Tomber ou non dans le panneau : breton contre gallo

J’ai reçu d’un lecteur ce commentaire (à la suite de l’ hommage à Jean Le Dû qui rappelait son combat pour défendre le breton populaire contre la novlangue surunifiée inventée par les nationalistes et désormais imposée partout). 

« Pour illustrer la poursuite de cet alignement linguistique sur une novlangue chimique, j’ai eu la mauvaise surprise de découvrir voici 2 mois que sur le nouveau panneau mis en place par les équipes du département (l’ex DDE), le nom de mon village de naissance était maintenant « Ar Gozh Vourc’h » écrit au-dessous de son nom habituel « le vieux bourg » (sans majuscule). Ceci en plein pays gallo où si j’en crois les travaux de Jean Yves Le Moing le breton fut parlé peut-être jusqu’au 13eme siècle mais pas après. Qui plus est, la place de l’adjectif n’est même pas respectée. C’est irritant – je ne suis pas le seul irrité – mais ce n’est pas très grave depuis que le ridicule ne tue plus.

Irritant cette fois-ci pour mes oreilles, entendre récemment dans un reportage un air de pilé menu que mon père chantait et qu’il m’arrive également de chanter, ceci dans un gallo que je ne comprenais pas. Ma crainte est que la novlangue gagne aussi le gallo et que bientôt l’on reprochera aux derniers gallésants natifs – dont je suis – de chanter comme toujours essentiellement dans la langue savante à savoir le français et de réserver le gallo (j’ose dire le patois) au registre de l’intime comme tout badume qui se respecte. » 

© Yannick Mahieux

J’ai trouvé ce commentaire d’autant plus intéressant qu’en passant par le nouveau tronçon de 4 voies menant de Rostrenen à Rennes (la RN 64), j’ai découvert que les toponymes étaient accompagnés par des inventions de l’Office de la langue bretonne, créations ridicules imposées par le département (ou le conseil régional dans ce cas ?) avec la complicité de l’État (lequel refuse décidément de voir que l’opération en cours est précisément celle qu’avait concoctée Breiz Atao : effacer la Bretagne romane pour légitimer l’indépendance d’une pseudo-nation celtique). Plémet vient de devenir « Plezeved », Plumieux « Pluvaeg »  et La Trinité-Porhoët « An Drinded-Porc’hoed » (ne pas prononcer comme ça s’écrit). Il va de soi que jamais ces communes n’ont porté ces noms. 

Dans le cas du village de mon correspondant, Yannick Mahieux, la traduction du toponyme « Le Vieux Bourg » par « Ar Gozh Vourc’h » n’est pas seulement ridicule mais insultante puisque l’adjectif placé avant le nom est dévalorisant : il ne s’agit pas du « vieux bourg » mais du « bourg pourri », autant dire ce « sale vieux bourg pourri »… On remarque au passage que le nom français est composé en minuscules alors que le nom breton arbore de glorieuses et viriles majuscules. 

Yannick Mahieux m’a adressé le PDF de la revue Le Courrier indépendant qui relaie la protestation des habitants. Il y faut du courage…

En 2005, j’avais décidé d’appuyer la protestation du maire de la commune de Réminiac absurdement rebaptisée « Ruvineg » cependant que Monteneuf devenait « Monteneg » et Guer « Guern Porc’hoed »…

Il s’en était suivi une campagne de dénonciation de la part de militants nationalistes, campagne d’une telle violence que le maire en était resté désemparé. Les nationalistes barbouilleurs de panneaux avaient organisé (avec l’UDB) une manifestation de protestation contre le maire et ses complices qui avaient osé porter atteinte à la signalétique en déroulant du ruban adhésif noir sur les toponymes concoctés par l’Office de la langue bretonne. La presse régionale (qui n’avait pas fait état de notre protestation) leur avait accordé les honneurs.

