteur ? Tout d’abord, il prononce mal le breton. Pensez donc ! Il écorche les mots kouign amann ! Peut-on concevoir autant d’ignorance chez un commerçant rennais ? D’ailleurs, avait-il même le droit de vendre des gâteaux bretons ? Et en plus cet ignare, ce sous-homme « aux yeux mi-clos, aux menton rentré dans ses fanons », a eu l’idée grotesque de piquer des petits gwenn-ha-du dans ses pâtisseries ! La médiocrité des produits, la médiocrité suggérée de celui qui les vend et la médiocrité du drapeau (au sommet d’un « pique-saucisse», vous imaginez ?) sont supposées se renforcer l’une l’autre jusqu’à en devenir con-substantielles. Les motivations de cet homme (veut-il exprimer son attachement à la Bretagne ? veut-il tout simplement rendre plus séduisantes ses pâtisseries ?) n’intéressent en aucune manière Madame Morvan. Ce qui la préoccupe, c’est de bâtir un portrait pitoyable et édifiant afin, d’entrée de jeu, de déprécier le drapeau, de le réduire à un minable gadget commercial d’un mauvais goût consommé.

La dépréciation avant la diabolisation. Madame Morvan se livre à une attaque en règles (sic), sans la moindre nuance et sans la moindre once d’esprit critique, du véritable objet de sa détestation : l’Emsav. On a beau peser et soupeser, calibrer et mesurer : difficile de savoir ce qui l’emporte en définitive, de la mauvaise foi, de la vilenie ou de la bêtise. En gros et pour résumer, l’Emsav est un mouvement intrinsèquement nazi, fasciste et antisémite. Madame Morvan ne fait pas dans la dentelle et n’hésite pas à projeter sans vergogne et de manière systématique sur l’Emsav d’aujourd’hui les errances d’une partie de l’Emsav d’autrefois ! Lorsqu’elle affirme que Skol Vreizh est la face démocratique de l’Emsav et que l’on est soi-même membre de l’Union démocratique bretonne, il y a de quoi être franchement révolté ! Et si Skol Vreizh semble bénéficier d’un statut privilégié dans l’esprit de Madame Morvan, on est rapidement détrompé : un membre de cette association ayant rédigé une préface qui n ‘a pas eu l’heur de lui plaire, voilà les seuls démocrates de l’Emsav suspectés à leur tour d’être des crypto-fascistes ! La relation  des  obsèques  de  Glenmor,   dont Madame Morvan laisse entendre assez mesquinement qu’il était cousu d’or (« il était le seul d’entre nous [sic] à vivre dans un manoir »), est un véritable moment de bravoure : ma parole, on croirait presque la narration de l’enterrement d’Heydrich ! Même les défilés du Front National passeraient à côté pour d’aimables rassemblements de vieux scouts un peu flapis !

En gros, les Emsaverien sont représentés sous les traits d’une masse de crétins lobotomisés, auprès desquels les chiens de Pavlov sont des monstres d’indiscipline et d’esprit critique. Toujours prêts à entonner la Blanche Hermine dès qu’apparaissent les drapeaux bretons, nos abrutis congénitaux, adeptes forcenés de la pureté de la race, sont les avatars des hominiens des temps obscurs, ceux qui ont dû céder la place à l’homme de Cro-Magnon. Quel contraste avec une Françoise Morvan étourdissante de modernité, qui — vous rendez-vous compte du degré de civilisation qu ‘elle a atteint ? — va acheter des disquettes à la Fnac !

Madame Morvan qui a réalisé fort tardivement — semble-t-il — que la culture était un enjeu politique, poursuit impitoyablement son œuvre de dénigrement : rien n’y échappe : l’enseignement en breton ne trouve pas grâce à ses yeux puisque le « néo-breton » n’est qu’un « calque parfait du français des écoles » ! Le vrai breton disparaît. À qui la faute ? Mais à l’Emsav, naturellement, puisque nous laissons sans sourciller disparaître les paysans et expédier les pêcheurs vers les banlieues ! Car il est bien connu que jamais l’Emsav ne s’est soucié du sort de ces catégories sociales (qui arborent, n’en déplaise à Madame Morvan, le gwenn-ha-du lors de leurs manifestations). Et tout le monde sait que les paysans et les pêcheurs n ‘ont eu de cesse de se battre pour transmettre à leurs enfants une langue que leurs bons maîtres d’école avaient constamment valorisée à leurs yeux ! Le paroxysme de l’insupportable est atteint lorsque Madame Morvan a l’outrecuidance d’affirmer que « l’opposition Bretagne-France comme celle des cultures nordique et latine [a été] inlassablement reprise par la suite dans toute la presse militante bretonne ». On reste confondu devant pareille affirmation ! Mais on n’en finirait pas de disséquer les feuillets de Madame Morvan, véritable monument d’absurdité, qui, à mon humble avis, devrait être placé sous le patronage de Madame de Sévigné plutôt que sous celui de Flaubert.

