Signe de vie

Une image d’Évelyne Girardon

Tel est le message qui, tout au début du confinement, m’a été transmis par des amis qui sont sur Facebook (moi, non, et, là, je l’ai regretté). 

Avec ce post d’Évelyne Girardon pour viatique, je me suis lancée dans une recherche qui s’inscrit dans la suite de Sur champ de sable et je me suis souvenue de notre rencontre à Clamecy. 

C’était en 2000. La FAMDT organisait un colloque en hommage à Achille Millien, immense folkloriste qui avait été en relation avec François-Marie Luzel. J’émergeais tout juste de l’Affaire Luzel, des procès, de la thèse soutenue sous haute protection, des éditions poursuivies à un rythme effréné avec la concurrence de mon ex-directeur de thèse et de ses affidés, poseurs de bombes et autres. 

Le colloque s’intitulait De l’écriture d’une tradition orale à la pratique orale d’une écriture, et je ne mesurais pas à quel point cette problématique allait être celle de mon propre travail. Je savais simplement que, pour la première fois, l’occasion d’exposer ce qui avait été à l’origine de l’Affaire Luzel m’était offerte. Pour la première fois aussi, le débat que les procès, menaces et autres avaient tenté d’interdire avait une chance d’être ouvert, et, cette chance, j’étais bien décidée à la saisir.  

J’avais intitulé ma communication « Luzel ou le mythe de la fidélité ». Il s’agissait pour moi de montrer que la doxa faisant de Luzel (le chercheur scientifique) la caution de La Villemarqué (l’esthète) était une construction à visée politique : les nationalistes, devant, coûte que coûte, légitimer les productions de La Villemarqué à la gloire de Dieu et de la nation bretonne, ont réussi à mettre à son service celui qui avait été son adversaire le plus tenace. 

Précisons tout de suite que la doxa est plus étouffante que jamais et que cette communication n’a été suivie d’aucune autre, ma thèse étant passée sous silence et l’édition de Luzel ayant disparu (inutile d’épiloguer, voir le chapitre Censure). 

En route, alors que nous faisions halte sur une aire de repos, le téléphone avait sonné : c’était une invitation de l’Élysée d’avoir à nous rendre à un dîner avec Poutine et le président de la République. Nous avons décidé de refuser, et le colloque de Clamecy nous est apparu comme une excuse suffisante.   Il allait surtout nous donner l’occasion de découvrir les chansons collectées par Millien et, plus encore que ce disque extraordinaire, Le Pommier doux, publié en hommage à Millien (dont j’étais loin de me douter alors que je publierais le meilleur de sa collecte de contes), le répertoire d’Évelyne Girardon, parmi tant d’autres qui interprètent les vieilles chansons françaises que Nerval aimait tant. Ainsi, trésor parmi tant d’autres, « Montagne que tu es haute »…

Après avoir commencé d’explorer le répertoire de la chanson française, tel que le promettaient les disques édités par Évelyne Girardon, je me suis rendue chez mon disquaire pour lui demander ce que je pouvais trouver en complément. Il m’a conduite devant un mur couvert de productions néoceltiques, Tri Yann, Stivell, Dan ar Braz, cantiques, musiques sacrées, bombardes et orgues, tambours bretons, bagadou, bals bretons. J’ai dit que ce que je demandais, c’étaient des chansons françaises traditionnelles. Le vendeur m’a regardé d’un air supérieur :

— C’est ce qu’y a de mieux en trad. Et puis d’ailleurs… 

Et, là, le mot fatal :

— Yaksa. 

J’ai alors compris que le combat de Luzel était un combat plus actuel que jamais et que les recherches, les concerts, les disques d’Évelyne Girardon étaient un trésor qui faisaient de ce combat politique un combat pour la simple beauté, accessible à tous, dans sa fragilité. 

C’est grâce à des soutiens comme celui d’Évelyne que nos livres peuvent vivre. 

Et, en plus, elle a accepté d’enregistrer juste comme ça cette chanson que j’aime particulièrement.

Je l’avais naguère transmise à Pierre Meunier pour son spectacle contre la lourdeur des choses…

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Les trois sœurs demain

Demain, à 20 h 30, sur le site de la Comédie française, sera diffusée la captation de la mise en scène des Trois sœurs par Alain Françon, mise en scène mémorable et qui n’a jamais été égalée…

J’ai un peu évoqué ici le travail de traduction mais il aurait surtout fallu parler du travail à la table, avec la découverte du personnage de Macha, et cette extraordinaire interprétation du rôle d’Irina par Georgia Scalliett qui, tout juste sortie de l’ENSATT, avait là son premier rôle, un rôle qui allait lui valoir un Molière…

Nous ne savions pas qu’une captation avait été effectuée et nous ne l’avons pas vue mais c’est une soirée à ne pas manquer, même si, bien sûr, une captation n’est jamais qu’un pis aller. En tout cas, une belle occasion d’échapper au confinement.

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La gigue du père Fouettard et la berceuse du marchand de sable

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Deux livres qui paraissent le jour où, sur ordre du gouvernement, toutes les librairies ferment, qui aurait cru vivre cette aventure ?

Les deux livres les plus importants de la collection Coquelicot sont pourtant parus, et j’ai même eu la chance de recevoir mes exemplaires d’auteur dans le dernier colis qui me soit parvenu.

