Le culte des racines

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Je viens de recevoir mes exemplaires d’auteur du « libelle » intitulé Le Culte des racines » (à quoi l’éditeur a ajouté et l’Europe des régions pour rendre la problématique plus claire) : de fait, mon propos était bien d’attirer l’attention sur l’étonnante fabrication de régions à identité dite forte, régions qui seraient vouées à prendre leur autonomie (en attendant l’indépendance) en raison même de cette « identité » qui plongerait dans des « racines » issues du substrat de la race (mais le mot race est désormais proscrit, parlons d’ethnie). 

J’avais commencé voilà déjà longtemps à me pencher sur la fabrique identitaire en Bretagne – j’avais écrit Le Monde comme si pour protester contre l’enrôlement de la littérature, de l’art, de l’histoire, de la musique, du cinéma, de la langue bretonne, de la danse, de la broderie, du pâté, que sais-je, dans une vaste croisade. Or, dans le temps même que je constatais l’impossibilité d’ouvrir le moindre débat sur ce sujet en Bretagne, je voyais en Belgique, en Espagne, en Grande-Bretagne les mêmes revendications identitaires aboutir aux mêmes résultats : le régionalisme destiné à permettre aux régions à identité de cultiver leurs racines aboutissait à l’autonomisme lequel cédait graduellement place au séparatisme…

J’avais pu constater en lisant les déclarations des militants bretons depuis les origines (ce qui n’avait pas été une partie de plaisir) que leur but était naturellement l’indépendance de la nation qu’ils entendaient libérer au nom des racines celtes qui étaient supposé lui avoir donné naissance. C’était un discours raciste, naturellement issu des sérails les plus réactionnaires (ce qui explique que le mouvement breton ait massivement collaboré avec les nazis) mais qui était repris par la gauche alliée aux autonomistes eux-mêmes alliés aux écologistes, le culte des racines unissant pour finir l’extrême gauche et l’extrême droite dans une grand-messe partout célébrée à grands frais. 

Les discours du patronat local (qui avait tout intérêt à se libérer des lois de la République) donnaient au culte des racines une signification politique assez évidente.  Mais personne ne semblait avoir le droit de la voir – là était le problème essentiel pour moi : l’éclatement de la France en ethnorégions pleines de racines fabriquées pour la célébration du culte allait de soi et ne suscitait qu’une adhésion indifférente. Qui s’y opposait n’avait pas voix au chapitre et si, d’aventure, il se faisait entendre, sa voix était aussitôt étouffée. 

Je méditais sur cette situation de consensus, de censure et de propagande en relisant le voyage en URSS de Panaït Istrati lorsque un événement est venu me montrer à quel point de gravité la situation en était arrivée : le Musée de Bretagne avait organisé une exposition intitulée Celtique ? – exposition qui en donnant la parole à des « spécialistes » engagés dans le combat identitaire aboutissait à produire une propagande officielle absolument conforme à ce que pouvait attendre le lobby politico-affairiste (dont le rôle n’était, bien sûr, jamais mentionné). Or, cette propagande ne suffisait encore pas : les nationalistes, à l’initiative d’Alan Stivell (qui, après avoir présidé glorieusement l’exposition, s’est soudain aperçu qu’elle posait des questions malvenues) ont exigé (et obtenu aussitôt) que les notices de l’exposition soient récrites. La question interdite, celle que l’exposition avait pour but de rendre plus impossible que jamais à poser, était celle de l’usage du Celte, autrement dit de la fabrique du leurre. 

Je suis sortie de cette exposition avec un sentiment de honte – voir le buste gaulois de Paule, les objets de la Tène, associés aux horreurs à triskells mauves et aux gueulements bardiques, avec l’ignoble Morvan Lebesque pour conclure le tout, donnait l’impression d’être sali. 

C’est un peu pour me nettoyer de cette crasse identitaire qu’en quelques jours j’ai écrit ce libelle, et je m’en suis trouvée rassérénée. Je suis donc heureuse qu’il soit paru et j’en remercie Antoine Böhm qui m’a soutenue amicalement et m’a donné l’impression qu’enfin, oui, il était possible de protester et d’être entendu. 

Qu’il provoque la fureur des militants, les menaces, les invectives, les habituelles calomnies et les tentatives d’initimidation, il faut s’y attendre, mais puisse-t-il éveiller la conscience de quelques personnes qui aient, à leur tour, le courage de protester.  

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Étrange coïncidence, à l’instant même où je terminais cette brève présentation, je suis tombée sur la vidéo montrant le maire de Carhaix, l’autonomiste Christian Troadec, inaugurant ce jour le Salon du livre (créé à l’initiative de terroristes du FLB) par un discours glorifiant tout à la fois l’Écosse allant vers son indépendance (modèle assigné aux Bretons) et Alan Stivell, réveilleur de la conscience ethnique des Bretons. Le tout sur fond de haine de la France, avec rendez-vous en 2032 (l’année qui effacera 1532, l’année fatale de l’union de la Bretagne à la France). Et sur fond de fierté du Nous triomphant. Nul éditeur français n’est autorisé au Salon du livre de Carhaix : seuls les éditeurs autochtones et publiant des auteurs assez serviles pour se soumettre sont admis.

Difficile de trouver meilleure illustration de l’instrumentalisation de la culture en Bretagne et meilleure illustration du Culte des racines.

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