 Ronan Divard (universitaire, Brest)

 

 

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Tout d’abord dans Hopala ! un bel échange de balles entre Jean-Yves LE DISEZ et Erwan VALLERIE et beaucoup d’autres choses de qualité, gâchées malheureusement par la logorrhée de Madame Françoise MORVAN. Plusieurs amis m’ayant demandé de répondre, en tant que président de An Distro, simplement ceci : Morvan MARCHAL était un homme de conviction plus que de connaissances héraldiques ; sinon, plutôt que de créer le Gwenn-ha-du — aujourd’hui adopté par tous et c’est très bien ainsi — il aurait sans doute opté pour la « croix noire plein centre » ou peut-être pour le « damier or et azur » ; ce dernier choix était celui de GLENMOR (« où tout l’or et le bleu sont de sable et d’argent » i.e. noir et blanc) qui y voyait un lien heureux avec les couleurs européennes (il fut au mitan des années quatre-vingt des plus assidus aux réunions du club Bretagne-Europe). Pour revenir à la croix noire — bien évidemment « drapeau de la milice bretonne sous uniforme SS », c’est tellement facile — elle est revenue flotter à Rennes il y a un an lors de la mise en place de la statue de Milig, en version « même pavillon dans le premier quartier (qui représente la marine) » ; il s’agit donc du drapeau « terre-mer » ou « glenmor ». Capiat qui potest. 

Pour qui n’aime ni les drapeaux, ni le far, ni le militantisme breton, ni le flan, ni…, ni le Kan Bale, diffusé pour la première fois en 1975, il était possible de le faire savoir à son auteur. Mais il est certainement plus facile de cracher sur un mort et sur les milliers de femmes et d’hommes qui ont simplement pleuré en ce jour de juin quatre-vingt-seize. Je souhaite à Madame Françoise MORVAN de susciter le même élan et la même affection. Mais j’en doute profondément.

Hervé Le Borgne (Landerne)

 

 

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Je n’accepte pas la façon dont Françoise Morvan évoque dans son article « Blanche hermine, noir drapeau », la personne de Morvan Marchal.

Tout d’abord le passage où elle parle de Morvan Marchal se situe entre des rappels d’éléments postérieurs à la scission du Parti Autonomiste Breton en 1931, entre le rappel de la rencontre Doriot-Mordrel en février 1945 et celui d’articles de Breiz Atao de 1932 qui lui sont étrangers (encouragements de Breiz Atao à Hitler, déclaration antisémite de Mordrel en décembre 1932).

La phrase de Françoise Morvan, où elle écrit à propos de la création du « gwenn-ha-du » : « Il (le gwenn-ha-du) avait été dessiné par un nommé Morvan Marchal, en ces années où le Parti national breton se lançait sous leur direction conjointe (de Marchal et Mordrel) », m’apparaît comme un raccourci saisissant, inexact et mensonger. Morvan Marchal n’a jamais fait partie du Parti national breton. Il a été membre, comme Mordrel d’ailleurs, du Parti Autonomiste Breton, créé en septembre 1927 à Rosporden et qui a adopté comme emblème de la Bretagne le « gwenn-ha-du ». Lors de la scission du P.A.B. en 1931, Morvan Marchal sera un des créateurs de la Ligue Fédéraliste de Bretagne, mouvement fédéraliste de gauche dont les créateurs et dirigeants n’ont pas pendant la guerre pris part à la collaboration avec l’occupant nazi.

Françoise Morvan se garde aussi de rappeler que Morvan Marchal a été franc-maçon, fédéraliste, anticolonialiste et membre du Parti radical, parti se situant indubitablement à gauche.

Il y a là dans cette évocation de Morvan Marchal des omissions, volontaires ou non, des raccourcis rapides qui tendent à faire croire que Marchal et Mordrel, c’était la même chose, les mêmes idées, les mêmes errements, le même racisme, le même antisémitisme, la même inclination et adhésion au nazisme. Je trouve cela particulièrement choquant et cela m’apparaît comme une falsification de l’histoire.