Ils sont très beaux, doux, légers, fins, illustrés avec soin et je peux dire qu’il faut rendre hommage à Pierre Favreau qui, en plus, comble d’ironie et encouragement à la flemme, avait travaillé comme un fou pour rendre ses images à temps… 

Depuis des années, Christine Morault, qui dirige avec Yves Mestrallet les éditions MeMo, cherchait un illustrateur pour ces deux livres écrits en miroir. Il fallait que cet oiseau rare soit sensible à la poésie, capable de s’inscrire dans la suite des trois premiers livres (illustrés par Florie Saint-Val, Irène Bonacina, Julia Woignier qui toutes avaient donné le meilleur de leur talent) et, plus difficile encore, capable de rendre tout à la fois la douceur des berceuses et l’humour féroce des chansons atroces… 

Encore tout cela n’était-il rien : une illustratrice tchèque avait été élue, puis récusée, car il fallait d’abord et avant tout être capable de rêver à partir de personnages et de thèmes qui hantent l’imaginaire des enfants de France, sans même qu’ils s’en doutent, et ce qui importait dans la représentation de ces personnages était ce qui n’était pas dit. 

Plus difficile encore, du père Fouettard au marquis de Carabas, ces personnages que tout le monde connaît sans les connaître supposaient que l’illustrateur accepte la part d’angoisse des rêves d’enfant et jongle avec l’humour. Et là était bien l’essentiel…

Enfin, Pierre Favreau s’y est risqué et, pour la première fois, alors que d’habitude l’auteur a juste à constater quel illustrateur a été choisi et comment il a interprété son texte, j’ai été consultée… De cette expérience unique de concertation libre entre l’éditeur, l’auteur et l’illustrateur sont nés ces livres qui sont vraiment ceux auxquels je tiens le plus. 

Hélas, ils existent sans exister. 

Ne les commandez pas sur amazon, attendez qu’une vraie librairie rouvre…

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Étranges aveux

Achevons notre parcours dans les eaux glauques du nationalisme breton par les hommages rendus à Patrick Le Lay qui sont autant d’aveux.

Ainsi Charlie Grall, le terroriste devenu l’éminence grise et le thuriféraire du maire de Carhaix, Christian Troadec, salue-t-il en Patrick Le Lay un vrai Breton, toujours prêt à soutenir financièrement les « prisonniers politiques bretons » du FLB. Il sait de quoi il parle et s’exprime en tant que président de Skoazell Vreizh, le Secours breton, créé pour venir en aide aux terroristes et à leurs familles.

Un autre militant nationaliste, un certain Le Touze, salue « un Breton au service de son pays » qui a voulu avec TV Breizh faire « un super truc pour la Bretagne », mais s’est heurté aux « anti-Bretagne », à savoir Télérama et moi, qui, à nous seuls, avons réussi à faire capoter l’opération — mais, attention, à cause aussi de la « nullité du petit milieu audiovisuel breton totalement à la ramasse », de la « nullité des élus bretons » (à l’exception de Le Drian) et de la morgue de l’équipe de TV Breizh, « grisée par le pouvoir de TF1 ». Ainsi s’explique enfin ce plongeon collectif.

L’Institut de Locarn dont Patrick Le Lay a été l’un des premiers et des plus fervents soutiens, avec Patrick Poivre d’Arvor, garde une prudente réserve, mais, pour en savoir plus, vous pouvez lire l’article du Groupe Information Bretagne qui, certainement, ne risque pas d’être repris ailleurs.

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Réédition de « Miliciens contre maquisards »

Comme une étrange suite de l’affaire Drezen, voici la sixième édition de Miliciens contre maquisards… plus actuelle que jamais, au moment pourtant où toutes les librairies sont fermées.

Il est rassurant de voir que ce livre poursuit son petit bonhomme de chemin malgré la censure et la réécriture de l’histoire officialisée en Bretagne.

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Affaire Drezen : après la déculottade, la déculottée

En plein cœur de la campagne pour les élections municipales, le fils de Youenn Drezen se fait filmer à Quimper pour dénoncer le maire de Pont-l’Abbé qui a décidé de débaptiser la rue Youenn Drezen après lecture des textes racistes et antisémites par lui publiés sous l’Occupation dans la presse nazie. 

Le fils de Youenn Drezen trouve que les textes de son père ne sont ni racistes ni antisémites. Il a le soutien du président du Conseil culturel de Bretagne et de l’historien autonomiste Kristian Hamon. La polémique enfle, relayée par la presse régionale. 

On m’accuse d’avoir traduit « yuzevien » (les juifs) par « youtres » : je fournis la page où Drezen se moque des youtres (« yourdou ») et le texte qui figure en face d’une caricature antisémite. Cela ne sert à rien : le « monde comme si » imposant sa loi au militant nationaliste, placé devant cette page, le fils de Youenn Drezen n’y voit rien à redire.

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Il se garde bien de préciser qu’il est lui-même un militant autonomiste qui se présente sur la liste Rennes-Bretagne-Europe du rockeur Franck Darcel (le nom même du parti résume son programme, la Bretagne devenant une nation d’Europe libérée de la France). L’essentiel est de faire passer Drezen pour un « bouc émissaire » dans une campagne « antibretonne » et d’empêcher le maire d’être élu. 

Résultat : le maire est élu au premier tour, la liste « de gauche » qui comptait Yves Canevet, défenseur de Drezen, est éliminée et la liste de Darcel fait un score lamentable (1, 9%) à Rennes. 

Enfin, une prise de conscience commence à se faire jour à gauche  : en témoigne le bel article écrit à ce propos comme un appel à vigilance. Merci aux lecteurs qui me l’ont signalé. 

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Affaire Drezen : déculottade

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Au beau milieu de la polémique déclenchée par le fils de Youenn Drezen qui nie l’antisémitisme de son père, l’historien autonomiste Kristian Hamon se fend d’une « lettre ouverte » à moi adressée. 

