La freizh

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Retour de Lille…

 

 

 

Le Théâtre du Nord est un théâtre qui vit, qui appelle la vie, qui se veut lieu de partage.

 

 

 

 

Encore dans l’euphorie de la rencontre avec les étudiants et les enseignants (chose totalement interdite pour moi en Bretagne depuis que j’ai écrit Le monde comme si), j’arrive à Paris et, là, sur le quai du métro, retour à l’identitaire : la freizh !

La fraise bretonne devient freizh comme la Bretagne est devenue Breizh…

 

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Ce qui est stupéfiant dans cette image est sa violence, pas seulement sa laideur, la violence de sa laideur. La fraise devient menhir puisque bretonne — alignement, défilé, du menhir au bagad, le Breton se distingue par sa soumission à l’ordre et l’art de marcher droit.

La fraise pousse à la bonne franquette sous sa feuillette anarchiste et non comestible ; la freizh débarrassée de tout ce qui l’encombre défile hors sol sur une blancheur parfaitement pure où les informations se lisent en lettres noires pour respecter le noir et blanc désormais voué à désigner le Breton pure souche. Il s’agit d’une fraise Savéol, fraise industrielle, calibrée, militaire, sans feuille ni goût, la freizh, modèle du Breton à faire advenir sous label Produit en Bretagne. On aperçoit d’ailleurs à gauche le logo de Produit en Bretagne, une petite couleur jaune et bleue dans cet univers de cauchemar, sauf que le cauchemar vient de là…

Qui sait ce que c’est que Produit en Bretagne ? Qui a entendu parler de l’Institut de Locarn ? Personne, bien sûr. D’ailleurs, dans le métro, tout le monde s’en moque, de cette affiche débile.

Si je décide de la photographier, c’est dans le but de pouvoir lire l’inscription destinée à la détourner : il arrive que ces inscriptions manuscrites soient drôles.

Là, ça donne :

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                          NOUS AVONS PERDU LES MEILLEURES ANNÉES
                          BIENTÔT LE JEU SERA FINI POUR TOUJOURS
                                                 —   GUY DEBORD

 

Pas vraiment drôle…

 

Mais, dans le cas de la Bretagne et de ce qui s’y passe, tristement vrai.

 

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Pour ceux qui voudraient mieux comprendre :

BREIZH :

En 1941, un groupe de nationalistes bretons alliés aux nazis unifie l’orthographe du breton : le « zh » de Breizh devient le symbole de la nation bretonne à faire advenir.

 

PRODUIT EN BRETAGNE :

Le 9 février 1995, est déclarée une association Produit en Bretagne dont le siège est l’Institut de Locarn, association déclarée le 5 avril 1991, sous le nom « Institut de Locarn, culture et stratégies internationales. Au sujet de l’Institut de Locarn, alliance de l’ultralibéralisme et de l’autonomisme, avec l’identitaire pour faire-valoir et la dérèglementation pour mot d’ordre, voir Le monde comme si ou les articles du GRIB.

 

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Pour en savoir plus, voir « La freizh (suite) ».

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