Françoise Morvan écrit également dans son article : « ce néo-druidisme raciste, était-il possible qu’il ait inspiré la création de ce drapeau blanc et noir sans qu ‘il y ait eu là autre chose que le souhait de doter une région d’une bannière agréable aux yeux ? Etait-ce en raison des opinions nazies exhibées en toute occasion par sa revue Nemeton qu’on a fait passer à la trappe ce Marchal acharné à se parer du noble prénom de Morvan ? » Et elle s’empresse ensuite de faire un rapprochement, sinon un amalgame, entre Marchal et Debauvais, qui ont choisi à partir de 1931 des voies différentes, entre Nemeton et Breiz Atao de 1932 ou d’après.

Personnellement, je n’ai pas eu l’occasion de lire les articles de Nemeton. Si l’accusation de « néo-druidisme raciste » s’applique à Morvan Marchal, je ne doute pas que Françoise Morvan en apportera des exemples précis. Je remarque simplement que dans le Mouvement breton d’Alain Daniel (Maspero/Textes à l’appui, 1976), il est précisé, dans la biographie de Marchal (p. 430) : « En 1936 la Ligue sombre et Marchal rentre au Parti radical. Il abandonne toute activité bretonne. Se consacre seulement à la revue Kad qui met en question le christianisme et prône un retour à la foi des anciens Celtes. Durant le second conflit mondial se contente de publier un fascicule néodruidique, Nemeton, fortement antichrétien. Est néanmoins interné à la Libération. » À  aucun  moment Alain Daniel ne parle à propos de Kad ou Nemeton de publication raciste ou pronazie, mais je concède qu’il s’agit là d’une biographie succincte ; en outre le fait d’être anti-chrétien et néo-druidique n’implique pas forcément d’être raciste ou pro-nazi. Je ne doute pas cependant que Françoise Morvan apportera des exemples précis et datés de ce qu’elle avance.

Mais il y a là aussi un autre risque de confusion falsificatrice en condamnant la création du drapeau breton de Morvan Marchal et son attitude à la fin des années 20 et au début des années 30 en fonction de prises de position ou d’écrits postérieurs de sa part (ou de la part de militants pro-nazis ayant eu un parcours différent de Morvan Marchal à partir de 1931).

Yves Jardin (Douarnenez)

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DROIT DE RÉPONSE

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J’étais loin de me douter de ce qui m’attendait le jour où, dégageant un gwenn-ha-du monté sur pique-saucisse du pruneau où il était fiché, j’allais soudain considérer avec perplexité les relations du flan et du patriotisme sous l’angle breton. Le destin vous attend parfois au détour d’un pruneau — en l’occurrence, c’était un pruneau coriace mais je n’aurais tout de même jamais cru qu’il m’amènerait à lire des courriers comme ceux que j’ai découverts dans le dernier numéro de Hopala !

Ayant appris la publication de ce numéro par des lettres d’écrivains qui m’apportaient leur soutien, ce qui n’est pas courant, j’affrontais pourtant cette lecture d’un cœur serein puisque, chance incroyable, les écrivains qui me soutenaient étaient justement ceux que, sans les connaître, j’appréciais le plus. Émue de reconnaissance, j’étais prête à pardonner tous les excès, voire à en remercier la revue, qui m’avait déjà, en assortissant mes quelques pages sur le drapeau breton de contributions hilarantes, réservé une heureuse surprise. Mais il était dit que le mouvement breton aurait la vertu de m’étonner jusqu’au bout.

À dire vrai, ce qu’il y avait de plus sidérant, c’est que la revue publiait ces courriers au titre du « droit de réponse ». Quel « droit de réponse » pour des personnes que j’aurais été bien en peine de mentionner puisque je ne savais pas qui elles étaient ? Qu’une revue publie des lettres injurieuses, comme même les pires folliculaires de l’extrême-droite n’en produisent plus, sachant qu’elles tombent sous le coup de la loi, et sans en informer l’auteur de l’article si violemment incriminé, c’est un cas unique, à ma connaissance.

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RONAN DIVARD, LE PORTE-PAROLE DE L’UDB

 Feuilletant le journal Breizh info, qui allait, juste au même moment, consacrer un plein numéro à une défense simultanée de Morvan Marchal, de notre bannière nationale et de l’orthographe unifiée par moi collectivement bafoués, je devais découvrir que Ronan Divard, « universitaire de Brest », auteur du premier courrier, était le porte-parole de l’UDB : il apportait son soutien aux militants nationalistes d’Emgann, et rédacteurs de Breizh info, inculpés dans le cadre du vol de neuf tonnes d’explosifs par un commando de l’ETA, comme il montait pour eux à l’assaut contre le crime de lèse-nation dont je m’étais rendue coupable dans Hopala ! Le ton invraisemblablement haineux de ce porte-parole de l’UDB prenait, dans ce contexte, valeur de symptôme : qu’il ait pu se sentir investi de la mission de venir mouliner contre quelques anodines plaisanteries touchant à un drapeau né d’une idéologie que l’UDB, se voulant de gauche, n’avait eu, à l’origine, de cesse que de dénoncer, c’était le signe d’une dérive prévisible et qui menait du POBL à Emgann par la voie de l’idéologie nationaliste.