Cette « lettre ouverte » assez comique par le ton employé (on croirait ces dialogues de la comtesse de Ségur où l’on s’échange des « Madame » « Môssieur » sur un ton ulcéré — mais bon, nous ne sommes pas là pour étudier le style des nationalistes bretons) avait surtout le mérite incongru d’appeler à lire ce qu’il avait lui-même écrit dans son premier livre au sujet de l’antisémitisme de Drezen. 

La réponse était : rien. 

Mieux encore, il y présentait en conclusion les déchaînements racistes, antisémites, antifrançais de Drezen, Hemon, Eliès, Langlais et tant d’autres dans la presse nazie comme « quelques dérapages littéraires du plus mauvais effet ». 

Mortifié d’avoir à relire sa prose, Kristian Hamon, qui a la mémoire courte, ce qui est dommageable pour un historien, répond par une nouvelle déculottade : puisque c’est comme ça, je retire ma « lettre ouverte ». 

Habituée aux méthodes des nationalistes, j’avais pris soin de la donner en PDF ; les lecteurs peuvent donc en prendre connaissance en même temps que de ma réponse. 

Cela augmentera le nombre des 76 000 lecteurs qu’à l’en croire, je lui ai fournis. 

On observera que le militant nationaliste, face à une femme qui ose lui opposer des arguments factuels, se dispense de répondre : il dispose d’un argument massue, à savoir qu’elle agit par amour pour lui. Soit c’est de la haine, soit c’est de l’amour, et le charme du militant étant forcément très grand, la conclusion s’impose. 

En 2012, après avoir subi pendant deux ans ses attaques sur le Forum de la Seconde Guerre mondiale, j’avais fini par répondre. Incapable d’opposer le moindre argument en réponse, il s’était, de même, retiré (je reprends son mot) — ainsi ma réponse avait-elle été censurée et tout débat interdit

Ses attaques ayant repris, j’ai pu démontrer qu’il avait volontairement dissimulé la présence des tortionnaires du Bezen Perrot à Bourbriac en recopiant deux documents sans mention de source après avoir coupé les passages qui évoquaient la présence du Bezen.  

Le problème est bien que ces militants — mis en place par le mouvement breton pour occulter les recherches qui risquaient d’avoir lieu lorsque les archives s’ouvriraient — font autorité, quelle que soit la médiocrité de leurs productions. 

L’affaire Drezen aura eu aussi le mérite de montrer le machisme du mouvement breton, cet indécrottable machisme hérité de Breiz Atao, cet humour gras et pontifiant qui était précisément celui de Drezen.

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Affaire Drezen : les mensonges ont la vie dure

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Le journaliste du Télégramme qui avait donné la parole au fils de Youenn Drezen assurant que son père n’avait été ni raciste ni antisémite m’a invitée à répondre à quelques questions, ce que j’ai fait, en donnant à l’appui la page de L’Heure bretonne où figure l’article de Drezen sur les « bobards des youtres », en face d’une caricature antisémite. C’était la première fois depuis vingt ans que l’on me donnait la parole dans la presse régionale, ce qui mérite en soi d’être noté.

Surprise : cet entretien est publié mais bien écourté, et la page de L’Heure bretonne est remplacée par un portrait de Drezen. 

Plus surprenant encore : le maire de Pont-l’Abbé, qui était pourtant concerné au premier chef puisque c’est lui qui a pris la décision de débaptiser la rue Youenn Drezen, n’a droit qu’à quelques lignes. 

Et nous ne sommes pas au bout de nos surprises : alors que le maire évoque le caractère « pro-allemand et aussi pro-fasciste » des écrits de Drezen, figure en face un témoignage intitulé « Aucune sympathie pour les idées fascistes ». 

Et ce témoignage émane d’André Buanic, le professeur d’allemand qui, comme je le rappelais, avait traduit un florilège de textes illustrant le racisme et l’antisémitisme Drezen lors de la polémique provoquée par l’hommage rendu à Drezen en 1999. 

« Le Lesconilois André Buanic fut le premier à avoir provoqué une polémique en traduisant, il y a vingt ans, les écrits de Youenn Drezen sous l’Occupation ». C’est totalement faux. L’hommage à Drezen par la mairie de Pont-l’Abbé a eu lieu les 17-18-19 septembre 1999. 

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Une protestation d’associations laïques, basée sur la traduction des textes de Drezen que j’avais rédigée pour m’élever contre la réédition de ces textes par le professeur Per Denez a eu lieu début septembre 1999. Le 10 décembre (suite à une interview de deux des organisateurs de l’hommage à Drezen avouant qu’ils avaient eu tort de ne pas mieux s’informer) la polémique a éclaté. Un militant nationaliste a lancé des accusations très violentes, à quoi les personnes qui avaient protesté contre l’hommage à Drezen ont répondu. Ce n’est que le 24 décembre, donc au milieu de la polémique, qu’André Buanic a publié des traductions d’écrits de Drezen, venant à l’appui de ceux que j’avais remis et qui avaient été utilisés pour étayer la protestation. Ses traductions et ses commentaires étaient excellents et je n’ai pu que me réjouir de voir que la responsable de la rédaction avait le courage de les publier.

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André Buanic semble à présent avoir oublié la teneur de ses traductions.  Drezen n’avait « aucune sympathie pour les idées fascistes ou nazies », déclare-t-il.

Pas de sympathie pour les idées fascistes ? C’est lui-même qui évoque l’éloge de Mussolini par Drezen le 15 août 1943. 