Une association, l’AOSB, avait été créée pour soutenir  l’action des courageux élus qui protestaient mais comment se faire entendre dès lors que la falsification du cadastre est organisée par le conseil régional, les conseils départementaux et les municipalités ? En période de pénurie, l’argent afflue pour mettre en œuvre le vieux projet des nationalistes (lesquels n’étaient pas loin de considérer les hauts Bretons comme des sous-hommes et visaient à éradiquer le gallo, ce patois de ploucs, pour le remplacer par la noble langue celte qu’ils fabriquaient (1).  En 2011, à la demande d’une revue canadienne de linguistique, j’avais dénoncé cette violence faite aux habitants ; j’ai d’ailleurs mis cet article en ligne en relayant à l’occasion quelques protestations, mais cela n’a servi à rien. 

Il y a deux ans, une pétition a été organisée par divers militants qui entendaient protester contre la signalétique bretonne en pays gallo – anomalie qu’ils découvraient apparemment. L’un d’entre eux m’a dit qu’il avait proposé de me demander de signer leur pétition puisque j’avais de longue date souligné le problème. Mais cette suggestion avait été rejetée avec terreur : il fallait rester entre soi et surtout ne pas mentionner mon nom. Leur pétition a rassemblé plusieurs centaines de personnes. Au nombre des protestataires, des militants dont l’idéologie était en fin de compte aussi nocive que celle des nationalistes inventeurs de toponymes. Le gallo surunifié rejoint le breton surunifié dans le bataillon des idiomes créés par haine de la langue du peuple (un éminent professeur de breton ne m’avait-il pas déclaré qu’on « parlerait enfin un bon breton quand le dernier paysan aurait disparu » ? Telle était aussi somme toute l’opinion de Roparz Hemon). 

J’ajouterai que la « défense des langues de Bretagne » promue par les pétitionnaires n’est encore que poudre aux yeux puisque les subventions allouées au gallo ne représentent rien en regard des subventions attribuées breton (10% me disait un militant). 

« Le breton sur les panneaux », à en croire l’élu qui défendait le projet de signalétique bretonne en morbihan gallo, « c’est bon pour le tourisme ». L’exotisme à bon compte. Le monde comme si. 

Il est heureux de constater qu’il se trouve encore des personnes pour protester…

(1) En prime, un petit texte de Mordrel, l’un des fondateurs de Breiz Atao.

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« Ivanov » au TNP

Hier avait lieu la première d’Ivanov  au TNP à Villeurbanne. Jean-François Sivadier a choisi de mettre en scène la première version d’Ivanov, une comédie noire caractéristique du style du jeune Tchekhov, et d’y ajouter des extraits de la deuxième version de la pièce (revue par Tchekhov à la suite des critiques qu’il avait reçues). Nous sommes les seuls à avoir traduit cette première version et nous avons eu l’impression de la rédécouvrir, avec cet aspect novateur qui avait valu à Tchekhov les blâmes des critiques… 

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La septième saison des éditions Mesures

À dire vrai, nous avons un peu de peine à y croire mais, tandis que le monde s’enfonce dans le chaos, tandis que le monde de l’édition se bollorise à toute allure, nous poursuivons notre petite expérience d’édition libre, sans subventions, sans diffuseur, sans distributeur, sans service de presse, rien que des lecteurs et quelques libraires amis. 

Au nombre de ces amis, nous comptons Aliénor qui a créé la librairie indépendante Comment dire à Rennes et qui a été la première à avoir le courage de m’inviter (après exactement vingt ans d’inexistence absolue dans cette ville, suite à la parution du Monde comme si). C’est donc chez elle que nous avons choisi de présenter les six livres (pas cinq, cette fois) de cette saison. Puissent les lecteurs les faire vivre comme les précédents !…

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Bonne année

© FM

Du soleil sur la neige… la haute Cornouaille, cette année, avait un air étrangement russe, et la lumière du soleil elle-même, froide et claire, rappelait la lumière des hivers russes. 

Lorsque l’heure de minuit en Russie a sonné, les joyeux échanges attendus se sont, pour la première fois, y compris depuis l’époque de la censure soviétique, heurtés au silence : contact coupé avec la France, pas de vœux, le vide. 

Puissent les vœux interdits imposer leur force fragile, puisse le soleil l’emporter sur la neige. 

