Parole interdite (suite et sans doute pas fin)

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Aussi incroyable que cela puisse paraître, voici que s’ajoute un sixième épisode à la décidément très instructive opération commando menée par les nationalistes bretons à Guingamp.

À la tête du ce commando qui entendait m’interdire de parole et remplacer la poésie d’Armand Robin par une apologie d’un collaborateur des nazis du nom de Monjarret se trouvait un nommé Kerlogot, ex-élu écologiste passé à droite.

Loin d’être blâmé par le conseil départemental qu’il représentait, il bénéficie d’une merveilleuse récompense, l’octroi d’une « délégation sur mesure » , une « délégation aux langues et cultures bretonnes et gallèses » toute faite pour lui permettre de promouvoir la culture Monjarret.

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Le lecteur bretonnant qui m’adresse cet article s’indigne de l’instrumentalisation du breton par ces militants, mais ce qui, à mon avis, rend cet épisode intéressant, c’est surtout le fait que ce militant est mis en place par le conseil départemental en vue d’imposer sous couvert de langue et de culture le kit de Breiz Atao incarné par Monjarret : bagad, breton surunifié, pipe band, néoceltisme, culte des racines celtes (et pas françaises), tout le bazar nationaliste est désormais recyclé tant par la droite que par la gauche pour être promu comme culture officielle.

Après l’hommage rendu à Fouéré par le Centre culturel breton dont le président participait à l’opération commando en compagnie de Kerlogot, voici donc, prime à la censure, la  délégation « sur mesure » à la langue et à la culture bretonnes.

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De mieux en mieux !

Qui pourrait le croire ? Le feuilleton continue !

À peine avais-je mis en ligne cette actualité que je trouve un courriel d’un lecteur m’adressant copie d’un article du Télégramme paru ce matin même comme pour venir illustrer ma petite chronique.

Kerlogot, toujours présenté sous un jour avenant par cette gazette, y reprend son combat contre tout ce qui n’est pas culture locale, issue des « artistes du cru ». Et il est soutenu par l’avocat Pasquiou qui, au nom de la droite, soutient à fond la culture du peuple, car le peuple, ce qu’il veut, c’est la culture Kerlogot, la culture Monjarret, la culture du cru. « Que demande le peuple de Guingamp ? Le peuple, il n’en a que foutre de votre culture ! » déclare Pasquiou. Que demande le peuple ? Ce n’est pas dit mais on devine que ce qu’il lui faut, c’est des racines, des racines guingampaises plongeant dans le fond du cru.

Cependant, ma petite expérience de conférence interdite apporte la preuve que tout ça n’est que du flan car, bien sûr, je conçois que Kerlogot ait jugé qu’Armand Robin, né à Plouguernével, à 44 kilomètres de la Place du Centre de Guingamp, était un artiste odieusement exotique, mais, pour ma part, bien que je ne l’aie jamais revendiqué, je suis le parangon des auteurs du cru : non seulement, une bonne partie du Monde comme si se déroule à Guingamp mais j’ai édité le plus grand folkloriste du cru et je peux fournir des preuves de guingampitude remontant à des générations… Je suis en train de numériser mon album de famille et j’ai, parmi des centaines d’autres, en plus du portrait de mon arrière-arrière-arrière-grand-mère photographiée par Le Cun, la photographie de mon arrière-arrière-grand-père, commandant des pompiers de Guingamp, en grand uniforme, et photographié par Cauville, 10 rue Saint-Michel, maison de confiance, fondée en 1896. Kerlogot lui-même  pourrait-il en dire autant ?

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Or, Kerlogot, qui mouline contre tout ce qui n’est pas du cru, prend la tête d’un commando visant à interdire une conférence d’un auteur du cru, et ce en vue de défendre un nazi totalement haï par les gens du cru, et qui ont organisé une protestation suivie par les élus (comme d’ailleurs elle a été suivie par les élus du Morbihan qui, sommés de baptiser un collège Monjarret ont préféré, après avoir pris conscience du traquenard qui leur était tendu, le baptiser collège Anne Frank).

La culture Monjarret défendue par Kerlogot, c’est la culture du trou de souris mais un trou de souris où seules ont droit de s’exprimer les souris qui pensent comme il faut. C’est donc comme un hommage à George Orwell que je donne à lire le spécimen de prose journalistique qui suit. Il est lire, bien sûr, dans la suite de celui qui relayait les invectives de Kerlogot à mon endroit (voir le troisième épisode du feuilleton).

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« La réhabilitation de l’ancienne prison et la place qu’y occupera GwinZegal, centre d’art dédié à la photo, a encore donné lieu à un joli clash, hier soir, au conseil municipal. Des propos qui flashent et qui figent plus que jamais le bras de fer entre le maire et Yannick Kerlogot.

« Fixette » politicienne ou fermeté dans les convictions ? Hier soir, chacun avait son opinion après la nouvelle charge virulente de Yannick Kerlogot contre le chantier de réhabilitation de l’ancienne prison de Guingamp. À l’heure de se prononcer sur le financement de la deuxième phase de travaux (*), le conseiller départemental a entrepris – peut-être plus que jamais – de jeter une lumière sombre sur le projet de la majorité.