Pas de sympathie pour les idées nazies ? C’est lui-même qui commente la collaboration de de Drezen au « journal pro-nazi L’Heure bretonne » et conclut, blâmant ceux qui refusent de voir la vérité : « On pourrait qualifier ce genre d’attitude de révisionniste : négation ou atténuation délibérée du passé hitlérien ». 

À présent, il explique qu’« aujourd’hui encore certains [lui] tiennent rigueur » d’avoir osé traduire des textes de Drezen. De fait, nombreuses sont les personnes qui ont osé protester et qui ont ensuite, face à la terreur exercée par les militants bretons, préféré oublier ce qu’elles avaient dit. Nous en avons un triste exemple. Mais les écrits restent.   

Les traductions d’André Buanic sont tout à fait probantes. Sur la traduction de « yourdou » par « youtre », qui m’a été reprochée par le fils de Drezen, il est parfaitement clair.   

Même si la polémique a duré jusqu’en mars, la conclusion a été, je pense, formulée par la maire lors des vœux : « Si j’avais été informée, la ville n’aurait pas honoré la mémoire de l’écrivain comme elle l’a fait et le conseil général n’aurait pas financé cette opération. » 

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Vingt ans après, le maire n’a fait que prendre acte des informations connues depuis 1999. 

Les mensonges ont la vie dure. 

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Affaire Drezen : la propagande bat son plein

L’Heure bretonne, 18 juillet 1942
Drezen publie un long article à la gloire du journal des frères Caouissin O lo lê ! juste sous cet article en première page de L’Heure bretonne

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Bref rappel des faits : en 1999, la mairie de Pont-l’Abbé rend hommage à un militant nationaliste breton, membre de la première heure du mouvement raciste Breiz Atao, puis collaborateur des nazis et auteur de textes antisémites publiés sous l’Occupation dans la presse nationaliste subventionnée par les services de propagande allemands. 

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Ces textes avaient été réédités comme dignes d’éloges par le professeur Pierre Denis dit Per Denez. Ayant traduit un florilège de ces productions pour protester contre leur réédition (protestation sans effet, les responsables de l’Institut culturel de Bretagne qui avaient subventionné cette édition refusant de lire les traductions que nous leur avions portées, André Markowicz et moi), j’ai remis ce florilège aux personnes qui protestaient alors contre cet hommage. Un professeur bretonnant de Lesconil, André Buanic, a aussi adressé ses traductions à la presse. Ainsi le racisme et l’antisémitisme de Drezen sont-ils établis depuis plus de vingt ans. 

Cependant, alors même qu’un dossier dénonçant l’antisémitisme de Drezen était disponible, un ouvrage, lui aussi publié sur fonds publics par l’Institut culturel de Bretagne invitait à donner son nom à des lieux de Bretagne. Le nom de Youenn Drezen, Xavier de Langlais et autres collaborateurs des nazis est donc attribué à des rues par des municipalités qui ignorent l’itinéraire de ces militants séparatistes. D’après le fils de Drezen, trente rues portent déjà son nom…

En 2019, un courageux professeur de Pont-l’Abbé, Daniel Quillivic, traduit à son tour les textes de Drezen parus dans la presse collaborationniste, notamment L’Heure bretonne, et constitue un épais dossier qui amène le conseil municipal de Pont-l’Abbé à décider de débaptiser la rue Youenn Drezen. 

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MOBILISATION MILITANTE

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Les identitaires du groupe Breiz Atao qui revendiquent l’héritage raciste de Drezen appellent aussitôt à la mobilisation pour faire régner la terreur et (proclament-ils) empêcher le maire d’être réélu.  

Suit une opération de propagande orchestrée par les militants bretons dans le but de nier l’antisémitisme de Drezen. L’opération est menée par le fils de Drezen, soutenu par un autre militant, Kristian Hamon, chargé de fournir l’argumentation historique, et le président du Conseil culturel de Bretagne, Bernez Rouz, avec l’appui de l’Agence Bretagne Presse, organe des indépendantistes de droite.

Cette opération est immédiatement relayée par la presse. 

D’abord, Ouest-France lui consacre un long article élogieux… sous la plume de Christian Gouérou, directeur de la rédaction du Finistère (ce qui signale donc un engagement de la rédaction). 

Rappelons que Youenn Drezen (Yves Le Drezen) fils est lui-même un militant de longue date engagé dans le combat breton et qui figure actuellement à Rennes sur la liste du rocker autonomiste Franck Darcel. Son action s’inscrit donc dans un combat politique et la négation de l’antisémitisme de Drezen est à comprendre comme action concertée dans ce cadre et dans le cadre des élections en cours.

Ensuite, Le Télégramme convie le fils de Drezen à venir à Pont-l’Abbé poser pour les lecteurs et lui consacre une page, avec référence à l’historien Kristian Hamon donné pour caution.  Une nouvelle étape est franchie puisque Drezen est présenté comme un bouc émissaire.

C’est donc officiellement que l’antisémitisme de Drezen est nié, et que la défense d’un collaborateur des nazis est organisée. 

Bien que je n’aie été associée en rien à la décision du conseil municipal de Pont-l’Abbé, que j’ai découverte par la presse (avec une heureuse surprise), c’est à moi que s’en prend l’Agence Bretagne Presse, m’accusant de produire des traductions fausses et notamment de traduire « juif » par « youtre ». Les commentaires de l’Agence Bretagne Presse doublent l’ignominie en s’en prenant à mon père, décédé, en l’accusant d’avoir été communiste, tout résistant étant forcément porteur de la marque du diable, donc communiste). Le grotesque de ces accusations auxquelles j’ai répondu la semaine passée se double à présent d’une lettre ouverte à moi adressée par Kristian Hamon. 