Le ton seul de ce courrier discrédite qui l’emploie, et suffit d’ailleurs à discréditer la rédaction d’une revue qui le publie — et ce d’autant que la raison d’être de ce « droit de réponse » apparaît mal, sauf à vouloir défendre le commerce du flan et du drapeau breton. Mais, même en plaçant sur un tel terrain ce qui devait être un débat d’idées, je tiens à signaler, à titre de symptôme, cette fois encore, que le terrain se dérobe : peut-être est-il révélateur que le porte-bannière de l’UDB se soit reconnu dans un vendeur de flan qui n’a existé que dans son imagination ; en tous cas, s’il relit mon texte, il pourra constater que le flan était fourni par une serveuse charmante, avec gwenn-ha-du, ce n’était pas sa faute, et ce n’était pas ma faute non plus si mon far était du flan et si la couine de mon voisin était à manne et à drapeau. Il vaut toujours mieux lire un texte avant de le critiquer, même quand on est universitaire. En d’autres lieux ce poujadisme exacerbé serait l’apanage de l’extrême-droite, ici, il surgit de la gauche, et comme un cri du cœur à la W. C. Fields : un homme qui pique un gwenn-ha-du sur un gâteau ne peut être foncièrement mauvais. « Ce qui préoccupe Madame Morvan, c’est de bâtir un portrait pitoyable et édifiant afin, d’entrée de jeu, de déprécier le drapeau, de le réduire à un minable “gadget commercial” d’un mauvais goût consommé ». Consommé ? Oh, non !

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HERVÉ LE BORGNE, GLENMOR ET LES ÉCONOMIES DE GAZ

Cela me permet de répondre tout de suite à Hervé Le Borgne qui a, lui, été missionné par l’association An distro pour exercer un droit de réponse au nom de Glenmor et me reproche, en bref, de n’avoir pas tenu Glenmor informé de son vivant que je n’aimais ni le far, ni le flan, ni les paroles du « Kan bale an ARB ». Mais, là, je le rassure tout de suite : j’aime le far, j’aime le flan, je trouve les paroles du « Kan bale an ARB » indigentes, mais pas plus que celles de chants guerriers comme on a pu en ressasser sous la Troisième République. La seule différence est que personne à présent, à part, peut-être, ici encore, dans les rangs de l’extrême-droite la plus obtuse, n’irait vous faire prendre au sérieux cette poésie à la Déroulède.

Et le problème est que nous sommes ramenés peu à peu, par des gens qui se prétendent de gauche, au culte maurassien de l’hymne, du drapeau et de la terre natale, avec statues à l’appui et symboles martiaux proliférant. Le Président de An Distro me rappelle que la Croix noire a flotté lors de l’érection de la statue de Glenmor au jardin public de Rennes : la Croix noire était le drapeau du bezen Perrot, la milice bretonne sous uniforme de la waffen SS, libre à lui de s’en vanter. Le socialisme en Bretagne a des vertus très élastiques, j’ai peine à ne pas m’en souvenir quand je passe devant la statue du barde en pyjama fendant les bégonias du Thabor sur une plaque demandant

         Piv a nac’ho, piv a stourmo

         Evit Breizh-Izel

         Piv a stourmo, piv a nac’ho

         Chadenn Breizh-Izel ?

ce qui laisse perplexe les vieilles dames qui promènent leurs chiens, surtout si d’aventure elles connaissent le breton, car ces vers signifient, sauf erreur :

         Qui niera, qui combattra

         Pour la Basse-Bretagne, 

         Qui combattra, qui niera 

         La chaîne de la Basse-Bretagne.

