Nouvelles vagues 1

J’ai été très étonnée que Marie Richeux me demande de participer à l’émission « Les nouvelles vagues » pour une sorte de portrait par objet interposé. Je ne sais pas ce qui l’a conduite à s’adresser à moi mais l’expérience était intéressante : dans mon idée (qui n’était pas tout à fait juste), il s’agissait de faire une sorte de portrait à partir de cinq objets, musique, image, paysage ou autre.

Du fait qu’il s’agissait de s’adresser à des auditeurs, j’ai pensé qu’il fallait choisir un objet sonore, et du fait qu’il s’agissait du portrait d’une personne inconnue, j’ai pensé illustrer par cet objet sonore un combat qui me définissait et pouvait s’exprimer par une sorte de symbole porteur d’émotion. Encore une fois, je reconnais que ce n’était pas vraiment ce qui était demandé et, à mon avis, ce n’est pas non plus ce que j’ai fait mais, ça ne fait rien, cette idée de petit moment de partage singulier est en soi une trouvaille qui permet d’ouvrir sur des domaines inconnus — ou, en tout cas, qui n’ont guère de place sur les ondes…

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Pour la première séquence, j’ai choisi ce qui a été l’un des moments décisifs de ma vie, à savoir le moment où, à l’école maternelle, l’institutrice nous a fait mettre la tête entre les bras et nous a fait écouter un poème. Ce poème était « Impression fausse » :

                                                         « Dame souris trotte,
                                                   Grise dans le noir du soir,
                                                       Dame souris trotte,
                                                       Grise dans le noir…  »

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Je l’ai récité à ma grand-mère qui venait me chercher à l’école et je m’en suis toujours souvenue (sous une forme d’ailleurs légèrement fausse). Ensuite, j’ai découvert que ce poème dit pour enfants avait été écrit par Verlaine lors de sa première nuit de prison à Bruxelles, ce qui lui donnait un tout autre sens (1)…

Mon but était d’expliquer que la poésie pour enfants est une poésie pour adultes ou n’est rien — cette institutrice nous disait des poèmes qui n’étaient pas du tout pour enfants, comme la complainte de Gaspard Hauser de Verlaine et, me semble-t-il, (mais la strophe est peut-être simplement venue se mêler à des poèmes d’Apollinaire) la fin de « Marizibill ».  Les poèmes de Desnos pour enfants peuvent comme « Impression fausse » être lus par des adultes avec un sens en palimpseste. Bref, je voulais dire que la disparition de la poésie à l’école est un désastre, parce que la poésie repose sur une perception d’une forme à partager… que c’est un combat d’urgence, pas facile à mener, et que la collection « Coquelicot » est un vrai miracle, de même que le travail engagé à partir des Mistoufles avec Emmanuelle Hiron, des comédiens et des musiciens qui travaillent chaque année dans une école différente.

Je n’en ai pas dit un mot dans cette séquence et l’idée même d’aborder le sujet ne m’est pas venue mais ce serait le sujet d’une série d’émissions…

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(1) Mes commentaires à ce sujet ne sont pas justes : Verlaine n’est pas content d’être en prison, il est soulagé, comme délivré de son temps d’adulte et rendu à une sorte d’enfance, mais c’est, il le dit lui-même, une impression fausse.

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