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Noël sous la neige

J’ai déposé hier Présages de la neige, le premier volume de Sur champ de sable, à la Maison de la Presse de Rostrenen, et tout le monde a été surpris car, de fait, on annonçait de la neige pour Noël. Étrange au réveil de voir sous la neige l’endroit qu’évoque le livre… comme si le rêve qu’il évoque se réalisait juste le temps d’un temps hors du temps. 

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Pathelin chez Victor

Entrer dans la maison de Victor Hugo, place des Vosges, donne l’impression d’être entouré par le souffle d’un bon génie plein d’indulgence qui vous invite à vous inspirer de son exemple, tout chétif que vous soyez… Samedi a lieu le début du nouveau travail avec les élèves du Conservatoire Francis Poulenc  dans cet endroit magique.

L’an dernier, nous avons travaillé sur ma traduction de Roméo et Juliette (hommage au William Shakespeare de Hugo et à l’immense travail de traduction de son fils François-Victor)Cette année, nous travaillons sur ma traduction de La Farce de maître Pathelin (hommage à la passion de Hugo pour la littérature médiévale) et nous allons peut-être travailler aussi sur Le Nouveau Pathelin et Le Testament de Pathelin que je désespérais de voir jouer un jour… 

Tous les élèves des conservatoires devraient commencer par étudier La Farce de maître Pathelin, je ne cesse de le répéter mais sans jamais être entendue – sauf par Éric Jakobiak, enfin, cette année… 

C’est notre première comédie (le mot apparaît à la fin de la pièce) et la mise en scène de Daniel Dupont avec Pierre-François Garel dans le rôle de Pathelin (à l’Aire libre) a montré que ce texte n’avait rien perdu de son pouvoir de faire rire. Pierre-François Garel était d’ailleurs entré au Conservatoire national d’Art dramatique en jouant une scène de La Farce de maître Pathelin dans ma traduction. 

Les spectateurs peuvent venir assister à 19 heures à notre première lecture. Elle aura lieu dans la pièce où Victor Hugo recevait ses amis, Gérard de Nerval, Théophile Gautier dont les ombres semblent encore passer…

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Luzel à l’Âge d’or…

Vendredi prochain 12 décembre, je suis invitée à parler de Luzel à l’âge d’or de France, 62 rue Amelot dans le XIarrondissement – une telle rencontre, qui serait naturellement impossible en Bretagne, est l’occasion de rendre justice à un chercheur dont le travail est plus que jamais trahi… En 2021, le bicentenaire de la naissance de Luzel a été l’occasion d’une formidable illustration du poids de la censure qui s’exerce en Bretagne : alors que l’argent coulait à flots pour célébrer La Villemarqué, le père du nationalisme breton, redoutable faussaire dont il avait dénoncé les falsifications, Luzel avait droit à une portion congrue si ridicule que le silence aurait été plus digne. Du moins les éditions Mesures nous ont-elles permis de rassembler en un volume la synthèse de mes recherches (y compris les disques de contes disparus des éditions Ouest-France) et de rendre à Perrine, la sœur de Luzel, la place qui lui revenait. Les Contes de Bretagne, sans un article, sans rien que le soutien des lecteurs, en sont à leur deuxième tirage. Je tiens beaucoup à ce livre car il permet de partir des carnets de collectage de Luzel que Pierre Denis m’avait interdit de publier, y compris en me traînant devant les tribunaux et en publiant une édition falsifiée de ces carnets, pour arriver à une version de ses plus beaux contes accessible aux enfants par l’écrit et par la voix – comme si je remontais le courant pour revenir à la voix… Espérons que les conteurs de l’Âge d’or de France continueront de leur rendre vie.  

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Les sonnets de Shakespeare

Après notre week-end de travail à l’ADEC sur les sonnets de Shakespeare, André a publié une chronique sur Facebook qui rendait compte de cette expérience amicale, passionnante et joyeuse, et il en a profité pour évoquer une autre expérience amicale, passionnante et joyeuse menée par David Gauchard (dans le prolongement de son travail sur Shakespeare et plus précisément sur les sonnets avec des lycéens). André a intitulé sa chronique « Ce qui fait vivre ». Je me contente de la reproduire ici pour ceux qui (comme moi) ne sont pas sur les réseaux sociaux. J’ajouterai que ce qui est touchant est la manière dont ce livre vit sa vie depuis le cœur de notre microscopique maison d’édition et de cercle en cercle touche des personnes qui ne le savaient pas et nous sont proches. 

