Affaire Drezen : les mensonges ont la vie dure

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Le journaliste du Télégramme qui avait donné la parole au fils de Youenn Drezen assurant que son père n’avait été ni raciste ni antisémite m’a invitée à répondre à quelques questions, ce que j’ai fait, en donnant à l’appui la page de L’Heure bretonne où figure l’article de Drezen sur les « bobards des youtres », en face d’une caricature antisémite. C’était la première fois depuis vingt ans que l’on me donnait la parole dans la presse régionale, ce qui mérite en soi d’être noté.

Surprise : cet entretien est publié mais bien écourté, et la page de L’Heure bretonne est remplacée par un portrait de Drezen. 

Plus surprenant encore : le maire de Pont-l’Abbé, qui était pourtant concerné au premier chef puisque c’est lui qui a pris la décision de débaptiser la rue Youenn Drezen, n’a droit qu’à quelques lignes. 

Et nous ne sommes pas au bout de nos surprises : alors que le maire évoque le caractère « pro-allemand et aussi pro-fasciste » des écrits de Drezen, figure en face un témoignage intitulé « Aucune sympathie pour les idées fascistes ». 

Et ce témoignage émane d’André Buanic, le professeur d’allemand qui, comme je le rappelais, avait traduit un florilège de textes illustrant le racisme et l’antisémitisme Drezen lors de la polémique provoquée par l’hommage rendu à Drezen en 1999. 

« Le Lesconilois André Buanic fut le premier à avoir provoqué une polémique en traduisant, il y a vingt ans, les écrits de Youenn Drezen sous l’Occupation ». C’est totalement faux. L’hommage à Drezen par la mairie de Pont-l’Abbé a eu lieu les 17-18-19 septembre 1999. 

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Une protestation d’associations laïques, basée sur la traduction des textes de Drezen que j’avais rédigée pour m’élever contre la réédition de ces textes par le professeur Per Denez a eu lieu début septembre 1999. Le 10 décembre (suite à une interview de deux des organisateurs de l’hommage à Drezen avouant qu’ils avaient eu tort de ne pas mieux s’informer) la polémique a éclaté. Un militant nationaliste a lancé des accusations très violentes, à quoi les personnes qui avaient protesté contre l’hommage à Drezen ont répondu. Ce n’est que le 24 décembre, donc au milieu de la polémique, qu’André Buanic a publié des traductions d’écrits de Drezen, venant à l’appui de ceux que j’avais remis et qui avaient été utilisés pour étayer la protestation. Ses traductions et ses commentaires étaient excellents et je n’ai pu que me réjouir de voir que la responsable de la rédaction avait le courage de les publier.

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André Buanic semble à présent avoir oublié la teneur de ses traductions.  Drezen n’avait « aucune sympathie pour les idées fascistes ou nazies », déclare-t-il.

Pas de sympathie pour les idées fascistes ? C’est lui-même qui évoque l’éloge de Mussolini par Drezen le 15 août 1943. 

Pas de sympathie pour les idées nazies ? C’est lui-même qui commente la collaboration de de Drezen au « journal pro-nazi L’Heure bretonne » et conclut, blâmant ceux qui refusent de voir la vérité : « On pourrait qualifier ce genre d’attitude de révisionniste : négation ou atténuation délibérée du passé hitlérien ». 

À présent, il explique qu’« aujourd’hui encore certains [lui] tiennent rigueur » d’avoir osé traduire des textes de Drezen. De fait, nombreuses sont les personnes qui ont osé protester et qui ont ensuite, face à la terreur exercée par les militants bretons, préféré oublier ce qu’elles avaient dit. Nous en avons un triste exemple. Mais les écrits restent.   

Les traductions d’André Buanic sont tout à fait probantes. Sur la traduction de « yourdou » par « youtre », qui m’a été reprochée par le fils de Drezen, il est parfaitement clair.   

Même si la polémique a duré jusqu’en mars, la conclusion a été, je pense, formulée par la maire lors des vœux : « Si j’avais été informée, la ville n’aurait pas honoré la mémoire de l’écrivain comme elle l’a fait et le conseil général n’aurait pas financé cette opération. » 

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Vingt ans après, le maire n’a fait que prendre acte des informations connues depuis 1999. 

Les mensonges ont la vie dure. 

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