Parole interdite (suite) : Ouest-France et la censure

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Plutôt que de résumer les premiers épisodes du feuilleton, je me bornerai pour faire simple à mettre un lien vers le premier épisode, ma conférence interdite de Guingamp, puis les deux suivants, à savoir : tout d’abord, ma découverte que la Fondation Fouéré appelle les « humanistes démocrates bretons »  à faire pression sur les personnes qui risquent de me donner la parole, quel que soit le sujet, pour qu’elles renoncent à ce projet  nocif,  puis, l’intervention d’un nommé Kerlogot, représentant du conseil départemental, militant breton et président de Kendalc’h, au conseil municipal de Guingamp pour mettre le maire en accusation car autoriser une association à m’inviter, c’est « décupler les rancœurs ».

Comme l’expérience me semble instructive, je décide d’exercer mon droit de réponse. Un article est paru dans Ouest-France, un autre dans Le Télégramme.

Trouver l’adresse de la rédaction locale du journal Ouest-France n’est pas difficile. Au bout d’une semaine, je vois paraître mon droit de réponse, considérablement abrégé.

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Robin-2 - copie

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Armand Robin est transformé en peintre, un titre a été ajouté (« Françoise Morvan réplique à Y. Kerlogot »), ce qui modifie le sens du droit de réponse et permet de reprendre les accusations de Kerlogot en sous-titre, comme pour leur donner plus de force, et redoubler ces accusations encore reprises en introduction. Cette présentation est, manifestement, destinée à permettre à Kerlogot d’exercer à son tour son droit de réponse, selon la vieille méthode des nationalistes. Ainsi la presse, j’en ai déjà fait mainte fois l’expérience, laisse-t-elle le dernier mot aux militants.

On remarquera que tout ce qui concerne Monjarret a été censuré. Je place en gras les passages qui le concernent et qui ont été supprimés.

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DROIT DE RÉPONSE

 

Le 16 avril 2016, je me suis rendue à l’invitation du centre d’art GwinZegal au théâtre de Guingamp où je devais donner une conférence sur le poète Armand Robin. Cette conférence, suivie d’une lecture de poèmes en russe par le traducteur André Markowicz, devait clore une année de travail car GuinZegal avait fait appel à moi pour une exposition qui s’est tenue à la médiathèque.

Cette exposition et cette conférence étaient rigoureusement apolitiques.

À mon arrivée à Guingamp, d’où ma famille est originaire, j’ai eu la surprise de découvrir que des militants bretons s’opposaient à ma présence sur le sol guingampais au motif qu’il est interdit de « m’offrir une tribune, si minime soit-elle ». Pour quel motif ? Je n’ai pas tardé à le découvrir car un commando est venu souiller les environs du théâtre de tags indélébiles indiquant PLACE POLIG MONJARRET, puis un groupe de militants s’est présenté, certains portant au cou des pancartes où se lisait I AM POLIG.

Après avoir empêché la conférence d’avoir lieu en déversant des invectives pendant près d’une demi-heure, les militants, en tête desquels se trouvaient deux élus, se sont retirés, chassés par les spectateurs indignés.

Lors du conseil municipal du 8 mai, M. Kerlogot a repris ses agressions, reprochant au Maire d’avoir autorisé GwinZegal à m’inviter et le mettant en demeure d’attribuer le nom de Monjarret à une rue.

Le conseil municipal s’étant prononcé en 2014 contre l’attribution du nom de Monjarret, collaborateur des nazis jamais repenti, enfui en Allemagne avec les SS du Bezen Perrot, à une rue de Guingamp, où il exerçait sous l’Occupation ses sinistres activités, ce problème me semblait réglé. Il n’avait, de toute façon, aucun rapport avec la poésie d’Armand Robin.

Ces militants qui entendent assimiler la Bretagne à l’idéologie de Monjarret et faire régner la censure ne sont pas une poignée de fanatiques qui ne représentent qu’eux-mêmes : ils sont à la tête d’associations qui vivent de fonds publics. Il est regrettable que la presse régionale se fasse l’écho de leurs revendications et reprenne leurs accusations.

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Les raisons pour lesquelles les militants bretons ont tenté d’interdire ma conférence et les raisons pour lesquelles le conseil municipal de Guingamp s’est opposé à l’attribution du nom de Monjarret à une rue sont donc supprimées.

Pour ce qui concerne le passé de Monjarret, la rédaction prend sur elle d’évoquer un vague « militantisme au sein du Parti national breton pendant la guerre ».

Ainsi le rappel des faits est-il interdit : seule la version des autonomistes est autorisée.

Je suis assez contente d’en avoir fait (une fois de plus, mais la lassitude n’est pas de mise en pareille affaire) la preuve.

Et ce d’autant que j’ai retrouvé une lettre de Monjarret qui permet de mieux mesurer ce que signifie cette censure qui s’exerce en Bretagne. J’ai mis en ligne une nouvelle page à ce sujet (« Réécriture de l’histoire : la déportation de Polig Monjarret »)

Je poursuis donc cette petite expérience qui, à mon avis, en dit plus long que de longues démonstrations sur ce que nous vivons en Bretagne.

À ce jour, Le Télégramme n’a rien publié.

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(À suivre…)

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