Ce qui fait vivre 

Pendant deux après-midis, Françoise et moi, nous avons travaillé à l’ADEC de Rennes, – avec des amateurs, donc, – sur l’invitation d’Élise Calvez, sur des sonnets de Shakespeare. Nous avons travaillé, et nous serions encore, ce matin, sur un nuage si nous vivions hors du monde. 

Ils étaient dix-huit, hommes et femmes, de tous âges – et nous ne les connaissions pas (nous connaissions, par hasard, juste un des stagiaires). Nous avions demandé qu’ils aient notre édition, – c’est tout. – L’idée était toute simple : ils choisissent un sonnet, et ils le lisent. C’est à dire qu’ils le disent. Les uns après les autres. – Ils les disent et, les disant, nous les explorons ensemble, nous essayons de les comprendre, de montrer la structure, – et, à chaque fois, évidemment, nous revenons à la source même de notre traduction, au travail sur le son, puisque, littéralement, les sonnets, ça doit sonner, et les sonnets de Shakespeare, destinés à la lecture des yeux (à l’inverse de ses pièces, qui ne n’existent, pour lui-même, que par la scène et en dehors de la parole écrite), sont aussi, et surtout, conçus par être lus à haute voix, tellement la structure sonore en est intense, riche, totalement musicale, – sauf que cette lecture n’est pas une lecture sur la scène : non, c’est une voix portée de l’un vers l’autre, une voix intime, la voix d’une personne donnée. Lire, donc, c’est d’abord essayer de comprendre, – et, s’agissant d’une traduction, et puisque nous le disions en français, revenir à la compréhension, instinctive, que nous, Françoise et moi, avions eue de chaque texte pour arriver à celui que nous proposons au lecteur, et donc confronter cette compréhension, à trois ans de distance aujourd’hui, puisque notre édition est parue en 2022, avec l’original. Comprendre et, en même temps (pas d’abord, non, en même temps), dire, – c’est-à-dire faire comprendre ce que nous avons compris, dire, c’est-à-dire d’abord, évidemment, faire entendre la structure, le mètre, la construction d’un sonnet anglais (très différente de celle des sonnets français), – trois quatrains et un distique de conclusion ou de retournement, avec ce renversement obligatoire, d’une façon ou d’une autre, au début du troisième quatrain, mais aussi, à chaque fois, faire attention à la matière sonore, aux allitérations, soulignées ou non (et il est rare que nous les soulignions, – parce que Shakespeare ne les souligne que très rarement), bref, essayer de donner à chaque stagiaire la sensation d’une matière organique, dans laquelle le sens lexical des mots n’est qu’une partie du sens, avec la mémoire des images et la matière sonore, et le jeu du mètre avec le rythme. Leur donner cela, – en très peu de temps, c’est si peu, finalement, sept heures de travail effectif en tout – et, en même temps, essayer de comprendre comment, en eux, – à chaque fois d’une manière différente, – il est possible de trouver une voix, – une voix que, très souvent, ils ne soupçonnent pas, ou ne pensent pas qu’ils ont, – comment poser la mélodie du vers, poser les mots devant les autres, comment rendre évident ce qui, soudain, ou pas soudain (ou bout de trois ou quatre essais) leur est, à eux, devenu évident. 