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SOUBASSEMENTS DE LA PROPAGANDE

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Ce militant autonomiste m’accuse d’avoir écrit qu’il était autonomiste et jure qu’il a juste des sympathies pour l’UDB, parti autonomiste (vu qu’il collabore au Peuple breton, organe de ce parti, il aurait du mal à le nier) et il croit devoir ajouter qu’il est issu du groupuscule indépendantiste Jeune Bretagne qui selon lui (gardons-nous de rire) n’était pas d’extrême droite. 

Il m’accuse d’avoir dit qu’il était l’ami de Drezen fils, lequel est bien son ami mais il ne faut pas le dire car c’est tout à fait par hasard qu’il lui a apporté son appui et se trouve participer à sa campagne de désinformation. 

Enfin, il assure avoir dit à Bernez Rouz qu’il avait eu tort, non pas de faire l’apologie d’un auteur ignoble, mais d’avoir associé à son action l’Agence Bretagne Presse. Ainsi ces gens échangent-ils leurs avis sur la stratégie à adopter. 

Cette opposition ne l’a nullement empêché d’apporter son soutien à la défense de Drezen. 

En tant que spécialiste, il assure que Drezen n’a pas été un délateur (alors même qu’il ne cessait de dénoncer les résistants, les « juifs de radio-Londres », les Français et leurs alliés les Anglais, les Américains, les Russes, et qu’il collaborait à un journal où se lisaient des listes de dénonciations de juifs et de francs-maçons) mais, non sans pharisianisme, jure qu’il « ne défend ni n’accable » Drezen. S’il ne l’accable pas, c’est qu’il le défend : le pédophile que l’Église n’accable pas est un pédophile que l’Église défend ; le nazillon que le mouvement breton n’accable pas est un nazillon que le mouvement breton défend. C’est le cas de Drezen. 

Mieux encore, il allègue qu’il ne m’a pa« attendue pour dire le dégoût ressenti en lisant son article sur l’étoile jaune ». Si, il m’a attendue, vu que c’est moi qui l’ai traduit. Où a-t-il dit son dégoût ? La question reste posée.

Il se vante enfin d’avoir dit ce qu’il pensait de l’attitude de Drezen sous l’Occupation. Qu’en a-t-il dit ? Verba volant, scripta manent — pour le savoir, il suffit de lire son DEA et son essai sur le Bezen Perrot. La réponse est simple et tient en deux citations : 

« Au mois d’août 1941, Youenn Drezen sort son roman Itron Varia Garmezdont la version française sera éditée en 1943 chez Denoël, passé depuis sous contrôle allemand. Renvoi d’ascenseur après sa critique élogieuse des Décombres de Lucien Rebatet, paru chez le même éditeur ? Comme Hemon, Drezen est partout : Gwalarn, Arvor, La Bretagne, Radio Rennes-Bretagne, et surtout L’Heure Bretonne où derrière le pseudonyme de Tin Gariou il signe des articles qui ne se lisent pas aujourd’hui sans éprouver un certain malaise. » (Le Bezen Perrot, p. 20). 

« Un certain malaise », voilà ce que provoquent les déchaînements de haine contre les Français, les juifs, les noirs, les « mocos » et les alliés de la France qui luttent contre le nazisme…  Et c’est écrit en 2004, alors que les textes sont traduits et que, d’ailleurs, l’éditeur, l’ex-terroriste Martial Ménard, les a lus en breton sans avoir besoin de traduction (il se vantait lui-même d’avoir appris le breton en prison pour le FLB).

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Quelques dérapages littéraires du plus mauvais effet…

Et pour finir notons bien que tout ça n’est pas si grave : en conclusion, l’historien nous indique qu’il ne s’agit au total que de « quelques dérapages littéraires du plus mauvais effet » comme tant d’autres écrivains « parisiens » en ont connu — ainsi « Giraudoux, Colette, Cocteau, Morand, Paulhan ». 

Paulhan « prêtant sa plume sans état d’âme aux organes de la collaboration parisienne » : c’est sur cette révélation stupéfiante que se clôt l’essai consacré aux Nationalistes bretons sous l’Occupation (p. 221). 

Et il s’agit d’un DEA publié après soutenance ! Il est vrai sous la direction du fils de Per Denez, lui-même auteur d’une thèse à la gloire de François Éliès, dit Abeozen, autre collaborateur de Breiz Atao passé au nazisme. 

Le grand n’importe quoi permet de faire passer l’antisémitisme de Drezen à la trappe. Il n’en est pas dit un mot, pas plus des listes de juifs et de francs-maçons dénoncés dans les colonnes de L’Heure bretonne. Mais cet historien qui a fait son fonds de commerce de l’histoire des nationalistes bretons sous l’Occupation, intervient pour dénoncer le maire qui a osé traiter Drezen de délateur — ce pauvre Drezen ! Parrain de Mona Ozouf ! On ne va tout de même pas le laisser débaptisé. 

Un colloque, vite un colloque ! Un colloque breton, avec un débat breton opposant un autonomiste breton à un autonomiste breton sous l’égide d’un autonomiste breton — par exemple Kristian Hamon, avec son premier préfacier, Jean-Jacques Monnier, élu autonomiste (lui-même préfacé par Mona Ozouf, digne filleule qui fera bon effet comme invitée d’honneur), puis son deuxième préfacier, Loeiz ar Beg, cofondateur de l’UDB, son éditeur, Yoran embanner, indépendantiste, le tout placé sous la présidence de Bernez Rouz pour le Conseil culturel de Bretagne, avec l’appui du conseil régional et du ministère de la Culture, si heureux de servir un grand auteur breton appelant à la haine de la France et des juifs.   