La chaîne ? Quelle chaîne ? FR3 ? Mais pourquoi vouloir supprimer la seule chaîne qui passe du breton ? Et pourquoi, au Thabor, libérer la Basse-Bretagne sans la Haute ? J’ai beau chercher à défendre Glenmor par tous les moyens possibles, là, je capitule. Et j’ai tout de même peine à oublier que c’est Glenmor, dans la revue Ar Vro qu’il dirigeait, après Per Denez, qui a, le premier, offert une tribune aux anciens du Bezen Perrot. Et que c’est lui qui a republié, aux éditions Kelenn, qu’il dirigeait avec Morvan Lebesque et Alain Guel, tous deux issus du national-socialisme breton le plus résolu, l’essai de Mordrelle L’Essence de la Bretagne, extrait de la revue nazie Stur, avec postface de l’auteur datée de 1977. C’est un socialisme d’une élasticité qui mène tout de même très, très loin sur la droite, je ne mentionne ce texte qu’à titre d’exemple et je ne rappellerai que pour mémoire un éditorial d’Hervé Le Borgne au sujet de la Charte des langues minoritaires qui se terminait par un trait d’humour glaçant :  « La survie de la langue bretonne cahote de rapport en discours électoral racoleur. Maintenant que la fin est proche, quelques signatures, quelques concessions, pourraient entériner un enterrement de première classe. À condition que l’on ne parle toujours pas de Minorité ! La Révolution a aboli tous ces “privilèges”. “C’est donc un privilège d’être Breton ?” “Non, mais ça l’était”. Pour supprimer une Minorité, il suffit donc de la décision d’une Assemblée. Il aurait fallu donner la recette à Hitler : il aurait économisé du gaz. »

Ce texte se trouve dans Armor magazine, novembre 1998, p. 10. Il n’a suscité aucune protestation, que je sache, bien qu’après le « Durafour crématoire » et le « manque à gazer » de Gilles Perrault et autres, il s’inscrive dans une tradition stigmatisée par Didier Daeninckx (Le goût de la vérité, Verdier, p. 146), ce qui me dispense de reprendre son analyse de la liste « Régions et peuples solidaires » et de ses relations avec les négationnistes alsaciens de Rott-un-Wiss.

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YVES JARDIN ET L’APOLOGIE DE MORVAN MARCHAL

 Le seul courrier dont le ton soit celui du débat intellectuel et non du déchaînement haineux, encore que son auteur, tout en se présentant sous les dehors d’un d’historien soucieux d’apporter des faits objectifs, n’hésite pas à parler, entre autres aménités, d’amalgame, de falsification de l’histoire et de confusion falsificatrice, est celui d’Yves Jardin. Or, ce militant de l’UDB, qui se garde d’ailleurs ici de préciser son appartenance à ce parti, mais l’a mentionné dans un récent courrier à Télérama où il courait au secours de Roparz Hemon, au motif (je cite, car j’ai encore peine à y croire) qu’« il y a des degrés dans la collaboration », exerce ici un « droit de réponse » au nom de Morvan Marchal…

La phrase « était-ce en raison des opinions nazies exhibées en toute occasion par sa revue Nemeton qu’on a fait passer à la trappe ce Marchal acharné à se parer du noble prénom de Morvan ? » ne lui a pas plu. Selon lui, il n’y a pas lieu de confondre d’authentiques nazis (Mordrelle et Debauvais) avec Marchal, authentique homme de gauche, « rad-soc et franc-maçon », comme titre Breizh-info. La revue Nemeton était pourtant bien une revue druidique pro-nazie, je ne vois pas comment la qualifier autrement. Avant de porter l’attaque avec tant de virulence, en me sommant d’apporter des exemples précis à l’appui de mes dires, cet historien qu’est Yves Jardin aurait mieux fait de lire Nemeton. Mais il avoue tranquillement qu’il ne l’a pas fait : Morvan Marchal étant un homme de gauche, rad-soc et franc-maçon, sa revue était peut-être druidique mais certainement pas nazie…

Entre Divi Kervella qui, lui, mène l’attaque dans Breizh info en ayant lu la prose de Nemeton et sait parfaitement de quoi il parle lorsqu’il allègue que Morvan Marchal était de gauche puisqu’il a pris la défense de la franc-maçonnerie dans sa revue, et l’historien de l’UDB qui monte au créneau, en apportant sa caution de gauche, sans avoir lu les textes, je me demande lequel est le pire.

Franc-maçon ? Sans doute Morvan Marchal l’a-t-il été avant d’être rayé, non sans raisons, de la confrérie, mais, peut-on comprendre qu’il l’était parce qu’antisémite, et antisémite parce qu’anticatholique, car, n’oublions pas, le Christ était juif, et pour un druide, l’ennemi, c’est le catholique romain. Sous le nom d’ARTONOVIOS, Marchal répond à KORNOVIOS, PENNO-VINDOS et TRALIMAGEROS, ses collaborateurs qu’on imagine assez bien avec leurs mollets velus sous la toge, mais qui ne font pas vraiment rire. Par exemple, à l’automne 1943, voilà ce qu’il écrit, ce druide de gauche, dans l’article que Divi Kervella ose citer comme preuve qu’il eut « le mérite de défendre la franc-maçonnerie à une époque où celle-ci était interdite par Vichy »:

« Une chose est certaine : tous les États autoritaires d’Europe ont dû adopter une législation d’exception concernant les Juifs. En Allemagne, cette législation est fondée, d’une part, sur les principes ethno-eugéniques formant la base de la communauté germanique ; d’autre part, sur le rôle économique purement parasitaire que joue l’Israélite au sein de la société. (Quels que soient les faits antérieurs qui ont déterminé cet état de choses, il est exact qu’il n’y a pas de Juifs au labour, pour beaucoup dans la Bourse.)