Nous avons travaillé sur, donc, dix-huit sonnets, qu’ils ont choisis, et, hier, Françoise a proposé un ordre de lecture, pour revenir au mystère de ce livre, – à ce qu’elle appelle ce roman éclaté qu’il contient, – l’amour d’un homme d’âge mûr envers un « doux garçon », visiblement de la haute noblesse, – un garçon dont tous les érudits cherchent à savoir le nom (mais l’humour, sidérant, de Shakespeare est de dire qu’il le rendra célèbre, sans jamais le nommer, et donc, nous ne savons pas qui c’est), – un amour sombre, plein de péripéties, avec cette espèce de ménage à trois avec « dame sombre » (dark lady), un amour qui passe par les intonations les diverses, lumineuses, ironiques et, le plus souvent, terriblement noires, – mais, en même temps, de cet amour mystique, affirmé comme une prière quotidienne. Et, je le dis comme c’est, c’était bouleversant de voir ces stagiaires travailler, de les voir s’offrir, les uns aux autres (je ne sais pas si tous se connaissaient avant, – sans doute pas), des textes magnifiques. Et puis, il y en avait parmi eux qui parlaient un anglais formidable, et, donc, ils lisaient, eux, deux textes – le texte anglais, et le texte de notre traduction. C’était, oui, magnifique. 

La veille au soir, dans la – formidable bibliothèque de l’ADEC, – qui présente des milliers de livres de théâtre, – Elise Calvez a mené une discussion avec nous, sur la traduction, – la traduction du théâtre, mais aussi sur cette entreprise qui, aujourd’hui, prend toute notre vie en miroir, – les éditions Mesures. Et le monde qu’il y avait, et les questions posées, et cette chaleur humaine qui se dégageait, vraiment, nous étions très touchés.

*

Nos sonnets de Shakespeare chez Mesures, ils continuent de vivre. David Gauchard, de la Compagnie de L’Unijambiste, au gré des tournées (beaucoup trop rares) du Macbeth qu’il a monté (et, oui, je pense que cette mise en scène est un chef d’œuvre, j’en ai parlé, ici, il y a bientôt deux ans, pour la création à Quimper), travaille avec des classes de lycée, sur Shakespeare, avec ses amis et ses acteurs, – ici ARM, et Emmanuelle Hiron (qui n’est pas sur le spectacle). Ils travaillent sur les sonnets de Shakespeare que nous avons traduits, – c’est-à-dire qu’ils les font lire aux élèves, avec une musique originale, créé, à chaque fois, quasiment en direct, par ARM, – musique interprétée aussi par les élèves selon les possibilités. Et imaginez ce que nous avons découvert, – vous l’avez dans l’image qui illustre cette chronique (il faut scanner le QR code pour entendre) : ils étaient à Perpignan, pour deux représentations. ARM et Emmanuelle ont travaillé comme ça, pour arriver, avec des élèves de seconde (!…) à ce qu’ils aiment ces textes, et qu’ils les disent, eux aussi, pour ce qu’ils sont, une poésie sublime, qui leur parle à eux, d’une façon ou d’une autre, – et j’insiste sur ça : on ne leur parle pas de leur propre vie dans « les quartiers » (et Dieu sait qu’il y aurait quoi dire à Perpignan), non, on ne leur parle pas d’eux de l’extérieur (et c’est ce que je déteste, le plus souvent, dans les interventions « périscolaires », quand des artistes, hors venus, viennent parler aux jeunes de la vie des jeunes – une forme, finalement, de paternalisme colonial, dont les élèves sentent mieux, le plus souvent, les implications que les intervenants eux-mêmes). Non, on leur parle d’un étranger total, – des sonnets écrits en 1600, – et on les fait entrer dedans, et c’est cette confrontation, organique et bienveillante, avec un étranger total qui les approfondit eux-mêmes, au sens où elle leur fait découvrir, en eux, des profondeurs et des dons qu’ils ne soupçonnaient pas. Qui les rend plus forts, plus présents, à eux-mêmes et aux autres. C’est ce travail qui met la poésie, nous dirons ça comme ça, dans la cité. Sans les flatter dans le sens d’aucun poil, sans nulle exaltation d’un misérabilisme, sans nulle revendication identitaire. Juste ça : des voix, uniques et ensemble, pour dire ce qui est beau, – et, le sentir ensemble, et chacun en lui-même, que, oui, c’est beau : pas seulement ces sonnets, mais eux qui les ont dits. Oui, ils sont beaux. Tous. 

C’est ça qui rend vivant.