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L’affaire Drezen (suite)

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L’actualité nous offre, sous forme d’un feuilleton qui ne fait que commencer, la suite du Monde comme si.  

J’y exposais l’itinéraire des militants nationalistes qui, depuis 1919 et la fondation du mouvement Breiz Atao, avaient porté la « cause bretonne » sur base ethniste et s’étaient naturellement alliés aux nazis. Je montrais comment ces nationalistes, totalement discrédités à la Libération, avaient réussi, grâce aux milieux d’affaires, aux réseaux ethnistes européens et aux institutions régionales, à prendre peu à peu le pouvoir et à imposer leur discours. Je constatais que la réécriture de l’histoire autorisait une mainmise de plus en plus oppressante sur la culture, banalisant sous label de gauche une idéologie d’extrême droite. Ainsi des hommages étaient-ils rendus à des auteurs de textes antisémites prônant la haine de la France et la collaboration avec les nazis. 

L’exemple de Youenn Drezen était particulièrement probant : d’une part, il avait été adhéré à Breiz Atao dès ses débuts, à l’âge de vingt ans, et avait continué de militer jusqu’à sa mort sur la même base idéologique ; d’autre part, il avait sous l’Occupation été (entre autres) responsable des pages en breton de L’Heure bretonne, organe des nationalistes les plus résolument inféodés au national-socialisme, et il était l’auteur de textes antisémites particulièrement immondes ; enfin, ces textes avaient été réédités par le professeur Per Denez, directeur du département de Celtique et vice-président de l’Institut culturel de Bretagne, sur fonds publics ; or, non seulement, les protestations à ce sujet étaient restées lettre morte, mais une mairie socialiste, comme celle de Pont-l’Abbé avait pu rendre hommage à Drezen comme à un homme de gauche, et les protestations, là encore, y compris les traductions de ses textes antisémites en breton, avaient été enterrées, des mairies dites de gauche, comme celle de Rennes, continuant imperturbablement d’honorer Drezen et autres nazillons de la même mouvance.  

Rappelons qu’au moment de la rafle du Vel’ d’Hiv’ (donc les 16 et 17 juillet 1942), Drezen se déchaînait (sur commande) contre les Juifs, aussi bien dans La Bretagne (j’ai traduit son article sur l’étoile jaune que les Juives doivent se réjouir de se mettre sur le derrière et je l’ai reproduit dans Le Monde comme si) et que La Bretagne et L’Heure bretonne diffusaient des dénonciations de Juifs et de francs-maçons avec la totale approbation de Drezen (le 16 mai 1942, L’Heure bretonne ouvre un dossier « Tableau de chasse » pour appeler à délation). 

En 1999, les protestations contre les hommages rendus à Drezen ne servent à rien ; en 2000, le dossier Réécritue de l’histoire en Bretagne  rédigé pour la LDH ne sert à rien ; en 2001, j’écris Le Monde comme si qui ne sert à rien : on continue imperturbablement à honorer au nom de la Bretagne qu’ils ont trahie Drezen, Monjarret, Langlais et autres nazillons. 

Voici les pages du Monde comme si avec un spécimen de prose de Drezen. 

Ces efforts d’information qui ne servent à rien ont malgré tout le mérite de  montrer de quelle manière s’impose le règne du comme si : les textes sont traduits mais on fait comme si on ne les voyait pas ; si l’on ne peut pas faire autrement que de les voir, on fait comme si des erreurs les travestissaient, on les enlise sous les interprétations, les accusations, les invectives, et on mandate des historiens à la botte pour jeter le doute.

Nous en avons sous les yeux un magnifique exemple. 

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En 2019, alertés par un habitant de Pont-l’Abbé, Daniel Quillivic, le maire, Stéphane Le Doaré, et le conseil municipal décident de débaptiser la rue Youenn Drezen

Quel courage ! 

Attendez la suite…

D’abord, invectives, harcèlement, menaces de mort de la part de l’extrême droite, nationaliste, à savoir les identitaires du groupe Breiz Atao dont le responsable, maintes fois condamné en justice, se réclame, non sans cohérence, du racisme et de l’antisémitisme de Breiz Atao dont il assume pleinement l’héritage. Le but énoncé est clair : terroriser et faire battre le maire aux élections. 

Des plaintes sont déposées (mais, le cas Le Lay le montre, ces militants sont désormais indifférents à la sanction). 

Et voici une grande action concertée, en provenance des nationalistes que l’on pourrait dire de gauche, à leur tête l’autonomiste Kristian Hamon et son ami, Youenn Drezen fils, autre militant breton. 

Le fils Drezen, qui s’est rendu à Quimper pour être filmé, ne parle pas breton (ce qui en soi suffit à donner la mesure du combat de son père en faveur de cette langue) mais il a lu, assure-t-il, toutes les traductions des articles de son père dans La Bretagne et dans L’Heure bretonne et, il le jure, il n’y voit rien de « raciste, antisémite, proallemand, rien du tout ». 

