P.O.L.

 

 

 

La disparition de Paul Otchakovsky-Laurens me fait une grande peine : un éditeur qui était à tout moment prêt à vous répondre, et qui pouvait mener un projet en payant de sa personne pour déblayer les obstacles, sans se soucier de rentabilité financière, en un temps où les directeurs éditoriaux ne vous parlent plus que « produits  », c’est si rare que Paul était une sorte de miracle vivant. Hélas, un miracle qui n’est plus vivant…

C’est lui qui, un jour, m’avait demandé de faire une édition des œuvres de Danielle Collobert. Pourquoi moi ? Pourquoi elle ? Il y tenait : c’était comme ça. Je lui ai dit que François Bon pouvait faire cette édition, mais François Bon préférait me laisser m’en occuper. Je lui ai dit que l’édition serait difficile car les manuscrits laissés par Danielle à sa mort n’étaient pas accessibles : il s’est occupé de les faire déposer à l’IMEC où j’ai pu travailler en tant que chercheur associé, aussi longtemps que je souhaitais, et avec l’appui d’Albert Dichy, toujours prêt à me faciliter la tâche (qui était loin d’être simple). Enfin, je lui ai dit que l’édition des œuvres d’un auteur aussi peu connu risquait de ne pas lui rapporter d’argent, mais l’honneur d’un éditeur est de savoir prendre des risques, m’a-t-il dit. Lorsque je lui ai annoncé, après quelques mois de travail, qu’il fallait, selon moi, publier en un seul volume les textes publiés par Danielle de son vivant, et les présenter comme un long poème, puis consacrer un second volume au journal, aux pièces radiophoniques et aux inédits, loin de refuser et de m’opposer l’argument du coût, il a accepté.

Au cœur de ce second volume, pour ouvrir sur les œuvres en collaboration avec Uccio Esposito-Torrigiani, j’avais retenu un magnifique récit d’Uccio —récit que Paul m’a dit vouloir supprimer. Après un long débat, il a cédé, et, plus tard, lors d’une soirée à l’IMEC consacrée à Danielle Collobert, il est venu me dire à l’oreille qu’il avait eu tort et que ce texte était essentiel. Quel éditeur se serait seulement souvenu de ce débat ? Et quel éditeur aurait eu la générosité d’avouer qu’il s’était trompé ?

En dépit de tous ses efforts pour faire connaître ces deux volumes, cette édition s’est heurtée à une indifférence quasi-totale, et je lui ai fait part de ma déception, comme si j’étais coupable de cet échec — mais ce n’était pas du tout un échec pour lui : certains livres connaissent une diffusion souterraine, m’a-t-il dit, l’essentiel est de les laisser frayer leur voie.

De fait, je reçois des messages de lecteurs qui me remercient. Cette édition a changé ma vie, m’ont dit plusieurs inconnus, rencontrés au hasard, et j’ai reçu de très beaux messages sur ce site.

Lors de l’hommage à Danielle Collobert organisé à l’IMEC, j’avais rédigé un spectacle à deux voix, partant de la pièce radiophonique que Danielle avait, toute sa vie, reprise. C’était une belle rencontre, et la présence de Paul Otchakovsky-Laurens m’apparaît à distance comme un présent amical, discret, fait pour vous accompagner même après sa disparition.

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