Garzonval : la honte

Garzonval : le départ des drapeaux

Le 16 juillet a lieu chaque année une cérémonie du souvenir à Garzonval en Plougonver, dans le Trégor, où sept jeunes gens ont été assassinés le 16 juillet 1944 par les miliciens du Bezen Perrot assistant les nazis. C’est l’événement central de Miliciens contre maquisards et c’est aussi cet événement qui a conduit la mairie de Plougonver à publier en 2014 un recueil de témoignages, Garzonval en mémoire, cependant que Charlotte Perry réalisait sur France-Inter trois émissions exceptionnelles (la première, diffusée le samedi 30 août 2014, la deuxième, diffusée le samedi 20 septembre, et la troisième diffusée le samedi 27 septembre). Il est encore possible de les écouter en ligne.

J’ai remis à la mairie de Plougonver l’argent reçu de la vente de Miliciens contre maquisards à la suite de la cérémonie et j’ai passé longtemps aux archives à compléter le travail de mémoire effectué sur place par Alain Michel, adjoint à la Culture, Anne et Thierry Orgeolet qui s’étaient chargés d’assurer la mise en page du livre. Il va de soi que ce travail était assuré bénévolement par tous. Le livre a été mis en vente par la mairie et peut encore être acheté au prix de 10 €. L’argent ainsi réuni a permis de rénover le monument de Garzonval. 

Cette cérémonie, digne et recueillie, provoquait naturellement la fureur des nationalistes bretons – lesquels avaient longtemps nié la présence des SS du Bezen Perrot à Bourbriac, centre de torture, et à Garzonval, lieu d’exécution. En 2019, l’un de ces nationalistes s’est livré à une apologie des assassins du Bezen Perrot, allant jusqu’à écrire qu’assassiner des jeunes résistants après les avoir torturés, c’était « tuer juste » et que les nationalistes bretons enrôlés sous uniforme SS n’avaient pas laissé seulement un utile « souvenir » mais un « avertissement » plus actuel que jamais. Nous avions intérêt à nous méfier. 

On n’ose penser que c’est par lâcheté que toute mention de la présence du Bezen Perrot à Garzonval a été occultée. En 2019, nous avions été nombreux à faire part de notre indignation face au silence à ce sujet et à nous interroger sur ce devoir de mémoire singulièrement biaisé. 

Des enfants de résistants étaient encore présents cette année à la cérémonie. Ils en sont rentrés écœurés : absence de l’ANACR (association de résistants qui organise la cérémonie), mais présence du député Kerlogot, fanatique défenseur de Polig Monjarret, militant nationaliste collaborateur des nazis enfui en Allemagne avec ses amis du Bezen Perrot, ceux-là même qui torturaient et assassinaient à Garzonval et autres lieux. 

En 2016, alors que j’étais invitée à présenter les textes et photos d’Armand Robin au centre GwinZegal de Guingamp, j’avais vu débouler une meute de militants bretons armés de panneaux à la gloire de Monjarret, Kerlogot à leur tête. Ils entendaient m’interdire de parole sur le sol breton car j’avais rédigé une brochure établissant les responsabilités de Monjarret. Cette brochure peut être lue en ligne. Elle a été rédigée à la demande de nombreuses associations dont la protestation contre l’attribution du nom de Monjarret à des lieux public a permis, grâce aux faits que j’avais établis, d’éviter ce scandale.

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Kerlogot attaque le maire qui, avec le conseil municipal enfin informé, a voté contre l’attribution du nom d’une rue de Guingamp à ce collaborateur des nazis enfui avec le Bezen Perrot.

La mairie de Pommerit-le-Vicomte qui entendait donner le nom de Monjarret à une rue d’un nouveau lotissement vient de renoncer, face aux protestations de plusieurs associations. Et c’est ce moment que choisit ce politicaillon spécialiste du retournement de veste, passé des Verts à la droite puis à la République en marche, pour transformer la cérémonie de Garzonval en opération de retape électoraliste. Un nazi dans une manche, un résistant dans l’autre : jeu gagnant. Et il ose faire un discours sur la liberté sans que personne ne proteste ! Joli courage de ceux qui viennent commémorer l’héroïsme des sept martyrs…

Les jeunes gens assassinés à Garzonval ne se battaient pas seulement contre le nazisme mais contre les nationalistes bretons qui étaient leurs alliés. C’est bien eux que servent l’occultation du passé, le silence sur les véritables assassins et le détournement du devoir de mémoire ainsi trahi et rabaissé. 

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