Cette apologie de Drezen par son fils ne serait que pathétique si celui qui l’interrogeait n’était Bernez Rouz, président du Conseil culturel de Bretagne, lequel, ès qualités, l’amène à nier l’antisémitisme de son père et se porte lui-même garant : « Comme rappelé par Bernez Rouz, président du Conseil culturel de Bretagne, il n’y a aucune trace d’anti-sémitisme (sic) dans l’œuvre littéraire de Drezen ». Où commence, où s’arrête l’œuvre littéraire de Drezen ? C’est bien en tant que grand auteur breton qu’il dirige les pages de L’Heure bretonne et c’est bien en tant que grand auteur breton qu’il est republié par Per Denez, encensé par lui et subventionné par l’ICB. La manœuvre est retorse : mettons de côté quelques menus dérapages sous l’Occupation et faisons comme si l’œuvre de notre grand auteur se tenait dans la zone pure de la littérature. 

C’est donc officiellement que l’antisémitisme de Drezen est nié et l’Agence Bretagne Presse dirigée par un indépendantiste nommé Argouac’h a été mandatée pour venir filmer le président du Conseil culturel de Bretagne dans le cadre de cette opération. 

De l’extrême droite (Breiz Atao), à la droite (ABP) et à la « gauche » (UDB), indépendantistes et autonomistes se mobilisent donc, et c’est l’udébiste Kristian Hamon qui se charge de détourner l’attention de l’antisémitisme pour se servir d’une phrase du maire accusant nommément Drezen de délation . 

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Un historien qui se vante d’avoir un DEA, soutenu voilà vingt ans, pour garantie de son sérieux, ce n’est pas banal (d’autant que le DEA n’a pas été soutenu en Histoire mais en Celtique, sous la direction du fils de Per Denez, et immédiatement publié par les éditions An Here dirigées par le terroriste Martial Ménard). Peu importe : aussitôt, des habitants (anonymes) reprennent les propos de l’« historien » :

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Et, bien sûr, derrière ces diaboliques accusations, se profile la main du grand Satan, la « chasseur attitrée de militants bretons » dont il suffit de prononcer le nom pour rameuter les combattants. 

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La méthode est toujours la même : se servir d’un mot, soi-disant mal traduit, pour faire passer tous les faits à la trappe. L’important n’est pas que Drezen ait produit des textes antisémites pendant des années mais que je sois supposée avoir traduit un mot de travers. En l’occurrence, mon crime serait d’avoir traduit « yuzevien » par « youtres ». 

J’ai traduit « yuzevien » par « juifs » et « yourdou » par « youtres ».

Le 16 août 1941 Drezen dénonce dans L’Heure bretonne les « juifs de Radio-Londres » (« yuzevien Radio-Londres » ). Ce texte a été réédité par Per Denez avec le soutien de l’Institut culturel de Bretagne, texte qui est non seulement encore disponible mais mis en ligne).

En voici la traduction, également mise en ligne

« Autant le dire tout de suite, j’ai été écœuré cette année par le Quatorze juillet des Français et, si j’avais eu la moindre goutte de sang français dans les veines, j’aurais rougi de honte… Quelle floraison tricolore, mes pauvres amis ! Jamais de ma vie je n’avais vu mes compatriotes colorés comme ça. Encore un peu j’aurais cru le dicton “Le Breton est deux fois français” ! Sauf que j’aurais dû dire : les Bretonnes ! 

Car je dois avouer que les hommes entre 22 et 55 ans ne s’étaient pas trop démenés. Mais les femmes, elles, et les morveux, ne savaient que faire pour montrer leur soumission aux Juifs de « Radio-Londres ». Rubans tricolores dans les cheveux, fleurs tricolores sur le cœur, jupes bleues, vestes blanches, chemisiers rouges, une fête des couleurs françaises, je ne vous dis que ça !… 

Bretons, mes compatriotes ! A nous aussi il arrivera, à l’occasion de fêtes ou d’événements divers, de montrer au grand jour notre amour pour notre pays la Bretagne. Ne prenons pas exemple sur la sottise des Français ou des Bretons francisés. Soyons fiers des symboles de notre nation : le drapeau noir et blanc, l’hermine, le hevoud, le triskell. Mais ne tombons pas dans le déshonneur. Un Quatorze juillet comme celui de 1941 n’a fait que du tort à la France, déjà bien mal en point. » 

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Le texte n’est pas seulement antisémite, il est lourd d’une haine antifrançaise qui, associée au ton poissard qui caractérise le style de Drezen  l’apparente aux productions de ces auteurs d’extrême droite qui ont sévi dans l’entre-deux-guerres. C’est du Léon Daudet avec hermine, hevoud, triskell et drapeau noir et blanc, tout le kit nationaliste mis au point par Breiz Atao, la haine de la République et la haine du Juif allant de pair. À en croire Drezen, ce n’est pas de Gaulle, ce ne sont pas les résistants de la France libre, qui ont appelé à célébrer le 14 juillet 1941 comme acte de résistance, non, ce sont les « juifs de Radio-Londres ».

Le 19 février 1943, toujours dans L’Heure bretonne et toujours à propos de Radio-Londres, Drezen dénonce les « youtres  » (« yourdou  ») qui, depuis Londres, toujours à l’en croire, déversent leurs bobards. Il lui revient d’avoir fait entrer ce mot dans la langue bretonne, rendons à l’ignominie ce qui lui revient.

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« Lonka karotez ar yourdou » signifie, dans ce style populacier et lourdement rigolard de Drezen, « avaler les salades des youtres ». Consulté à ce sujet, le professeur Jean Le Dû en est tombé d’accord.

Comme le fils Drezen et le président du Conseil culturel de Bretagne jugent que je traduis mal et que le mot « yuzevien » n’aurait, de toute façon, pas eu de caractère raciste dans le contexte, je fournis l’image de la page de L’Heure bretonne, en assez large dimension pour qu’ils puissent voir la caricature qui accompagne l’article. 