Vis-à-vis de ce problème, convenablement posé, comment va agir Vichy ? M. Xavier Vallat, commissaire général aux questions juives, l’examinera d’un pur point de vue confessionnel chrétien : … Le peuple juif est aussi la race maudite que le DEICIDE, collectivement consenti, a condamné à ne plus avoir de patrie et à errer de par le monde. Argument pitoyable… Nous attendons de Vichy une loi complémentaire précisant que, parmi les nombreux agitateurs juifs qui furent crucifiés voilà vingt siècles, Jésus fils de Marie était également fils du Maître de l’Univers, et que les Israélites sont punis pour cela et rien que pour cela. »

Douterions-nous de la leçon qui nous est donnée que la conclusion, citant le pamphlet antisémite de Céline, L’École des cadavres, achèverait de nous instruire.

Du début à la fin, la revue loue les mérites de l’Europe nouvelle tant célébrée aussi par Paul Gaignet et Yann Goulet auxquels Armor magazine et Breizh info viennent de rendre un vibrant hommage. Voilà, par exemple, un article du numéro 2 de Nemeton :

« Or, maintenant que, sous les coups de la Force nordique, s’écroule le temple du dernier dieu juif, de l’or, avec tout ce qu’il contenait de cosmopolitisme grégaire pour ses esclaves aryens, il nous apparaît, plus qu’à tout autre moment de l’histoire, que nous, Celtes de l’Occident européen, avons été frustrés, au cours des âges, d’un héritage magnifique. »

Je n’ai jamais lu sous la plume de ce Marchal la moindre ligne critique sur ce passé nazi. En revanche, je le retrouve, avec Yann Goulet, dans l’essai de Jean-Yves Camus sur Les droites nationales et radicales qui fait autorité sur le sujet, à propos de la revue La Bretagne réelle :

« Dès 1954, les leaders du PNB exilés ou épurés, comme Yann Goulet et Célestin Lainé (résidant en Eire) ou le linguiste Roparz Hemon, trouvent dans cette publication [La Bretagne réelle] un lieu où régler les comptes de la défaite… En donnant la parole aux vétérans du PNB comme Alain Guel et Morvan Marchal, elle a contribué à politiser nombre de jeunes militants passés dans les années 70 au Front de Libération de la Bretagne (FLB). Cependant, le fondement de son idéologie est un celtisme assez teinté de racialisme nordique, néo-paganiste et proche de certains groupes de druides ; ainsi un membre du collège des druides et ovates, écrivant dans Keltia, a commis un texte sur Israël digne d’un numéro du Stürmer nazi et Goulven Pennaod, alias Georges Pinault, y a donné un certain nombre de textes théoriques imprégnés d’un national-socialisme qu’il assume d’ailleurs pleinement. L’antisémitisme de nombre de collaborateurs du magazine est avéré, comme l’était celui de Breiz atao, et ne cesse d’étonner dans une région dépourvue de communauté juive, tant autochtone qu’immigrée. »

On voudrait séparer ce Marchal de Mordrelle, décidément reconnu comme le nazi de service du mouvement breton, de concert avec la poignée de patriotes égarés du bezenn Perrot, mais Stur est constamment recommandé par Nemeton, ainsi que L’Ethnie française, revue de doctrine ethno-raciale, et Revivre, le grand magazine illustré de la race, qui sont en relation d’échange constant avec Nemeton, la rédaction ne manque jamais de le rappeler.

Marchal, Mordrelle, Debauvais et Delaporte lui-même, qu’on voudrait faire passer pour un modéré, ont été animés par la même idéologie raciste qui les portait naturellement à se reconnaître dans le nazisme. L’Heure bretonne qui était l’organe du Parti national breton, était un journal essentiellement raciste, dans la droite lignée de Breiz atao. Ne pas le reconnaître, c’est se vouer à faire le jeu des héritiers de la collaboration qui, eux, connaissent parfaitement l’histoire et la dissimulent sciemment. Comment auraient-ils pu se mettre en place dans les institutions culturelles bretonnes et les contrôler avec telle efficacité s’ils n’avaient eu l’appui de militants de gauche jouant le rôle de chiens de garde ? Qui oblige l’UDB à défendre d’anciens nazis ? Qui oblige Yves Jardin et Ronan Divard (sans parler de l’anonyme assaillant de Breizh infos) à manier l’invective en lieu et place des intégristes grassement subventionnés qui n’auront, une fois de plus, qu’à tirer les marrons du feu — quitte à leur expédier une petite châtaigne au passage ?