« Effet Trump »

Des services culturels qui seraient « sous l’emprise de GwinZegal » et « sous l’influence de La Libre Pensée » ; une majorité municipale qui, « face à la désespérance sociale » des Guingampais, ferait le choix d’une culture « élitiste, loin des préoccupations » des administrés ; un maire qui dépenserait « sans compter » et en faisant fi des artistes du cru… Comme à chaque fois, depuis le début du mandat, Yannick Kerlogot, ancien de la gauche plurielle devenu le plus fidèle opposant au maire Philippe Le Goff, a dézingué le travail de médiation culturelle de ses opposants politiques aussi sûrement qu’il s’est interrogé sur celui de Charles Fréger ou de Claude Batho, photographes dernièrement mis en valeur par GwinZegal. Un réquisitoire qui, bien que pas nouveau, a piqué les yeux du maire et de sa majorité. Pour Philippe Le Goff qui dit militer pour une culture d’ouverture « et non d’opposition », une culture qui serait qui plus est tout terrain (« C’est, entre autres, le cas quand on fait programmer Les petites scènes en ville ou la Culture du coeur »), Yannick Kerlogot ne devrait pas invoquer de la sorte quelque chose de « pernicieux », quelque chose qui ne serait « pas loin de la théorie du complot ». « Il n’y a aucune machination de la Libre Pensée qui viendrait décapiter la culture bretonne », a appuyé le maire, mettant en garde contre tout « populisme ». Un discours que Philippe Conan, adjoint à la culture, n’est pas long à rapprocher d’un « effet Trump ». « Vous avez tort de vous focaliser ainsi sur GwinZegal » a soufflé l’élu se montrant passablement agacé de cette énième mise au point.

Raspoutine en mairie ?

En verve et en phase avec Yannick Kerlogot, Pierre Pasquiou a lui aussi mitraillé sec. « GwinZegal est devenue la Raspoutine du conseil municipal ! Que demande le peuple de Guingamp ? Le peuple, il n’en a que foutre de votre culture ! » a lancé l’ancien avocat sur un ton de procureur décomplexé. Le genre de formule prompte à faire bruire la majorité et amener Mona Bras à souligner que le ministère de la Culture ne soutenait pas (financièrement) à la légère la réhabilitation de la prison, et que la Ville de Saint-Brieuc, de son côté, attendait GwinZegal « à bras ouverts ».

La députée « inquiète »

Pour la députée Annie Le Houérou, suspecte d’être la grande ordonnatrice du chantier contesté, « l’expression culturelle, c’est la liberté d’expression ! Je suis très inquiète par les propos de Yannick Kerlogot ». Lequel répondra d’un clic, ou plutôt du tac au tac, qu’« il y en aura d’autres ». Autrement dit, qu’à l’approche des élections à la nouvelle agglo, comme aux législatives de juin 2017 ou aux municipales 2020, il y aura suffisamment de rendez-vous à se mettre sous l’objectif… Dans une ambiance électrique et fleurant bons les paroles d’avant scrutins, le maire ne tremble pas à l’heure du vote : 21 pour la poursuite du projet, les sept voix de la minorité contre. Philippe Le Goff en profite pour annoncer que « les travaux démarreront le 5 décembre ; j’espère qu’ils ne donneront d’urticaire à personne ». Pas sûr que Yannick Kerlogot, qui donne rendez-vous au maire « dans trois ans », n’ait pas, tel Knock, la tentation de chatouiller ou grattouiller un peu d’ici-là. 

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* Après avoir décidé, l’an dernier, d’investir 1,72 M€ dans la réhabilitation du bâti très dégradé (78 % de subventions), la Ville est prête à engager maintenant 1,4 M€ (montant des subventions non encore connu) dans la construction d’un espace d’expo et de bureaux. À terme, le projet évolutif, envisagé en cinq phases étalées sur deux mandats, pourrait représenter un investissement d’environ 6,5M€ HT.
© Le Télégramme

http://www.letelegramme.fr/cotes-darmor/guingamp/ancienne-prison-un-clash-qui-flashe-et-qui-fache-15-11-2016-11292514.php#uux81UIZadqc6xoL.99

 

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Tout cela s’inscrit dans un contexte plus général : à Quimper, c’est le même poujadisme identitaire qui a provoqué la fermeture du centre d’art contemporain : ni la pétition dénonçant le retour de Quimper à son sommeil de « belle endormie » repliée sur son « ADB breton » ni la mobilisation citoyenne ni l’appui du ministère de la Culture n’y ont rien fait…

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Le maire de Quimper n’a-t-il que mépris pour la culture comme l’écrit le journaliste indigné ? Allons donc, il entend au contraire servir la culture authentiquement bretonne.

Et, de même, « face à la désespérance sociale des Guingampais », Kerlogot entend « dézinguer » tout ce qui n’est pas la vraie culture bretonne, apte à remédier à la désespérance sociale grâce à ses vertus toniques.

Cette culture, du fait qu’il l’a lui-même définie dans le communiqué publié dans L’Echo de l’Armor et de l’Argoat pour interdire ma venue à Guingamp, il n’est pas difficile de savoir en quoi elle consiste : « bagadoù, cercles celtiques, écoles bilingues, signalétique, office de la langue bretonne ». Ajoutons hommages à Monjarret pour que le tableau soit complet.

Tel est le programme du personnage qui bénéficie d’une « délégation sur mesure » faite pour lui permettre de se consacrer « aux cultures bretonnes et gallèses ». On aimerait savoir en quoi consistent « les cultures bretonnes et gallèses » supposées être plurielles. Les cultures bretonnes qu’il a promues jusqu’à présent se limitent à une seule, la culture Monjarret.

Autrement dit, le kit nationaliste promu sur fonds publics.

Et visant à « dézinguer » tout ce qui ne lui est pas inféodé, comme il en fait la démonstration.

 

 

 

 

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