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Aux yeux des défenseurs de Drezen, aussi étrange que cela puisse sembler à qui ne connaît pas les lois du monde comme si, le mot juif n’est pas employé dans un contexte raciste mais agréablement élogieux et, regardez mieux, vous verrez représentés d’aimable bienfaiteurs que l’on est heureux d’accueillir à bras ouverts. Au-dessus de la caricature, l’éditorial signé Alain Le Banner (Alain Guel) mérite aussi d’être lu puisqu’il y explique que la nation bretonne est indépendante de la pseudo-nation française sans « unité raciale ».  Guel a donné son nom à une médiathèque de Bretagne.

Enfin, pour que l’on puisse mettre le mot « yourdou » en contexte, voici la traduction du texte intégral (signé Tin Gariou, pseudonyme habituel de Drezen) 

GRIBOUILLE

Nul besoin d’être né le lundi matin, le corps reposé, l’esprit sans inquiétude, pour comprendre, clair comme l’œil de la vipère [clair comme de l’eau de roche], qu’il n’y a plus de France pour les Français depuis les événements de mai et juin 1940. 

Ayant perdu la guerre et leur pays entièrement est tenu par leurs ennemis, qu’ont-ils fait ?… Loin de chercher à relever l’échine, de voir, par exemple, s’il serait possible de s’entendre avec leurs ennemis, voire de travailler pour leur propre compte, ils se sont recroquevillés, ils ont boudé, et, peu à peu avec l’aide de la radio et avalant les bobards des youtres, ils ont trahi leur race jusqu’à se changer d’abord en Anglais, puis en Américains et, voilà peu, en Russes. 

S’ils pensent qu’ils y ont gagné à changer de peau !…

Il pleuvait. Ayant peur d’être mouillés par la pluie, ils se sont jetés à la mer. Les Français, qui n’avaient pas perdu la tête, avaient la langue acérée et avaient trouvé un nom pour ce genre d’idiots : ils les appelaient Gribouille. 

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Eh bien ! la race de Gribouille a prospéré dans notre Bretagne aussi. Ça va de soi ! Chaque pays nourrit ses propres poux. On entend encore des Bretons dire, le front plissé, et les yeux pleins de haine :

— Rien pour la langue bretonne, rien pour améliorer le sort de la Bretagne tant que ces « gens-là » seront ici ! 

S’ils attendent leur salut de la France, ou de l’Angleterre, ou de l’Amérique, ou des Soviétiques, ou des Allemands, quelle erreur ! Chacun travaille pour soi. Après la pire guerre meurtrière jamais vue, ne resteront en vie, ne mériteront de rester en vie que les pays qui ont lutté pour rester en vie. Il n’y aura pas de place pour les feignants et les boudeurs. 

Mais la roue de saint Tu-pe-Tu [saint Quitte-ou-Double] est en train de tourner. Il faut choisir. Il n’y aura pas plus de respect pour la Bretagne et la langue bretonne, au temps de rendre des comptes [au temps du Grand Compte] , qu’il n’y en aura pour la France, si nous ne travaillons pas pour nous-mêmes plus que ne le fait ce pays-là [la France]. 

N’imitons pas ces enfants qui refusent de manger leur pain et leur beurre parce qu’ils boudent, en croyant qu’ils vont mettre leurs parents en colère. Ce sont eux les petits imbéciles, les idiots du village, qui boudent leur propre ventre. 

Sus, gars de Kerneizan ! La viande est dans la marmite ! La Bretagne aux Bretons et par les Bretons ! 

                .                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   

Haine de la France, haine des alliés, haine de radio-Londres, haine des juifs, appel à la collaboration, apologie de la race qu’il faut garder sans mélange : l’article est l’exact pendant de celui qui dénonçait les « juifs de Radio-Londres ». Ce n’est que propagande raciste et séparatiste.

Et voici la version publiée par Per Denez qui, lui non plus, n’a vu là aucun antisémitisme.

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Vous remarquerez que « yourdou » a été transformé en « vourdoù ».

Un petit toilettage de détail qui suffit à montrer que Denez et son équipe savaient parfaitement ce qu’ils faisaient. Le texte n’a plus aucun sens mais qu’importe : l’essentiel est de donner à croire (ce que Drezen appelle si gracieusement « lonka karotez ») et de poursuivre le combat de Drezen.

Il va de soi que ceux qui, actuellement mènent campagne, savent également de quoi ils retourne. 

Se servir de Simon Wiesenthal est particulièrement ignoble, et bien digne de l’ignoble Drezen. 

La fine équipe qui travaille à la réhabilitation de Drezen n’en est qu’à ses débuts. 

On remarquera avec quelle servilité la presse régionale relaie les propos du fils Drezen et des militants qui se mobilisent.

N’ayons garde d’oublier le projet lancé par le président du Conseil culturel de faire un colloque Drezen.. Rien de mieux qu’un colloque pour écraser toute dissidence. Les fonds publics servent à ça : on l’a vu quand les efforts pour informer au sujet de la réécriture de de l’histoire ont commencé à trouver des échos dans la presse nationale : il a suffi d’un colloque pour officialiser la version des autonomistes. 

Pour le moment, bornons-nous à constater que l’antisémitisme de Drezen est nié, comme la réédition de ses textes antisémites a été subventionnée. 

Le Conseil culturel et l’Institut culturel ont été mis en place par Giscard d’Estaing en 1977 : ils servent à défendre et promouvoir une conception de la culture qui, comme on peut le voir, s’inscrit dans la droite ligne de celle de Drezen.   

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