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PETITE NOTE SUR LE « DÉBAT BRETON »

 Je ne voudrais pas terminer sans constater que la bassesse de ce « débat » réduit à l’insulte n’est pas seulement révélatrice de la volonté d’occulter l’histoire pour bloquer toute réflexion sur des sujets trop actuels. Le fait qu’une revue qui se voulait précisément ouverte au débat ait trouvé légitime de publier de tels courriers sans estimer avoir à me mettre en mesure de justifier mes opinions montre assez que nous ne sommes pas dans le cadre normal d’un débat d’idées : publier un texte ironique sur le drapeau était tout simplement héroïque de la part d’une revue qui, depuis le début, semble vouée à n’exprimer que les mêmes certitudes ; il allait de soi que tous les correspondants bénéficiaient automatiquement d’un « droit de réponse » au nom de la bannière bafouée.

Or, il me semble important de le rappeler, cet article sur le drapeau breton était un texte de commande. Je n’ai pas adressé un « article provocant sur le sujet en lançant un défi quant au degré d’ouverture de la revue Noir sur blanc », comme j’ai pu le lire dans le second numéro de la revue, bien inopportunément devenue entre temps Hopala ! Si nous avions été sollicités pour écrire ce texte, André Markowicz et moi, c’est que, nous rendant à Brest à la demande de Jean-Yves Le Disez, nous nous étions arrêtés sur une aire de repos du Trégor et nous étions trouvés, comme à Lisieux au milieu du kitch pieux, soudain environnés du bataclan nationaliste dans ses états les plus divers, depuis le gwenn-ha-du en toutes tailles disponibles couvrant un mur entier jusqu’à la galette pur beurre sous hermines ou cœur vendéen, surmontée de la bande dessinée de Seycher-Le Honzec, dominant des piles de littérature propagandistique du même acabit, pour finir par le passeport breton qui vous attendait, au moment de régler, à droite de la caisse. Ce qu’il y avait d’effrayant dans ce commerce autoroutier, c’était la banalisation du culte de la bannière, de l’hymne, de l’histoire revue et corrigée en fonction de la grandeur de la nation à venir. La commande de ce texte sur le drapeau est venue ainsi, à l’improviste, de plaisanteries sur la prolifération du noir et du blanc qui en venait même à donner son titre à la revue.

Il était déjà bien surprenant de découvrir que ce texte, que j’avais fini par rédiger seule à la hâte, était paru dans une rubrique « Humeur », précédé de sept contributions nanties en marge de drapeaux bretons, et après une note de la rédaction excusant ce billet « provocant » par les contributions de personnalités « flatteuses ». Un texte écrit par un homme serait « provocateur », écrit par une femme, il est « provocant » : le machisme du mouvement breton serait un sujet intéressant mais je ne pense pas qu’il ait beaucoup de chance d’être traité, même sous forme de débat très inégal.

Quoi qu’il en soit, je n’irai pas me plaindre des contributions placées avant cet article « provocant » : je n’aurais pas pu rêver mieux pour l’illustrer, et l’hymne du fondateur de l’UDB, Ronan Leprohon, remerciant le ciel d’être encore vivant pour pouvoir être enterré dans les plis de son drapeau l’illumine tout entier. Mais j’observe que les conditions mêmes d’un tel débat, le choix des personnalités retenues pour se prononcer sur un sujet aussi idiot et la gravité des réponses sont, plus que le drapeau et le fétichisme du mouvement breton, révélateurs d’un problème essentiel qui serait : comment un groupe ultra-minoritaire en vient-il à se poser en détenteur d’une vérité absolue ? Et comment cette vérité finit-elle par s’imposer au point que le simple fait de rappeler quelques faits historiques, parfaitement vérifiables, passe pour sacrilège ?

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© Françoise Morvan

Hopala n° 3, décembre 1999

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ULTIME AJOUT

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Dans ce même numéro, cerise sur le far, un courrier d’un lecteur, Denis Rigal, un poète et traducteur, longtemps professeur à l’université de Brest :

« Sans doute est-il bon, avant d’entrer dans le débat, d’exhiber ses lettres de créance ; les voici : non seulement je descends directement de Vercingétorix, comme R. Le Prohon me l’a démontré en deux coups de calculette, mais en plus mon chien est écossais ; cela devrait suffire à établir mes compétences en matière de celtitude.

