Vigile de décembre

 

 

C’est une immense chance, quand on pense que l’essentiel est de chercher des voies de traverses, de se voir offrir la possibilité de frayer une voie nouvelle, à partir d’expériences qui ne se seraient pas assemblées autrement : en 2016, des livres qui composent Sur champ de sable, j’avais extrait quelques textes qui avaient donné lieu à un spectacle évoquant à partir de l’Assomption, l’enfance, la moisson, la fête foraine, le moment où le soleil bascule dans la nuit et où les brasiers s’allument dans la nuit d’août, le rouge, le feu, l’ouverture à la vie. La voix d’Annie Ebrel, la contrebasse d’Hélène Labarrière et les poèmes de Pasternak dits par André Markowicz permettaient de composer un paysage sonore où le breton et le russe se répondaient. Ce n’était pas du tout un spectacle poétique, c’était tout sauf un spectacle poétique : Incandescence était un moment de partage.

Nouvelle chance incroyable : l’invitation à donner, cette année, en décembre, un spectacle qui soit la face inverse et complémentaire d’Incandescence. La dernière partie de Sur champ de sable dit le retour dans la maison d’enfance que l’on va quitter pour toujours, la neige, l’hiver, le blanc, l’âge et le passage à l’année nouvelle comme un adieu. Je l’ai intitulée Vigile de décembre parce que l’arrière-fond religieux est présent comme une évidence, même une fois dépassée la croyance. Or, du début jusqu’à la fin, nous avons eu l’impression de voir se resserrer les thèmes comme s’ils surgissaient de la trame même des chansons populaires bretonnes (aussi bien « Le Noël de Brigitte » que la complainte du vieux merle ou les autres chansons) et du poème de Pasternak donné en contrepoint (nous avions fini par nous limiter à un seul poème, « L’étoile de Noël », un poème du Docteur Jivago).  Extraordinaire expérience, mais le plus extraordinaire est que des personnes qui n’auraient certainement jamais pensé écouter de la poésie, des médecins, des infirmiers, des malades, des personnes qui venaient d’assister à un colloque sur la manière d’apprivoiser la douleur sont restés écouter, puis nous rencontrer comme des amis de longue date… C’était hier, à l’invitation de l’AUB SANTÉ (et du médecin coordinateur, Jean-Michel Hoarau), à la chapelle de la clinique Saint-Laurent, à Rennes.

Cette fois-ci, j’ai pu dire mes textes, et nous nous sommes rendus compte du fait qu’il y avait bien quatre voix, à faire entendre distinctement. Pouvoir poursuivre l’expérience inaugurale était encore une immense chance…

Et je dois dire que Ronan Le Corre nous a bien aidés car les échos de la chapelle Saint-Laurent étaient redoutables — mais nous avions, par une coïncidence due au lieu et au temps, une vraie crèche pour décor, en sorte que mes petites allusions aux souvenirs cassés des anciens décors de Noël trouvaient là une illustration quasiment miraculeuse.

 

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