Ombres blanches

Merveilleuses rencontres à la librairie Ombres blanches… J’observe d’ailleurs qu’il est difficile de trouver meilleure appellation qu’« ombres blanches » pour évoquer notre travail : aussi bien la traduction du Maître et Marguerite, la publication des quatre volumes de Sur champ de sable et celle des œuvres de Harms, d’Iliazd, d’Aïgui et de Luzel aux éditions Mesures relèvent de la démarche même qui a inspiré la création de la librairie comme espace de résistance et de liberté : Boulgakov, interdit de publication, a rédigé Le Maître et Marguerite pendant des années ; les manuscrits de Harms, lui aussi interdit de publication, ont été retrouvés par miracle après sa mort dans les décombres de son immeuble ; exilé, Iliazd a écrit à Paris sans espoir d’être lu et compris sinon après sa mort, et l’infortuné Luzel n’a cessé d’être trahi parce qu’il avait eu le courage d’affronter les nationalistes qui aujourd’hui triomphent. Les volumes parus aux éditions Mesures sont une manière de les faire exister comme la mémoire d’une source détournée, interdite, qui pourrait enfin circuler librement. Et il est particulièrement heureux qu’au moment même où se célèbre (sans moi) le bicentenaire de la naissance de Luzel, sa sœur et lui trouvent place, grâce aux rencontres organisées à Toulouse par Christian Thorel, au milieu d’auteurs qui furent aussi voués à l’ombre et au silence. 

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