Venons-en donc aux choses sérieuses, à savoir la polémique suscitée par l’article de Françoise Morvan, notamment la réponse de M. Divard… On est d’abord tenté de laisser dire : comment réfuter des injures ? Mais il se trouve que les injures de M. Divard rappellent d’étranges souvenirs. Le « mépris du peuple », c’est ce qu’un ministricule de Brejnev reprochait à Soljénitsine ; lequel est certes un fieffé réac, mais en matière de mépris du peuple, très loin derrière les potentats soviétiques… Vient ensuite la distinction entre « une certaine intelligentsia », à laquelle appartient Me Morvan et l’autre, l’incertaine intelligentsia, je suppose, dont fait partie M. Divard ; cette distinction recoupe, mais c’est sûrement un hasard, celle des belles années 40 où il y avait d’un côté les bons intellectuels nationaux, comme Rebattet et Brasillach, et de l’autre côté les cosmopolites enjuivés et marxistes.

Comme on le voit, ce qui me chagrine n’est pas tant que les protestataires veulent dire que ce qu’ils veulent taire ; or l’article de Me Morvan pose implicitement ou explicitement les questions fondamentales, entre autres :

Le nationalisme a-t-il jamais mené à autre chose qu’à l’exclusion, au racisme et à la barbarie, avec la stupidité de l’obscurantisme en prime ? Toute l’histoire du siècle, de Sarajevo à Sarajevo en passant par Verdun et Tréblinka, montre à l’évidence que non.

Quand le mouvement breton, culturel et politique, prendra-t-il clairement position sur la dérive pro-nazi de certains de ses membres passés et présents ?

Quand le dit mouvement comprendra-t-il qu’on ne peut à la fois tirer sur la république (qui applique mal ses propres principes, c’est évident) et lui demander de financer le lycée Roparz Hemon ? Incidemment : comment décrire l’attitude d’un ennemi juré de la république jacobine qui est en même temps fonctionnaire ? C’est de l’entrisme, de l’incohérence ou de la putasserie ?

Ce sont des questions simples, elles exigent des réponses claires et rapides de la part au moins de l’équipe de hopala, de Diwan et des mouvements politiques bretons ; on ne peut pas éternellement prendre les citoyens de gauche de Bretagne ou d’ailleurs pour des naïfs ou des imbéciles. »

Denis Rigal, Brest.

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La réponse de la rédaction est très longue et incompréhensible sauf à la décrypter à la lumière du potentiellement doux nationalisme des nations sans état, mais, chose tout à fait exceptionnelle, donne une tentative de répondre aux trois questions posées.

1. Le nationalisme : il est à rejeter sans appel — mais attention, il ne faut pas confondre nationalisme et principe de nationalité. La vraie question, c’est : « quels sont les rapports entre démocratie et principe de nationalité ? » Autrement dit : le nationalisme français est très mauvais mais la Bretagne est une nation où le principe de nationalité ne demande qu’à s’exprimer, et il est excellent. Sauf que les Bretons se moquent totalement du principe de nationalité que les nationalistes entendent leur imposer au nom de la démocratie.

2. La dérive pronazie de certains membres du mouvement breton comme Mordrel et Lainé est à condamner catégoriquement mais, attention, « histoire et mémoire ne sont pas identiques », il faut « construire un récit historique » qui saisisse « le pathétique des temps d’exception » pour faire la jonction entre « l’oubli bienfaisant et l’identité en devenir ». Autrement dit, quelques-uns ont collaboré, avouons-le, mais ne nous soumettons pas « à la fatalité du passé ». Sauf que la question a été mal posée, car la totalité du mouvement breton a collaboré, à de rares exceptions près,  et reste à savoir pourquoi. La réponse, qui consiste à opposer histoire et mémoire à construire, est révélatrice de ce qui allait devenir le maître mot de la propagande identitaire, telle qu’orchestrée par le vice-président du conseil régional en charge de la culture, Jean-Michel Le Boulanger, qui ouvre ce numéro de la revue Hopala ! par des « Réflexions sur l’identité de la Bretagne » et un entretien avec le sociologue autonomiste Ronan Le Coadic.

3. La rédaction ne comprend pas la troisième question.

Le livre donné pour référence sur le sujet est celui de David Miller, On Nationality. Ce dernier va déposer des conclusion sur le cas de la Bretagne. Gageons qu’il conclura que la Bretagne est une petite nation à faire advenir afin que s’épanouisse son identité.

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En prime, et en PDF, un tract sur le gwenn-ha-du, peu encombrant et facile à distribuer.

Gwenn-ha-du

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