La gwerz

Et dire que j’ai oublié d’annoncer l’émission sur la gwerz (autrement dit, la ballade, le genre majeur de la chanson en breton) qui a été diffusée aujourd’hui sur France-Inter

Une émission enregistrée cet été par Charlotte Perry, entre deux émissions sur la Résistance, et qui prend une présence étrange quand on comprend soudain que, pour la première fois, elle rend compte d’abord de l’immense protestation que portent ces chansons trahies par le Barzaz Breiz (j’ai déjà évoqué le cas ici à propos de Marie de France).

 Je n’avais pas du tout mesuré la force de ces chansons et l’ampleur de cette trahison ; j’avais juste trouvé merveilleux de pouvoir parler hors de toute censure d’un genre dont j’avais bien tardivement vu émerger les thèmes profonds et, premier entre tous, ce grand thème des femmes rebelles ou plus précisément de la grande injustice faire aux femmes.

La gwerz d’Anna Le Gardien que j’ai trouvée dans la collecte du père d’Anatole Le Braz, et que j’ai traduite par passion pour le répertoire des mendiantes de haute Cornouaille m’est revenue là comme non pas intacte mais magnifiée — une pure splendeur rendue à sa source par Annie Ebrel qui a trouvé une mélodie cornouaillaise mélancolique pour cette chanson de rébellion. Le plus beau est peut-être que cette émission ait été enregistrée dans l’église de Loc-Envel, où les figures des sablières répondent si merveilleusement aux paroles des longs récits chantés que je ne sais pas toujours distinguer qui vient d’un rêve, d’un lai, d’une gwerz ou d’une simple image où je retrouve un ami perdu.

.

.Ce qui est surtout extraordinaire dans cette émission, c’est la présence du lieu, l’énigme de cette présence, et la manière incisive d’en finir avec le romantisme pour ouvrir la gwerz au présent : une énigme — une fois mis à part les oripeaux mystico-folkloriques dont on l’affuble — appelant à une recherche nouvelle, une forme de vie…

.

.

Quand nous avons composé le recueil qui a fini par s’appeler Anciennes complaintes de Bretagne, j’ai cherché quelles images pouvaient illustrer ces chansons et j’ai été sidérée de voir les personnages surgir des images des chapelles…

.

.

Ici, l’émission semble naître des personnages de l’église qui sont devenus pour moi comme des amis, perdus et retrouvés. Entre tous, le petit personnage au ventre bleu qui tient ses genoux dans ses mains et pense à la marche du monde sous son chapeau doré…

.

.

.

*

NB : Cet article m’a valu un commentaire auquel j’ai répondu à la fin de la page consacrée à la fausse gwerz écrite par La Villemarqué à partir du « Lai du rossignol » de Marie de France.

*

Tiens, mais c’est que mon article se trouve être d’une actualité frémissante : le bicentenaire de la naissance de La Villemarqué ! Surtout, ne manquez pas de regarder le film où, entre deux chants appelant à la liberté de la Bretagne, on nous expose que le vicomte de La Villemarqué (père du nationalisme breton) a transformé la révolte des paysans contre « les seigneurs » en révolte contre « les Français ». Nous n’avons pas fini de jouir des hommages au Grand Lama de la ménagerie celtique, comme le disait Luzel. 

Ce contenu a été publié dans Barzaz Breiz, Bretagne, chanson, édition, gwerz, Traduction, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *