La régression ethniste bat son plein en Bretagne

 

 

Chaque année, le lundi de Pâques, la commune de Scrignac est investie par des militants nationalistes bretons d’extrême droite, relevant notamment de la mouvance catholique intégriste. Comme on peut le voir sur le site Feiz ha Breizh, la coutume est d’y brandir des drapeaux celtiques (car la Bretagne celte est, à les entendre, en lutte depuis l’origine des temps contre la France, son ennemie héréditaire) ; on y célèbre le culte de l’abbé Perrot, exécuté le 12 décembre 1943 par la Résistance, et l’on rappelle le parcours de ses fidèles associés, les frères Caouissin, membres du Kommando de Landerneau créé par les nazis pour traquer les maquisards ; on y fait l’éloge du journal Ololê créé par les Caouissin avec le soutien des services de propagande allemands, et l’on y écoute un conférencier, par exemple Thibault Guillemot dit Tepod Gwilhmod (condamné en 2009 pour incitation à la haine raciale) y faire l’apologie de Feiz ha Breiz (Foi et Bretagne), association jadis présidée par l’abbé Perrot ; ensuite, on se recueille, avec drapeau, devant la croix signalant le lieu où l’abbé a été abattu, et l’on place bouquets, plaque avec croix celtique, drapeaux et autres symboles du même genre, dans la chapelle de Coat Quéau (rebaptisée Koat Keo ou Koat Kev, en orthographe surunifiée symbolisant la nation bretonne) que l’abbé Perrot avait fait bâtir à grands frais par l’architecte James Bouillé, militant nationaliste de Breiz Atao, et agent de la Gestapo en Bretagne.

 

 

Les habitants s’y sont faits — même si, pour une commune qui fut longtemps communiste, ces manifestations s’apparentaient clairement à des provocations suscitant indignation et colère. Il faut se souvenir qu’au cours des années 60, la reconquête des nationalistes, totalement discrédités au lendemain de la Libération, s’est effectuée grâce à l’activation des réseaux catholiques, des réseaux interceltiques et des groupes folkloriques mis en synergie : c’est donc naturellement à Coat Quéau (i.e. Koat Keo) que les scouts Bleimor, avec à leur tête Alan Stivell (qui s’appelait alors Alain Cochevelou) se rendaient pour rendre hommage au martyr mort pour la nation bretonne (telle qu’il voulait la faire advenir, fût-ce avec l’appui de l’Allemagne nazie, contre l’avis de ses compatriotes).

 

 

 

On a oublié l’âpreté des luttes qui opposaient ces militants et ceux qui se souvenaient de leur rôle sous l’Occupation ; il semble même que l’on ait oublié l’attentat du FLB (Front de Libération de la Bretagne) contre le monument aux morts de Scrignac, monument datant de 1921, entièrement pulvérisé en 1982 par une bombe : il s’agissait d’effacer le nom des Bretons morts pour la France. Le militant nationaliste auteur de l’attentat a depuis continué de militer en toute impunité…

De la haine des paroissiens contre l’abbé les conversations gardaient trace pour peu que l’on ose affronter ces souvenirs brûlants. Je me souviens même de l’intervention d’un habitant de Scrignac au colloque de Brest destiné à imposer la version des autonomistes comme version officielle de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale en Bretagne : s’élevant contre la réhabilitation de l’abbé Perrot, non sans courage, surtout en un tel contexte, il avait simplement raconté l’inoubliable humiliation infligée par l’abbé à de jeunes paroissiens qui, le jour de leur mariage, alors que toute la famille était venue, et parfois de très loin, l’avaient vu arriver à l’église et refuser de marier ces mauvais chrétiens qui n’avaient pas fait leurs Pâques comme il fallait… Brutalité, sectarisme, nationalisme fanatique, lien avec les pires extrémistes, non, Perrot n’était pas le bon prêtre mort pour avoir tenté d’évangéliser une paroisse rouge, le saint homme victime de son amour de la langue bretonne : en 1940, un mois après l’adoption de la loi « portant statut des Juifs », il appelait à les jeter hors de Bretagne. Et, en 1943, alors que la situation aurait dû l’inciter à quelque prudence, il donnait encore pour modèle dans sa revue Feiz ha Breiz (Foi et Bretagne) Mgr Tiso, chef de l’État slovaque, un vrai chrétien, un vrai nationaliste et un vrai nazi. Tout un programme…

 

 

Pourtant, au fil des années, le rôle joué par l’abbé Perrot, ses liens avec l’occupant, ses dénonciations, son activisme et ses actions de choc, puis son exécution par la Résistance, tout s’est effacé dans un consensus identitaire célébré par la presse et encouragé par les pouvoirs publics : l’« Unvanniezh Koat Keo » qui rassemble les disciples de l’abbé Perrot opère sous statut d’association et la chapelle dite de Koat Keo, monstruosité architecturale conçue comme un acte politique lourdement chargé de symboles nationaux, a eu droit au statut de monument historique en 1997. Une inscription sur l’une de ses portes célèbre cependant « le millénaire de la restauration de la Bretagne» (en 1937, en un temps où les nationalistes bretons de Breiz Atao, regroupés autour de l’abbé Perrot et de ses amis Mordrel, Bricler et Debauvais recevaient le soutien de l’Allemagne nazie) mais, alors même que les Bretons de Scrignac s’opposaient avec violence à l’abbé fanatique qui leur avait été imposé par l’évêché précisément pour dompter une paroisse rebelle, la chapelle par lui produite est à présent donnée officiellement pour caractéristique du « renouveau de l’expression artistique bretonne ». La victoire du fascisme est aussi celle de la laideur.

 

 

Durant de longues années, les cérémonies se sont déroulées dans une indifférence résignée, et l’on pouvait penser que, les militants nationalistes vieillissant, tout finirait par sombrer dans l’oubli, mais, voilà quelques années, des indépendantistes virulents ont pris le contrôle de l’association désormais placée sous la présidence de Roland de la Morinière (candidat d’Adsav, parti d’extrême droite nationaliste, pour le canton de Lamballe). En 2015 déjà, la cérémonie fut l’occasion d’une manifestation programmatique ; en 2016, la célébration du soulèvement des nationalistes irlandais et celle de l’abbé Perrot s’associant pour ouvrir sur un même combat pascal, cette cérémonie fut placée sous le signe de l’indépendance de la nation bretonne, à conquérir, fut-il dit, contre la « République française franc-maçonne» qui aggrave encore ses crimes en « facilitant l’invasion de la religion musulmane». On pria l’abbé Perrot pour que se lèvent des jeunes Bretons dignes de « chasser cette abomination». Vu qu’il appelait à chasser les Juifs au moment où la Shoah battait son plein, il était, de fait, bien placé pour intercéder auprès du Père.

La République française a laissé les héritiers spirituels de l’abbé Perrot l’insulter sans broncher.  En mars 2017, le monument aux morts de Scrignac a été de nouveau vandalisé.  Quelques lignes dans la presse locale, pas grand-chose. Une habitude à prendre, somme toute.

Cette année, le programme des militants bretons semblait plutôt maigrichon…

SCRIGNAC (Koat Keo) : messe en breton le lundi de Pâques 2/04 à 11h, organisée par Unvaniezh Koat Keo (mémoire de l’abbé YV Perrot). A l’issue, Youenn Caouissin dédicacera son livre “J’ai tant pleuré sur la Bretagne“.

Mais voilà, miracle, que les militants de l’Unvanniez Koat Keo venus, comme de coutume, passer le lundi de Pâques à Scrignac, découvrent que la tombe de l’abbé Perrot a été profanée : la croix celtique (symbole de l’appartenance de la nation bretonne à la Celtie voulue par Dieu contre la France jacobine) a été abattue, l’inscription « ER MAEZ » portée en rouge sur le piédestal. À peine remis de leur effarement, les disciples de l’abbé Perrot découvrent des tags ! Des tags en breton surunifié dans le plus pur style nationaliste ! En effet, le propre des nationalistes bretons depuis l’origine est de proclamer qu’ils veulent mettre les autres dehors. Le grand ami de l’abbé Perrot, Olier Mordrel, rapporte lui-même dans son essai Breiz Atao la stupeur des paysans bretons à lire les inscriptions que les militants de son parti peignaient sur les murs : celle qui les étonnait le plus était « LES FRANÇAIS DEHORS ! ». « Et où c’est-y qu’y veut qu’on va ? » demanda un paysan à Bricler, cousin de Mordrel et grand ami de l’abbé Perrot, lui aussi. « À la porte, les Juifs et les enjuivés», proclamait L’Heure bretonne. Le premier mot d’ordre des fabricants de bière bretonne rassemblés dans l’association Bierzhistance  a été « KRO ER MAEZ » (pour lutter contre la Kronembourg, symbole des bières de France, vouées à rester chez elles abreuver l’indigène et cesser de polluer le sol breton). Le mot d’ordre des nationalistes bretons, qu’ils soient de gauche ou de droite, pourrait donc être ER MAEZ.

 

 

Sur la tombe de l’abbé Perrot et aux alentours se lisent « FASKOURIEN ER MAEZ » et « MENEZ ARE HEP FASKOUR », autrement dit, mais en breton pas vraiment local, « les fascistes dehors » et « Mont d’Arrée sans fasciste ». L’essentiel n’est pas d’être compris mais de ne pas employer le français, langue de l’oppresseur. En cela encore, l’extrême droite et l’extrême gauche nationalistes se ressemblent et pourraient se rassembler autour du slogan ER MAEZ  qui viserait à bouter hors de Bretagne tous ceux qui ne partagent pas leur désir d’indépendance : cela viderait, il est vrai, la Bretagne de 99% de ses habitants mais il faut ce qu’il faut, on ne manque d’ailleurs pas de me le faire savoir régulièrement.

 

Cet ultime épisode d’une longue histoire est, contrairement à ce qu’il pourrait paraître, tout à fait intéressant pour montrer comment, tablant, efficacement d’ailleurs, sur le soutien de la presse régionale, extrême droite et extrême gauche nationaliste parviennent à utiliser les médias pour arriver à faire avancer leurs pions.

Face à la « profanation », les médias se mobilisent et c’est à qui donnera la parole à Youenn Caouissin auteur d’une biographie hagiographique de l’abbé Perrot qui vient juste, quelle chance, de paraître aux très pieuses et très réactionnaires éditions Via Romana

Ouest-France produit un véritable article promotionnel :

 

On peut y lire que l’abbé Perrot a été « accusé par certains de collaboration avec les Allemands ». Des esprits malveillants, il faut le croire, car « son assassinat fait toujours polémique ». En tout cas, pas de quoi vandaliser une jolie tombe celtique, d’autant moins que « l’abbé Perrot était porteur de valeurs bretonnes et chrétiennes » : merveilleuses valeurs, en effet,  appelant à l’extermination des Juifs et à la promotion, en totale opposition avec l’évêché, d’un nationalisme breton soutenu par les nazis, mais à quoi bon faire le détail ? Dans le breton, tout est bon.

Nulle part dans cet article (pas plus que dans les autres) n’apparaît la simple mention du fait que l’abbé Perrot était un militant nationaliste breton. La raison de son exécution par la Résistance est effacée, comme ses engagements idéologiques et ceux du mouvement breton. Point aveugle. L’abbé Perrot était un bon prêtre, assassiné pour des raisons troubles. Un martyr. Breton. C’est ce qui importe : breton. Donc, digne de nous. Et les autres : ER MAEZ. Ainsi se diffuse la propagande nationaliste en Bretagne.

 

Et voici la version du Télégramme :

« La tombe de l’abbé Jean-Marie Perrot a été vandalisée ce week-end, à la chapelle de Koad Kev, à Scrignac. Comme tous les ans à Pâques, une cérémonie était prévue lundi, par l’association Unvaniezh Koad Kev, afin de commémorer le 66e anniversaire de la mort du prêtre, assassiné le 12 décembre 1943. Celle-ci a réuni une quarantaine de personnes. C’est en venant nettoyer les abords de la chapelle avant la cérémonie, dimanche, que les responsables de l’association ont découvert que la croix celtique ornant la tombe avait été cassée et renversée derrière la sépulture. La tombe, la chapelle et des bâtiments voisins ont aussi été tagués. Le maire de Scrignac, Georges Morvan, a déploré ces actes : « Je croyais que cette histoire était maintenant derrière nous ; je vois qu’il existe encore des rancoeurs tenaces et cela m’attriste ». Le prêtre de la paroisse Saint-Herbot, à Carhaix, Peter Breton, qui avait accepté de célébrer la messe à la demande de l’association parce que celle-ci éprouvait semble-t-il des difficultés à trouver un prêtre connaissant le breton, s’étonne « qu’il puisse encore y avoir de telles manifestations de haine, 75 ans après le décès de l’abbé. Je trouve cela déplacé, étonnant dans la période actuelle, mais je n’ai pas les clefs de compréhension », dit-il. Mardi après-midi, la brigade de gendarmerie de Carhaix-Huelgoat n’avait toujours pas enregistré de dépôt de plainte. »

© Le Télégrammehttp://www.letelegramme.fr/finistere/scrignac-la-tombe-de-l-abbe-perrot-profanee-04-04-2018-11912759.php#KeVh1lElXC13TJQZ.99

 

Le maire (élu sur une liste de gauche) ne comprend pas ce que signifient ces « rancœurs tenaces », la cérémonie commémorative est donnée pour une sorte de coutume locale, l’Unvanniezh Koat Keo pour une inoffensive association bretonne et l’abbé Perrot pour une victime digne de ces pieux hommages. Le fait que des militants nationalistes d’extrême droite aient en 2016 formé un rassemblement appelant à chasser les musulmans n’a pas semblé de nature à troubler l’ordre public et le maire ne fait pas le lien entre ces actes et l’histoire de l’abbé Perrot, pourtant, hélas, liée à tout jamais à celle de sa commune.

Nous sommes là face à une sorte d’interdit absolu, — blâmer ce qui est breton est impossible —, un interdit doublé d’une injonction à respecter l’impensé qui fait la force du mouvement breton : ce qui ne se conçoit pas n’a pas lieu de s’énoncer et c’est de ce mystère que doit naître l’avenir. En l’occurrence, il a fallu aller jusqu’à Saint-Herbot pour trouver un prêtre capable de dire la messe en breton, signe que le combat de l’abbé Perrot est un combat perdu, mais un combat qui se poursuit, avec breton ou pas, sur la même base idéologique : nous sommes Celtes, et donc, fidèles à nos gènes, nous ne sommes pas français. C’est ce racisme et ses prolongements ethnistes qui constituent l’impensé du mouvement breton, mais comment ce magma pourrait-il donner lieu à une analyse claire puisque les militants nationalistes sont mis en place par les élus et par le lobby patronal breton ?

 

*

 

Ce mince épisode est instructif pour qui veut comprendre comment le mouvement nationaliste breton, infime numériquement et honni de la population, réussit par la publicité, l’extrême droite et l’extrême gauche faisant progresser la même cause, à diffuser son idéologie : ici, ce n’est pas seulement la presse régionale qui prend le relais, et qui lance ainsi un thème journalistique facilement exploitable par tous les médias, c’est la presse nationaliste d’extrême gauche comme d’extrême droite : ainsi, sur 7Seizh, c’est Deléon, passé d’Emgann au Parti breton, c’est-à-dire de l’extrême gauche au parti nationaliste soutenu par le lobby patronal de Locarn (mais il semble à présent avoir eu quelques démêlés avec ce parti) qui assure la promotion de l’abbé Perrot. Cet indépendantiste acharné est enseignant à Diwan.

Et n’oublions pas que l’historien officiel de la Région, l’autonomiste Jean-Jacques Monnier, va jusqu’à présenter l’abbé Perrot comme un résistant hébergeant — espèce assurément difficile à trouver ailleurs qu’en son presbytère — des nationalistes bretons parachutistes de la France libre.

Comme plusieurs lecteurs, indignés par la vague de propagande en voie de déferler, m’ont demandé ce qu’il était possible de savoir sur l’abbé Perrot, j’ai proposé d’ajouter une petite fiche à celles de la rubrique « nationalisme » du GRIB. On y trouvera des informations interdites ailleurs. Je suis d’ailleurs prête à la compléter.

Il va de soi qu’évoquer des faits précis ne changera pas la croyance admise : la Bretagne a son martyr, le bon abbé Perrot, si dévoué qu’il a donné sa vie pour son peuple. Je ne me fais plus aucune illusion à ce sujet.

En 2002, préparant l’édition du Monde comme si, j’avais choisi pour illustration le numéro 100 de la revue ArMen (alors pourtant moins engagée dans le « combat breton » qu’à présent) où se voyait cette image stupéfiante : l’abbé Perrot et Ronan Caouissin associés à un numéro de Breiz Atao dans sa grande période nazie choisis pour illustrer, au tournant du siècle, la « richesse du mouvement breton »… Voici cette image et mes commentaires :

 

 

Je sais désormais qu’établir les faits ne sert à rien : les nationalistes sont utiles pour détruire l’édifice jusqu’alors inopportunément résistant de la République. Au moins n’aurai-je pas subi pour rien l’épreuve de lire Feiz ha Breiz et de traduire l’article de Perrot sur les Juifs qu’il convient d’exterminer sans crainte car « nul ne doit être accusé ou traîné en justice pour les Juifs tués ».

 

(À suivre)

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Les mistoufles volume 5

 

          © Dan Ramaën

 

En ce moment, les enfants de l’école publique de Saint Marc à Frongier enregistrent le cinquième volume des Mistoufles. 

J’ai d’abord reçu une belle lettre des enfants…

 



 

Puis j’ai reçu le journal de l’école avec un véritable reportage sur les différentes étapes du travail…

 

 

Et voilà maintenant les photos de Dan Ramaën… On reconnaît à gauche Loïc (Arm) et à droite Manou (Emmanuelle Hiron)…

 

© Dan Ramaën

 

Il ne reste qu’à attendre avec patience de découvrir le disque… et dire merci à tous pour cette fabuleuse expérience de poésie à l’école !

 

 

*

 

Après l’enregistrement, j’ai demandé aux enfants quelle chanson ils préféraient et un authentique vote a eu lieu.

 

Voilà le résultat :

 

 

J’avoue que j’ai été très étonnée. Mais les enfants se sont expliqués, et j’ai trouvé que les commentaires étaient remarquables :

 

« Nous avons choisi ce texte car:

Ce texte est rigolo, amusant, drôle, humoristique,..

C’est un texte rythmique;

C’est un texte original qui nous raconte une histoire et nous aimons bien les histoires;

Ce texte n’est ni trop court, ni trop long;

Ce texte parle de la vie de tous les jours;

Ce texte nous donne des conseils sur ce que l’on doit faire;

Dans ce texte, nous trouvons des mots compliqués qui ne sont pas faciles à prononcer et ça nous fait rire quelques fois;

C’est un texte qui parle d’un enfant qui ne veut pas perdre son poids car il préfère les gourmandises. »

 

Eh bien, oui, ce sont des explications merveilleusement synthétiques (ah, encore un mot compliqué) et complémentaires : la chanson raconte une histoire, une histoire qui parle de la vie de tous les jours et le rythme est joyeux. Vive le petit gros qui râle contre son régime (mais il le fait quand même !).

Un grand merci à Nathalie qui a pris en charge le vote et la transmission des commentaires !

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Le secret de Rosie

 

 

 

 

Je reçois les premiers exemplaires du dernier Sendak : Le secret de Rosie.

C’est un livre particulièrement touchant pour moi parce que Maurice Sendak, se souvenant de son enfance à Brooklyn, a imaginé l’histoire d’une petite fille qui parvient à entraîner les enfants du quartier dans son théâtre intérieur tant son pouvoir de conviction est grand. Or, ma propre mère, dans son enfance rostrenoise, passait sa vie à se déguiser et, par la suite, nous avons pris le relais : je me souviens d’avoir vécu quelques semaines palpitantes avec un oreiller pincé à la taille, vêtu d’un veston, nanti d’un faux-col et coiffé du chapeau melon de mon grand-père, décédé bien longtemps avant ma naissance, tandis que mon frère poursuivait des échanges passionnés avec Monronard, un vieux renard porté jadis par notre grand-mère sur son manteau. Une fois passée la porte du grenier, tout devenait possible, y compris les amours d’Adèle et Parasol. « If you want to know a secret, knock three times ».

C’est vraiment la suite de La fenêtre de Kenny (1956) et de Loin, très loin (1957) : en 1960, Sendak plonge dans son enfance et trouve une zone de fragilité qu’il est capable d’affronter, ce qu’il fera jusqu’à imaginer Max et les maximonstres. Rosie, sa petite voisine de Brooklyn, l’invite à franchir le seuil…

Il est possible d’entendre le texte en ligne. Pour ceux qui voudraient suivre la traduction en même temps, je dois avouer que je me suis heurtée à un problème de transposition : Rosie chante « On the sunny side of the street », ce qui, enquête faite, reste lettre morte pour les lecteurs français, enfants ou pas, et j’ai fini par choisir un titre qui me semblait à peu près correspondre à cet univers mystérieux des chanteuses noires ouvrant sur les amours infinies et tout à la fois déjà un peu périmées : pour moi, c’était « J’ai deux amours » de Joséphine Baker, qui unissait le prestige de l’Amérique et celui du côté soleil de la rue — un air que chantait ma grand-mère. Bref, j’assume, quoique à regret, le contresens et le passage d’Ella Fitzgerald à Joséphine Baker.

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Poésie sur les ondes

 

 

Et voici les actes du colloque Poésie sur les ondes publiés aux Presses universitaires de Rennes sous la direction de Pierre-Marie Héron, Marie Joqueviel-Bourgea et Céline Pardo. Le volume est accompagné de deux CD, ce qui, chose rarissime, m’a permis de faire entendre un extrait de la première émission de Poésie sans passeport, une série d’émissions écrites par Armand Robin, réalisées par Claude Roland-Manuel et diffusées de 1951 à 1953 par le Club d’essai de la radiodiffusion française. Ma communication présentait l’expérience de Poésie sans passeport, extraordinaire expérience de poésie par les ondes consistant à faire entendre les poèmes étrangers en appuyant la traduction sur les sons des langues étrangères (arabe, russe, hongrois, italien, breton, néerlandais…).

Faute de pouvoir éditer ces émissions avec un CD, je les avais publiées en 1990…

 

 

…mais le volume est devenu introuvable sauf en bibliothèque, et le malheureux Robin a été réduit à la pitoyable image de poète sorti du volume Le Monde d’une voix appuyé sur une édition tronquée de Ma vie sans moi. Comme je m’en explique assez longuement ici, inutile d’épiloguer. Je suis en train de rédiger un essai qui rende compte de ces mésaventures.

Il faut être reconnaissants aux organisateurs du colloque, et notamment à Pierre-Marie Héron, d’avoir accordé une place à cette expérience si peu et si mal connue.

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Équivalences

 

 

Le dernier numéro de la revue de traduction et de traductologie Équivalences (très intéressante revue publiée par le Département de traduction et d’interprétation de l’Université libre de Bruxelles) est paru sous la direction de Françoise Wuilmart. Il est entièrement consacré à la traduction théâtrale. J’y ai publié (avec André Markowicz) un article intitulé « Sur deux répliques de La Mouette ou de l’importance de traduire le style » et (toute seule) un article intitulé « Traduire le théâtre anglo-irlandais », lui aussi consacré à souligner l’importance primordiale de traduire le style.

Lorsque Françoise Wuilmart m’a demandé un article sur ma traduction du théâtre de Synge, j’ai eu la surprise de découvrir que cette traduction était, depuis près d’un quart de siècle, l’objet d’attaques systématiques de la part d’un éminent collègue, ulcéré sans doute que sa traduction du Baladin du monde occidental ait été concurrencée par ma transposition, je dois le dire jubilatoire, de l’anglo-irlandais en franco-breton. À l’en croire, la langue française est par nature hostile aux sociolectes, et il est malvenu d’en donner des équivalents qui ne sont pas rédigés en bon français (vu que les originaux sont fort éloignés eux-mêmes du bon anglais). Au demeurant, toujours d’après lui, le franco-breton n’a jamais existé (il fait pourtant son apparition dans La farce de maître Pathelin, que j’ai traduite voilà quelques années). Je ne vais pas m’étendre sur ce que sont l’anglo-irlandais (l’anglais parlé en Irlande par des personnes qui se traduisent du gaélique) et le franco-breton (le français parlé en Bretagne par des personnes qui se traduisent du breton) vu que je m’en suis déjà expliquée ici, Voir aussi à ce sujet les questions qui m’ont été posées par une étudiante en traductologie au sujet de ma traduction du théâtre de Synge.

Les présupposés idéologiques qui sous-tendent ses allégations sont intéressants car ils révèlent ce qui, de fait, oriente la traduction en France : la réduction à la norme donnée pour allant de soi, et le refus de la forme, du style, de la prosodie, bref, de la poésie. La transgression n’est pas admise : il faut, comme on le conseille pour l’agrégation, réduire le texte à son sens premier, supposé exister hors de la forme qui l’a pourtant construit. C’est ainsi que ce traducteur normalise Shakespeare selon la méthode de la version d’agrégation et cette normalisation représente, de fait, désormais la norme.

Le plus intéressant, en l’occurrence, est cette polémique menée depuis si longtemps sans que j’en aie eu connaissance et la soumission de mon travail à cette censure exercée par le biais des institutions, avec une certaine efficacité.

On pourra consulter, par exemple, l’article qui m’est consacré sur Wikipedia (article qui a été rédigé par un contributeur anonyme soucieux de mettre fin au déchaînement des nationalistes bretons sur cet article — il faut rappeler que j’étais alors sur Wikipedia l’auteur français le plus contesté au monde, mon essai Le monde comme si ayant déplu aux militants bretons — ce simple fait montre d’ailleurs à quel point les fantasmes des nationalistes s’imposent par une pratique fanatique de la censure, ce que je montrais justement dans Le monde comme si). L’article de Wikipedia, supposé caractériser mon travail, donne pour vérité ultime celle de mon contradicteur :

« Marie-Sylvine Müller considère la traduction de Françoise Morvan comme « un exemple heureux de […]correspondance entre dialectes ». En revanche, Jean-Michel Déprats, l’auteur d’une précédente traduction du même texte, y voit « une entreprise [qu’il dirait] militante », dont le projet serait « de faire entendre sur le théâtre une langue populaire élevée au rang de langue poétique. ». Si cette traduction « séduit par le choix heureux d’expressions colorées, imagées, qui donnent la sensation d’une langue populaire, juteuse, « aussi pleine de suc qu’une pomme ou qu’une noix » (pour reprendre les mots de Synge dans sa préface) », il lui reproche, sur le plan syntaxique, « une volonté de prosaïsation, d’alourdissement, de surenchère, qui [l’] amène souvent […] à rendre comme marqué un tour qui n’est pas nécessairement marqué dans l’original »

L’article de la revue Équivalences, soumis à plusieurs relectures pointilleuses, a eu l’immense mérite à mes yeux de me permettre de montrer à quel point cette ultime affirmation est absurde puisque la « volonté de prosaïsation, d’alourdissement, de surenchère » est celle même que l’on reproche à Synge et qu’elle est illustrée par un « tour pas nécessairement marqué dans l’original » qui est non seulement un tour stylistiquement marqué dans l’original mais un tour récurrent et donc un motif à transposer d’une pièce à l’autre avec le plus de rigueur possible. La phrase complète est, en effet, « une volonté de prosaïsation, d’alourdissement, de surenchère, qui amène souvent la traductrice à rendre comme marqué un tour qui n’est pas nécessairement marqué dans l’original (avec des calques syntaxiques du genre ; “le plus drôle des hommes sur pied que j’ai mis les yeux dessus”) ».

Or, Synge écrit :

« PEGEEN. I’m thinking you’re an odd man, Christy Mahon. The oddest walking fellow I ever set my eyes on to this hour today.  »

L’expression se retrouve ensuite en miroir dans la pièce :

 « CHRISTY (clinging to Pegeen). Oh, glory ! It’s late for knocking, and this last while I’m in terror of the peelers and the walking deads.  »

La bonne traduction, à en croire mon censeur, serait pour  « the oddest walking fellow I ever set my eyes on »  « l’être vivant le plus étrange sur qui j’aie posé les yeux », ce qui fait parler la fille du bistrotier comme une bourgeoise du XVIe arrondissement, et pour « this last while I’m in terror of the peelers and the walking dead » «ça fait un moment que j’ai la terreur des gendarmes et des morts qui marchent » (ce qui, de toute façon, est une traduction fausse car les peelers ne sont pas des gendarmes et this last while ne veut pas dire ça fait un moment).

En conséquence, si je reprends cette phrase et si je tiens compte du rythme, c’est à dire de la structure profonde du texte qui relève de la poésie, je pense avoir donné un équivalent de la phrase de Pegeen :

« I’m thinking you’re an odd man// Christy Mahon. // The oddest walking fellow // I ever set my eyes on // to this hour today. »

« J’ai idée que vous êtes un drôle d’homme, // Christy Mahon. // Le plus drôle de tous les hommes sur pieds // que j’ai mis mes yeux dessus // jusqu’à l’heure d’aujourd’hui. »

C’est ce que j’aurais pu entendre au café du Lion d’or à Rostrenen ou dans n’importe quel bistro de village aux alentours, et c’est une langue qui correspond à ce que cherchait Synge — comme en témoigne une actrice que Synge avait guidée pendant les répétitions au Théâtre de l’Abbaye : « Les paroles avaient une sorte de rythme musical, absolument différent de tout ce que j’avais pu entendre auparavant… J’ai découvert que je devais couper les phrases — qui étaient inhabituellement longues — en sections, les scandant, lentement d’abord, puis plus vite au fur et à mesure que les mots me devenaient familiers. » C’est exactement de cette façon que les comédiens se sont approprié la traduction chaque fois que j’ai travaillé avec eux.

Bref, si mes modestes efforts pour transposer l’anglo-irlandais se sont heurtés depuis tant de temps à tant d’hostilité, c’est qu’il y a là une expérience qui dérange, comme celle de Synge dérangeait, et je suis très heureuse qu’il m’ait été offert une occasion de m’expliquer enfin à ce propos.

Je me suis beaucoup amusée à traduire Synge, auteur totalement réfractaire à la cuistrerie, et je suis en train de rédiger un essai sur son théâtre qui m’amène à faire toutes sortes de trouvailles pleines de charme.

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Fervent hommage à un SS breton

 

 

 

Avec Jean, dit Yann, Miniou disparaît, à 95 ans, l’un des derniers membres du Bezen Perrot, formation regroupant des nationalistes bretons sous uniforme de la Waffen SS. Le Bezen Perrot fut créé en 1943 après l’exécution de l’abbé Perrot (autre nationaliste fanatique) par la Résistance.

Je me suis trouvée amenée à suivre l’itinéraire de Miniou (alias « Braz »), car, comme je l’ai montré en travaillant aux archives, il faisait partie du groupe du Bezen qui, à Bourbriac, puis à Scrignac, fut chargé d’assister les nazis : Jean Miniou compta, entre autres, au nombre des SS responsables de l’assassinat de sept jeunes gens à Garzonval. Il fut donc l’un des tristes héros de Miliciens contre maquisards.

Le personnage est représentatif de ce que le mouvement breton a pu produire de pire au nom de la Bretagne et de la foi : un tortionnaire défendu par les bons pères, prêt à tout, et toujours plein d’une onction jésuitique. Il a servi de caution aux nationalistes les plus engagés dans la collaboration, et surtout aux pires assassins du Bezen car, alors même qu’il avait été parfaitement identifié parmi les SS en opération à Scrignac et avait été condamné à mort par contumace en janvier 1946, puis s’était enfui en Allemagne avec le Bezen et avait alors fait partie d’un commando chargé de revenir faire de l’espionnage en France, arrêté par hasard à Rennes en août 1946 avant d’avoir pu gagner l’Irlande, il bénéficie du soutien efficace des prêtres de sa paroisse et des magistrats : sa condamnation à mort est transformée en six ans de travaux forcés… Son dossier contient des lettres interceptées par les gardiens : « J’espère que Papa pourra s’arranger avec les magistrats», écrit-il, par exemple, et il prend bien soin de mentionner son ami Bouëssel du Bourg dont le père est un magistrat sympathisant ; ainsi, bien assisté, parvient-il à se faire passer pour un pieux jeune homme, hélas trop timide, entraîné par de mauvais camarades dans une formation dont il ignorait tout (lui qui avait fait partie du dernier quarteron des acharnés regroupés en Allemagne pour continuer le combat contre la France).

Grande victoire pour les nationalistes qui purent clamer partout, comme Yann Fouéré, que les membres du Bezen condamnés à mort étaient d’innocentes victimes du jacobinisme français : certains étaient injustement condamnés à mort alors qu’ils méritaient tout au plus quelques années de travaux forcés, le cas Miniou le prouvait. Et les nationalistes bretons, alertant les nationalistes gallois et irlandais, entreprirent de dénoncer les exactions de l’odieuse France contre les Celtes persécutés.

Miniou joue donc un rôle plus important qu’on ne pourrait le penser : comme les autres, il reprend immédiatement le combat. On le trouve au nombre de ceux qui militent à la Mission bretonne, à Ker Vreizh, aux côtés des Louarn, Delalande et autres collaborateurs des nazis exilés pour indignité nationale : après les scouts Bleimor rattachés aux scouts d’Europe, ce sera Diwan…

Interrogé en 2012 par Vincent Jaglin pour son film La découverte ou l’ignorance, Miniou assurait que le Bezen avait été une manière de défendre la culture bretonne. Un brave vieillard, un militant dévoué à la cause si chère au cœur des Bretons, jurant qu’il n’avait participé à aucune action militaire, juste gardé quelques camions sans trop savoir ce qui se passait dans les environs…

Enfin, il est intéressant parce qu’il nous permet de comprendre comment le mouvement breton a réussi à réécrire son histoire. Nous disposons d’un tout récent spécimen de novlangue produit à son sujet par l’indépendantiste Mervin qui, en 2009, lui a fait rencontrer Georges Ollitrault, un ancien maquisard, afin de démontrer que miliciens et maquisards pouvaient communier dans la même vision œcuménique du combat breton. En ce temps-là, Mervin dissimulait Miniou sous le nom de code BF3 ; désormais il le nomme et son éloge funèbre nous offre un bel exemple du double langage pratiqué par le mouvement breton.

 

 

Pour ne pas être accusé d’être antibreton et de voir des nazis partout (car un SS breton n’est pas un nazi), ne dites pas :

« Jean Miniou fut un militant nationaliste fanatique enrôlé par les frères de l’école catholique de Guiscriff dans une nouvelle chouannerie contre la France républicaine, ce qui amena ce futur séminariste à militer au PNB nazi ».

Dites :

« Jean Miniou fait partie de cette génération à qui l’Éducation nationale française a interdit de parler sa langue maternelle à l’école. Si tous furent meurtris, Jean Miniou fut de ceux qui ne l’acceptèrent jamais. »

Ne dites pas :

« Jean Miniou s’engage sous uniforme SS dans la formation dite Bezen Perrot pour combattre la Résistance et exécuter les basses œuvres des nazis, information, infiltration des maquis, tortures et assassinats. »

 Dites :

 « Jean Miniou s’engage dans une unité militaire bretonne qui cherche à protéger les nationalistes bretons contre diverses agressions. »

Ne dites pas :

«Jean Miniou participe aux exactions du Bezen Perrot en divers points de la Bretagne, notamment à Bourbriac, où sept jeunes gens sont emprisonnés, puis torturés avant d’être assassinés ; il avoue avoir participé à plusieurs opérations et s’être enfui en Allemagne avec le Bezen Perrot pour faire de l’espionnage radio contre la France… »

 Dites :

 « Jean Miniou a l’occasion de demander au chef du Parti national breton (PNB) s’il serait possible de se rapprocher des Alliés pour éviter de combattre un jour des cousins gallois. »

Ne dites pas :

« D’abord condamné à mort, Jean Miniou bénéficie d’une étrange clémence de la part des magistrats et n’est condamné qu’à six ans de travaux forcés, ce qui ne l’empêche pas de devenir un redoutable affairiste et de reprendre le combat en embauchant des militants bretons. »

Dites :

« Après la Libération, et quelques années de travaux forcés, Jean Miniou retourne à la vie civile et, assez rapidement, crée une entreprise de travaux publics et de promotion immobilière en région parisienne. Mais il n’est pas motivé par la réussite matérielle. Selon une devise « discrétion et efficacité”, Jean Miniou préfère venir en aide aux associations bretonnes, en particulier celles qui œuvrent pour la langue bretonne, comme les écoles Diwan.»

Ne dites pas :

« Il milite à la Mission bretonne, pépinière de nationalistes, et se signale lors de la sinistre affaire du presbital kozh à Landeleau par une rapacité qui provoquera une action en justice . »

 Dites :

« Il participe à l’aménagement des nouveaux locaux de la Mission bretonne » et a « très largement contribué à la restauration du manoir de Landeleau. »

Ainsi, vous aurez le portrait d’un vrai chrétien, d’un bon Breton et d’un ami de la Résistance, pour peu qu’elle soit représentée par un vaillant FTP prêt à copiner avec un aimable SS.

Et vous aurez l’un des héros de la nation bretonne telle que les militants s’emploient à la faire advenir.

 

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Prix Ibby international

 

Je reçois le prix Ibby pour ma traduction de La fenêtre de Kenny écrit et illustré par Maurice Sendak.

 

 

Ibby est une organisation internationale qui distingue chaque année pour chaque pays un auteur, un illustrateur et un traducteur. J’ai donc été la traductrice élue pour la France.

J’en suis d’autant plus contente que c’est, pour moi, une agréable vengeance car l’agent qui gère les droits de Sendak interdit de faire figurer le nom du traducteur sur la couverture (comme on peut le voir) et, pour mon éditeur, la non moins agréable certitude de voir trois mille exemplaires du livres envoyés de par le vaste monde.

 

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Les fils prodigues

 

 

Première au Théâtre du Maillon à Strasbourg du diptyque imaginé par Jean-Yves Ruf sous le titre Les fils prodigues.

Il est toujours émouvant de voir soudain surgir les personnages que l’on a imaginés en écrivant ou traduisant une pièce… Depuis le travail à la table, voilà déjà plusieurs mois, je ne savais pas ce que devenaient les deux pièces que j’avais traduites. Et tout devient tout à coup vivant, étrange, et l’on entend à neuf ce qu’on croyait connaître. Beau travail sur la solitude, et surtout sur ce moment que tout le monde attend, le moment de crête où tout est possible, tout peut encore réussir et l’instant d’après le temps se déchire…

La première pièce de Conrad, One Day More, que j’ai traduit par Plus qu’un jour après avoir longtemps hésité (il s’agit d’un leitmotiv du texte) a été écrite en 1904 d’après la nouvelle « Tomorrow » et a été représentée à Paris en 1909. C’est une épure de cette nouvelle et une pièce ténue, fragile, à laquelle Conrad tenait beaucoup.

