Le secret de Rosie

 

 

 

 

Je reçois les premiers exemplaires du dernier Sendak : Le secret de Rosie.

C’est un livre particulièrement touchant pour moi parce que Maurice Sendak, se souvenant de son enfance à Brooklyn, a imaginé l’histoire d’une petite fille qui parvient à entraîner les enfants du quartier dans son théâtre intérieur tant son pouvoir de conviction est grand. Or, ma propre mère, dans son enfance rostrenoise, passait sa vie à se déguiser et, par la suite, nous avons pris le relais : je me souviens d’avoir vécu quelques semaines palpitantes avec un oreiller pincé à la taille, vêtu d’un veston, nanti d’un faux-col et coiffé du chapeau melon de mon grand-père, décédé bien longtemps avant ma naissance, tandis que mon frère poursuivait des échanges passionnés avec Monronard, un vieux renard porté jadis par notre grand-mère sur son manteau. Une fois passée la porte du grenier, tout devenait possible, y compris les amours d’Adèle et Parasol. « If you want to know a secret, knock three times ».

C’est vraiment la suite de La fenêtre de Kenny (1956) et de Loin, très loin (1957) : en 1960, Sendak plonge dans son enfance et trouve une zone de fragilité qu’il est capable d’affronter, ce qu’il fera jusqu’à imaginer Max et les maximonstres. Rosie, sa petite voisine de Brooklyn, l’invite à franchir le seuil…

Il est possible d’entendre le texte en ligne. Pour ceux qui voudraient suivre la traduction en même temps, je dois avouer que je me suis heurtée à un problème de transposition : Rosie chante « On the sunny side of the street », ce qui, enquête faite, reste lettre morte pour les lecteurs français, enfants ou pas, et j’ai fini par choisir un titre qui me semblait à peu près correspondre à cet univers mystérieux des chanteuses noires ouvrant sur les amours infinies et tout à la fois déjà un peu périmées : pour moi, c’était « J’ai deux amours » de Joséphine Baker, qui unissait le prestige de l’Amérique et celui du côté soleil de la rue — un air que chantait ma grand-mère. Bref, j’assume, quoique à regret, le contresens et le passage d’Ella Fitzgerald à Joséphine Baker.

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