Parce que nous sommes morts si, dans la lutte quotidienne pour une cause, ou juste pour la vie au jour le jour, nous oublions le but : nous sommes vivants quand nous sentons que c’est beau. Quoi que ce soit, ce « beau ». Et oui, je le dis comme je le sens, c’était beau d’entendre ces amateurs de l’ADEC, et c’est beau d’entendre ces élèves, – que je ne connais pas, que je ne verrai jamais. Et vous n’imaginez l’émotion que c’est, pour Françoise et pour moi, de savoir que, chacun et chacune, David Gauchard leur a offert un exemplaire de notre édition. Un livre qu’ils ont contribué à faire vivre.

À titre informatif, j’ajoute que notre travail pour l’ADEC nous a amené à constater que notre édition des Sonnets était absente de toutes les bilbiothèques de Rennes (à part celle de l’ADEC). On ne les trouve ni aux Champs libres ni à la Bibliothèque interuniversitaire (la censure est d’ailleurs volontaire puisque sur les 32 titres des éditions Mesures, seul le recueil des contes de Luzel a été retenu, sans doute parce qu’un lecteur en a fait la demande). 

Aux Champs libres, si l’on cherche Clair soleil des espritsqui prolonge la traduction des Sonnets, on tombe sur un recueil de chants scouts. Inutile de chercher ma traduction de Roméo et Juliette, qui est aussi le prolongement des Sonnets, bien qu’il y ait aux Champs libres plus de vingt éditions, y compris les pires adaptations, et à la BIU, 2 489 résultats si l’on s’intéresse aux Sonnets de Shakespeare. 

La seule solution pour que nos livres soient présents en bibliothèque est que les lecteurs fassent une demande d’achat et soient prêts à la renouveler… Bon courage !

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Rencontre à l’ADEC 

Demain samedi à 19 heures, rencontre à l’ADEC- Maison du théâtre amateur, à Rennes, ou plus précisément à la Bibliothèque théâtrale Guy Parigot, 16 rue Papu. L’ADEC (Art dramatique-Expression-culture)fait depuis 1970  un travail remarquable, pas seulement à Rennes et dans le département mais dans toute la Bretagne. 

La rencontre fait suite à un travail autour des sonnets de Shakespeare qui se prolongera le lendemain, avec (qui sait) présentation des sonnets à la fin…

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Les fables de Tolstoï

De retour sur son domaine de Iasnaïa Poliana après avoir démissionné de l’armée, Tolstoï a ouvert une école pour alphabétiser les enfants des paysans. Au fil des années, il a écrit des fables, des contes, des récits destinés aux enfants, textes qu’il a rassemblés, à la fin de sa vie, dans ses quatre Livres russes de lecture auxquels il tenait plus qu’à ses autres œuvres, à en croire divers témoignages. 

L’arrière-petit-fils de Tolstoï a demandé au peintre (mais pas que peintre) suédois Jockum Nordström d’illustrer un choix de fables de son grand-père. Je n’avais jamais entendu parler de Jockum Nordström et ç’a été un plaisir de découvrir ses collages, ses aquarelles, ses sculptures de papier, bref, un monde plein de délicatesse et comme pris à l’instant de disparaître. 

Ce sont les illustrations de Jockum Nordström qui ont fait que nous avons aussitôt, André Markowicz et moi, accepté de traduire ces fables de Tolstoï. 

Pour moi, il était particulièrement intéressant de comparer le traitement de la fable par Tolstoï et par Marie de France. Pour Marie de France, comme pour La Fontaine, ce qui importe, c’est la ciselure du vers, l’humour et la morale incisive. Pour Tolstoï, la prose est suffisante et la visée pédagogique toujours présente, même implicite en l’absence de morale finale. Les personnages s’accordent bien avec les petits découpis de Jockum Nordström qui surgissent comme autant d’apparitions. 

Le livre est paru la semaine dernière. 

Il doit être lu à voix haute car les textes se fondent parfois avec la couleur, ce qui peut déconcerter les enfants. Pour en avoir un petit exemple, cherchez le nom des traducteurs en quatrième de couverture… 

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