Une étrange commémoration : la cérémonie de Garzonval 

Plusieurs lecteurs m’ont écrit à la suite de l’article que j’ai mis en ligne dans ces actualités pour protester contre la réécriture de l’histoire en Bretagne à partir d’un événement très précis : l’assassinat de sept jeunes gens le 16 juillet 1944 à Garzonval en Plougonver. 

Je ne reviens pas sur cette histoire qui a fait l’objet de mon livre Miliciens contre maquisards

Je ne reviens pas non plus sur les polémiques sans fin relancées par un historien autonomiste qui avait dissimulé la présence du Bezen Perrot à Bourbriac. 

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Au fil des années, la vérité me semblait s’être  imposée. Avec l’aide d’habitants de Plougonver, Alain Michel, Anne et Thierry Orgeolet principalement, qui ont fait un travail considérable de recherche, d’enregistrement, de mise en page, nous avions publié un livre, Garzonval en mémoire, qui est encore vendu par la mairie de la commune. Ce travail était, bien sûr, bénévole. La vente de ce livre et de Miliciens contre maquisards sur place a servi à payer la rénovation de la stèle qui commémore le massacre de Garzonval. 

La journaliste Charlotte Perry (qui avait fait un magnifique reportage sur l’Institut de Locarn et la pseudo-révolte des Bonnets rouges), s’était livrée à une enquête à partir de Miliciens contre maquisards dans le cadre de l’émission « Comme un bruit qui court »,  sur France-Inter.

Une émission,  diffusée le samedi 20 septembre, donnait à entendre la cérémonie de Garzonval et, en écho, par opposition, les commentaires d’un militant nationaliste breton, Yves Mervin, auteur d’un livre exposant que la Résistance a causé plus de tort à la Bretagne que les nazis.

Une autre émission, diffusée le samedi 27 septembre, donnait la parole aux  personnes du bourg de Plougonver qui ont apporté leur témoignage pour le livre Garzonval en mémoire.

Ce travail avait provoqué la fureur des nationalistes d’extrême droite, authentiques héritiers de Breiz atao et du Bezen Perrot, sans provoquer la moindre réflexion sur le danger de passer sous silence la collaboration massive du mouvement nationaliste breton. 

Au contraire, il est apparu que le maire (qui avait pourtant préface Garzonval en mémoire) refusait de mentionner la présence du Bezen Perrot. Pour quelle raison ? Cela risquait d’indisposer des gens de la commune, a-t-il répondu à une personne qui s’en étonnait. 

Plus choquant encore, en 2021, c’est un député connu pour sa défense d’un collaborateur des nazis qui a été invité lors de la cérémonie. 

Nous avons donc tous cessé de participer à la commémoration.

Cela va de soi, jamais la mairie ne m’a demandé de dire un mot. 

Ce n’est là qu’un exemple montrant comment s’exerce la censure en Bretagne. 

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Cette année, un sénateur socialiste, ancien maire de Bourbriac, aviculteur, politicien et amateur d’histoire, publie une histoire du Bezen Perrot qui efface totalement la présence de ces assassins à Bourbriac et à Garzonval. 

Nouvel exemple de censure : la censure par la réécriture de l’histoire. 

Cette réécriture, que je dénonce depuis des années, est en l’occurrence particulièrement intéressante parce qu’elle montre la dérive idéologique des socialistes en Bretagne : publiant dans une maison d’édition nationaliste, le sénateur adopte le point de vue des nationalistes sur l’histoire et force les faits à obéir au catéchisme nationaliste : disparition des tortures à Bourbriac, des exécutions à Garzonval, les SS du Bezen n’étant, d’après lui, pas des SS et leur grand tort ayant été de discréditer le bon mouvement nationaliste breton. 

Quelle(s) personnalité(s) allai(en)t être invitée(s) par la mairie à faire un discours commémoratif ? Le sénateur Botrel, devenu spécialiste du Bezen Perrot, allait-il venir célébrer son absence sur les lieux ? Non, deux sénateurs sont venus à la rescousse, le sénateur communiste Gérard Lahellec qui n’a rien dit et la sénatrice socialiste Annie Le Huërou qui a rendu hommage sans ombre de honte à son collègue Botrel, le citant d’abondance sur les lieux mêmes où ont agi les assassins. Au moment où les députés se déchirent, on a là un exemple de solidarité sénatoriale qui pourrait être de nature à rasséréner. Ce n’est pas le cas. 

L’un de mes lecteurs m’écrit : « La sénatrice n’a pas une seule fois mentionné ton travail mais on peut être certain qu’elle a écumé ton site car elle a cité l’article sur Lucie que tu as mis en ligne. »

Ainsi savait-elle parfaitement ce qu’elle cautionnait. 

Le représentant de l’ANACR (association supposée défendre la mémoire de la Résistance) s’est, une fois de plus, gardé de mentionner le Bezen Perrot : le sujet essentiel à ses yeux était le Rassemblement national. L’étrange indulgence de l’ANACR à l’endroit du nationalisme breton l’a amenée à compter l’autonomiste Hamon au nombre des membres de son comité directeur, à refuser de protester contre les productions du nationaliste Mervin et, plus étrange encore, à s’appuyer sur ces productions pour rendre un hommage officiel à deux délatrices présentées comme victimes des crimes de la Résistance. Hommage jugé digne d’être récompensé. Médailles et flonflons… 

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Si les journalistes d’Ouest-France ne semblent pas avoir jugé bon de se déplacer cette année, en revanche, ô stupeur, le correspondant du Télégramme fait preuve d’un courage d’autant plus remarquable que solitaire :

Le lien dans l’article renvoie à la cérémonie de 2014 et au lancement par la mairie du livre Garzonval en mémoire, article qui nous apprend que le sénateur Botrel était présent et a donc pu lire ce livre, qu’il a effacé comme les membres du Bezen. 

On pourra lire sur facebook une chronique d’André Markowicz qui évoque les faits et appelle à vigilance. Elle a touché plusieurs milliers de lecteurs. 

https://www.facebook.com/andre.markowicz/posts/pfbid0BxT7jW9KAWshLkRfGG8dYVDixABv8qZnrYh3x9qSCdqa63GuroXC8jB6bNv3Grrwl

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