Nouvelles vagues 5

Et voilà, pour terminer, un petit écho d’un combat mené avec constance depuis Le monde comme siIl m’a semblé qu’il n’était pas possible de faire l’impasse sur ce qui est pour moi un sujet d’indignation croissante, à savoir la dérive identitaire induite et entretenue par le conseil régional inféodé au lobby patronal breton (voir le discours de Jean-Michel Le Boulanger, vice-président du conseil régional en charge de la culture, lors de la célébration des vingt ans de l’Institut de Locarn voilà quelques semaines).

JM Le Boulanger avec les autonomistes L. Louarn et P. Molac arborant une écharpe aux couleurs de la Bretagne et de l'Europe contre la France républicaine

J’ai choisi de protester contre la dévolution de la culture à la Bretagne (on parle de délégation à l’essai pour trois ans mais ce n’est qu’une manière de désamorcer un éventuel  débat, ces déclarations lénifiantes provenant de Jean-Michel Le Boulanger lui-même). Marie Richeux me demande de quoi il s’agit : nul n’est au courant. De la disparition des DRAC (Délégations régionales des affaires culturelles), relais du ministère de la Culture en région ? Oui, bien sûr, le projet est en cours (et le démantèlement des services publics de la Culture est demandé de longue date par les autonomistes). Mais il s’agit d’un dispositif particulier, obtenu dans le cadre du Pacte d’avenir pour la Bretagne, sans que les Bretons aient été consultés à ce sujet et sans qu’ils sachent même de quoi il s’agit.

Une exploration rapide de la Toile le confirme : nulle part, il n’est question de la délégation de la Culture à la Bretagne. Hormis la protestation du GRIB (et du Syndéac, cette dernière relayée par Libération) pas un mot, pas une once d’information sur les enjeux de cette mesure votée sous la pression du mouvement des Bonnets rouges (lui-même organisé par ce lobby patronal de Locarn). Ce qui est stupéfiant est la manière dont la propagande identitaire envahit les esprits, produit une sorte de mithridatisation qui, peu à peu, impose comme norme un discours obscurantiste : la délégation de la Culture vise à « affirmer l’identité culturelle de la Bretagne » — identité sinistrement définie, de fait, par le Conseil culturel de Bretagne  à l’origine de cette mesure.

DÉLÉGATION DE LA CULTURE

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Nouvel épisode

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Je précise que le vice-président du conseil régional en charge de la Culture, Jean-Michel Le Boulanger, se considérant comme élu représentant une minorité ethnique opprimée, a ouvert le 26 octobre le colloque sur « les minorités et la mondialisation » organisé par l’université de Rennes 2 en demandant une dévolution de toutes les institutions pour une Bretagne « réunifiée » appelée à prendre son autonomie, en attendant l’indépendance, sur le modèle de l’Écosse et de la Catalogne.

Le discours nationaliste n’est plus le fait d’une infime minorité de militants mais des élus inféodés au patronal ultralibéral le plus dur. Les socialistes ont-ils été élus pour imposer le programme des autonomistes qui n’obtiennent pas 2% de voix aux élections ?

Ce discours est basé sur la réécriture de l’histoire que je ne cesse de dénoncer : assimilation de la Résistance à un pseudo-combat breton — les résistants bretons se seraient battu « l’hermine au cœur » (l’hermine, symbole réactionnaire entre tous de la Bretagne ducale…), négation de la collaboration du mouvement breton avec les nazis, réduit à l’infime enrôlement de militants sous uniforme SS. Telle est désormais la version officialisée des faits. Et ces propos sont tenus à l’université sans qu’un seul historien ne proteste.

Où sont les écrivains qui, en Bretagne, osent élever la voix ?

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Suite du feuilleton

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Grand bal autonomiste le 23 novembre au Château des Ducs sous l’égide de l’Institut culturel de Bretagne, avec Bonnets rouges, Sicules et réécriture réactionnaire de l’histoire entonnée à l’unisson par les élus dits « de gauche » Jean-Jacques Monnier et Jean-Michel Le Boulanger.

Ce dernier me fait huer par la salle pour avoir blâmé son discours à Nantes : hou, le menteur, j’ai dénoncé son discours à Locarn, en septembre, lors de la célébration des vingt ans de l’Institut — acte d’allégeance pur et simple au lobby ultralibéral porteur d’un projet d’autonomie de la Bretagne contre la France pour lors qualifiée de « vermoulue ».

Lors de ces nouvelles festivités, les Sicules, membres d’un minorité opprimée et invités  à ce titre par les représentants de la minorité ethnique bretonne toujours victime d’un « ethnocide » de la part de l’État français (comme l’a rappelé le sociologue Ronan Le Coadic en conclusion du colloque précédemment évoqué), permettent d’aller encore un peu plus loin en appelant à la guerre  — appel gravement repris par la salle    :

 « Dans un pays centralisé comme la France, l’indépendance ne peut s’obtenir que par la guerreÉmoi dans la salle. Le mot est repris, gravement dans les débats. Non, il n’y a pas d’autres solutions. »

Mordrel le disait déjà lors de la fondation du Parti autonomiste breton : l’autonomisme n’est que le paravent de l’indépendantisme. Reste la guerre à mener. Elle l’a été par son collègue Célestin Lainé sur des bases que nous connaissons. Reprise du combat dans la suite de la Chouannerie, grande référence. Il ne s’agit pas là de bouffonneries identitaires plus ou moins folkloriques mais de discours politiques tenus officiellement.

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La question : « Où sont les écrivains qui, en Bretagne, osent élever la voix ? » m’a valu des  commentaires parfois très drôles : les seuls écrivains que l’on entende sont, de fait, ceux qui hurlent avec les loups. Quand bien même les autres élèveraient la voix, on ne les entendrait pas.

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