Tout à l’opposé, La corde est une pièce de jeunesse  (représentée pour la première fois en 1918) où O’Neill expérimente ce qui fera la force de Désir sous les ormes, à savoir l’emploi de l’anglo-irlandais et les inclusions de citations bibliques. C’est une farce noire, brutale, tragique, tramée sur le chaos des langues. Normaliser le style ou le réduire à un patois vulgaire reviendrait à en faire un drame néorural quand tout repose sur le rythme, ciselé à la syllabe près. L’anglo-irlandais que j’ai transposé en franco-breton se heurte ici à l’argot de marin du fils prodigue, et l’on peut admirer la manière dont les acteurs passent de la langue de Conrad à celle d’O’Neill (véritable tour de force, que j’aurais aimé voir marquer en donnant un accent plus prononcé aux personnages d’O’Neill, mais Jean-Yves Ruf ne le voulait pas parce que la tradition française tend à faire de l’accent le signe même de la ruralité).

On pourra lire le beau compte rendu de Véronique Hotte, toujours sensible et attentive.

Reste à savoir quand je pourrai publier toutes ces traductions de théâtre… Combien de pièces d’O’Neill et d’O’Casey mises en scène et toujours interdites de publication…

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La découverte ou l’ignorance

 

 

 

Le journal Bretagne-Ile-de-France publie cette semaine un entretien que m’a accordé Vincent Jaglin, le réalisateur du film La découverte ou l’ignorance. J’ai mis cet article en ligne car il me semble que ce film, qui a obtenu le prix du meilleur documentaire d’histoire à Blois, montre bien comment s’exerce la censure en Bretagne : il a subi des coupes avant diffusion, il a été diffusé enlisé dans un débat qui en faussait le sens, puis la censure s’est exercée par le silence (pas une seule projection en Bretagne) et par l’invective (comme de coutume appuyée sur une accumulation de considérations historico-politiques biaisées).

Le film de Vincent Jaglin — qui, ayant découvert que ses grands-oncles s’étaient enrôlés dans les rangs du Bezen Perrot, a mené une enquête minutieuse —,  est  remarquablement courageux ; le journal Bretagne-Ile-de-France est, lui aussi, remarquablement courageux de poser le problème de la censure tel qu’il se pose en Bretagne, où les rares voix qui s’élèvent pour protester contre la propagande identitaire omniprésente sont réduites au silence — encore faut-il montrer comment s’exercent les mécanismes de censure :  le film de Vincent Jaglin en offre un bon exemple…

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P.O.L.

 

 

 

La disparition de Paul Otchakovsky-Laurens me fait une grande peine : un éditeur qui était à tout moment prêt à vous répondre, et qui pouvait mener un projet en payant de sa personne pour déblayer les obstacles, sans se soucier de rentabilité financière, en un temps où les directeurs éditoriaux ne vous parlent plus que « produits  », c’est si rare que Paul était une sorte de miracle vivant. Hélas, un miracle qui n’est plus vivant…

C’est lui qui, un jour, m’avait demandé de faire une édition des œuvres de Danielle Collobert. Pourquoi moi ? Pourquoi elle ? Il y tenait : c’était comme ça. Je lui ai dit que François Bon pouvait faire cette édition, mais François Bon préférait me laisser m’en occuper. Je lui ai dit que l’édition serait difficile car les manuscrits laissés par Danielle à sa mort n’étaient pas accessibles : il s’est occupé de les faire déposer à l’IMEC où j’ai pu travailler en tant que chercheur associé, aussi longtemps que je souhaitais, et avec l’appui d’Albert Dichy, toujours prêt à me faciliter la tâche (qui était loin d’être simple). Enfin, je lui ai dit que l’édition des œuvres d’un auteur aussi peu connu risquait de ne pas lui rapporter d’argent, mais l’honneur d’un éditeur est de savoir prendre des risques, m’a-t-il dit. Lorsque je lui ai annoncé, après quelques mois de travail, qu’il fallait, selon moi, publier en un seul volume les textes publiés par Danielle de son vivant, et les présenter comme un long poème, puis consacrer un second volume au journal, aux pièces radiophoniques et aux inédits, loin de refuser et de m’opposer l’argument du coût, il a accepté.

Au cœur de ce second volume, pour ouvrir sur les œuvres en collaboration avec Uccio Esposito-Torrigiani, j’avais retenu un magnifique récit d’Uccio —récit que Paul m’a dit vouloir supprimer. Après un long débat, il a cédé, et, plus tard, lors d’une soirée à l’IMEC consacrée à Danielle Collobert, il est venu me dire à l’oreille qu’il avait eu tort et que ce texte était essentiel. Quel éditeur se serait seulement souvenu de ce débat ? Et quel éditeur aurait eu la générosité d’avouer qu’il s’était trompé ?

En dépit de tous ses efforts pour faire connaître ces deux volumes, cette édition s’est heurtée à une indifférence quasi-totale, et je lui ai fait part de ma déception, comme si j’étais coupable de cet échec — mais ce n’était pas du tout un échec pour lui : certains livres connaissent une diffusion souterraine, m’a-t-il dit, l’essentiel est de les laisser frayer leur voie.

De fait, je reçois des messages de lecteurs qui me remercient. Cette édition a changé ma vie, m’ont dit plusieurs inconnus, rencontrés au hasard, et j’ai reçu de très beaux messages sur ce site.

Lors de l’hommage à Danielle Collobert organisé à l’IMEC, j’avais rédigé un spectacle à deux voix, partant de la pièce radiophonique que Danielle avait, toute sa vie, reprise. C’était une belle rencontre, et la présence de Paul Otchakovsky-Laurens m’apparaît à distance comme un présent amical, discret, fait pour vous accompagner même après sa disparition.

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