Histoire

J’ai été amenée à faire plus de recherches historiques que je n’aurais voulu pour  comprendre, dans un premier temps, comment le mouvement nationaliste breton, infime numériquement et indigent idéologiquement, avait pu en si peu d’années imposer sa version des faits — version, bien sûr, tronquée.

Si mon directeur de thèse ne m’avait pas fait interdiction d’éditer les carnets de collecte du folkloriste François-Marie Luzel conformément à leur graphie originale, il est clair que mes recherches se seraient orientées  vers une direction bien différente, mais, à la guerre comme à la guerre, il m’a bien fallu remonter aux sources du nationalisme breton, à la querelle du Barzaz Breiz (actuellement plus que jamais réécrite, elle aussi) et à l’instrumentalisation de la culture populaire par les autonomistes. De là, mon ex-directeur de thèse, Pierre Denis dit Per Denez, m’ayant traînée devant les tribunaux, j’ai dû m’interroger sur les origines d’un tel fanatisme orthographique et les enjeux politiques de la surunification de l’orthographe bretonne, en 1941, sur ordre des nazis via le Sonderführer Weisgerber.

Lisant la presse bretonne si florissante sous l’Occupation, j’ai été étonnée de constater qu’il n’existait aucune traduction des écrits antisémites des auteurs auxquels des hommages étaient rendus sur fonds publics, et notamment par des municipalités socialistes — ainsi Roparz Hemon, Youenn Drezen (dont Pierre Denis, alors, entre autres,  directeur du département de Celtique de l’université de Rennes avait republié les chroniques racistes et pronazies de L’Heure bretonne), Xavier de Langlais, Loeiz Herrieu, et j’en passe. Creston, Marchal, Monjarret, tous ces grands hommes du « mouvement breton » collaboraient, et en français pour ces derniers, à la presse nazie. Rien de plus normal, d’ailleurs, lorsqu’on avait compris l’idéologie de Breiz Atao, le groupe raciste qui les rassemblait — encore fallait-il avoir lu Breiz Atao, leur journal, Breiz Kevredel, Gwalarn, Kornog et autres productions du même genre… Il était assurément fastidieux d’informer à ce sujet mais il m’a semblé qu’il y avait là un devoir et j’ai donc rédigé des dossiers qui ont permis d’éclairer ceux qui voulaient l’être : ainsi un travail assez important a-t-il été accompli pour le Groupe Information Bretagne (GRIB).

C’est en constatant au fil des années que les informations données, quoique parfaitement objectives, ne servaient à rien — le Comité à l’identité bretonne fondé par Edmond Hervé à Rennes, par exemple, continuant de consacrer de luxueuses expositions à Xavier de Langlais, aux Seiz Breur et tutti quanti en occultant les faits — que j’ai décidé d’écrire Le monde comme si — livre qui repose sur des analyses historiques  jamais démenties mais qui n’ont, pas plus que les informations du GRIB, amené les élus à résister, sans même parler de s’opposer, à la dérive identitaire que je dénonçais.

Ensuite, il m’a été demandé de me pencher sur tel ou tel sujet et d’aller faire des recherches aux archives : j’ai ainsi travaillé sur l’énorme fonds constitué par Henri Fréville, pour la réédition d’Archives secrètes de Bretagne. Cela m’a permis de mieux comprendre le double jeu joué par les régionalistes (Fouéré et les fédéralistes) en liaison avec les indépendantistes (Mordrel, l’abbé Perrot et les autres).

Un petit éditeur m’ayant proposé d’écrire une préface pour un livre dû à un inconnu, Guillaume Le Bris, j’ai commencé une enquête qui a fini par aboutir à un essai de plus de mille pages — je l’ai réduit pour les éditions Ouest-France où il est paru sous le titre Miliciens contre maquisards. Passionnante enquête dans les archives de la Seconde guerre mondiale amenant à voir sous un autre jour l’histoire de l’Occupation en Bretagne : à partir d’une question simple — les nationalistes du Bezen Perrot, engagés sous uniforme SS pour combattre la France aux côtés des nazis, étaient-ils présents lors de la rafle dont Le Bris racontait l’histoire ? —, j’ai essayé de retrouver ces miliciens, et j’ai vu surgir les maquisards, les gendarmes pétainistes, les délateurs, les héros, les victimes des rafles, les paysans dont la ferme venait de brûler…

Ce travail s’est poursuivi avec les personnes du bourg de Plougonver où les jeunes gens pris dans la rafle ont été assassinés. Il a aussi donné lieu à des émissions de radio.

Omerta en Bretagne où seuls trouvent écho dans les médias les livres des autonomistes — et je suis heureuse d’avoir eu l’occasion de de faire cette recherche, sans quoi les faits que j’évoque seraient rapportés sous une forme falsifiée par un militant nationaliste assurant que la Résistance a causé plus de tort que les nazis…

Devoir de mémoire ? Non, passion pour l’archive, la parole brute, la vérité des faits à établir aussi minutieusement que possible — une forme de poésie permettant d’échapper aux conventions du genre.

Je compte rassembler ici des articles jusqu’alors épars et des documents qui peuvent être utiles.

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