Mikhaïl Iasnov (1946-2020)

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Il est mort hier, au bas de l’escalier de son immeuble, sans que personne à l’hôpital où il avait été transporté se soit soucié d’informer quiconque. C’était le plus grand poète russe pour enfants, le plus grand traducteur de poésie, le plus drôle, le plus gentil, le plus généreux, le plus pareil à un personnage sorti d’un album de Sendak, le plus pareil à lui-même jusque dans l’incongruité la plus inattendue. J’ai déjà parlé de lui ici. Il était l’enchanteur des enfants qu’il faisait venir pour participer à son émission de poésie qui rassemblait deux millions d’auditeurs autour du poste chaque lundi. Puis, un lundi, venu pour faire son émission, il a trouvé porte close. Le studio avait été vidé, ses affaires jetées. Plus de poésie : business et propagande. 

C’était triste, mais comment ne pas rire quand il nous faisait le récit de son éviction ?

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Il était venu à Rennes avec Léna Baïevskaïa pour traduire des contes de Luzel et des ballades du Barzaz Breiz : c’était aux pires moments de la fin de l’URSS et nous avions pensé que nous pourrions faire de la poésie le biais d’échanges qui aideraient les uns à survivre et les autres à vivre… Merveilleux échanges, merveilleuses traductions, là encore arrêtés. Plus de poésie : business et propagande. Cette fois, la mafia était la petite mafia nationaliste bretonne hostile à tout ce qui lui échappait. 

C’était triste, mais comment ne pas rire quand il nous faisait le récit des fureurs subitement déchaînées   ?

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Il n’empêche que les premières traductions de contes de Luzel en russe ont paru grâce à lui (et ont même été rééditées en édition de luxe dans une prestigieuse collection — qui aurait pu le croire ?)…

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et que ses traductions du Barzaz Breiz, même interrompues, auraient pu donner lieu à des recherches passionnantes sur les enjeux de la tradition populaire en Europe — passionnantes mais gênantes… 

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Il était déjà ailleurs, heureux de poursuivre mille et un projets qui attendaient depuis si longtemps qu’il puisse enfin les rattraper. Je me souviens, parmi tant d’autres, de sa traduction des chansons françaises illustrées par Boutet de Monvel… 

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Quand je lui ai dit que c’était un chef d’œuvre, il a ri comme un gamin de huit ans. Tchoudetstvo !

Pour entendre sa voix qui dit trois de ses poèmes pour enfants, voici un lien (mais il faut passer une annonce publicitaire — business et propagande… Hélas, il n’est plus là pour rire…).

Choudestvo !

J’ai mis en ligne sous le titre « La parole est à Micha » un entretien qui n’avait jamais été publié, autre façon de faire entendre, malgré tout, sa voix. 

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